La religiosité entre l’inné et l’acquis

Dans le vaste champ de l’expérience humaine, l’individu se trouve constamment confronté à
des questions existentielles profondes, cherchant un sens à son être et à l’univers qui l’entoure.

Par Yacine Benabid *

Cette quête, souvent silencieuse et intime, se manifeste à travers diverses expressions culturelles et
spirituelles, façonnant les sociétés et les civilisations. Elle interroge la nature même de l’homme, sa
propension à croire, à s’interroger sur l’au-delà, et à établir une connexion avec une dimension
transcendante.

La Fitra : la reconnaissance innée du divin en Islam

Cette inclination, universellement observée, soulève des interrogations fondamentales
sur ses origines : est-elle une composante intrinsèque de notre constitution ou bien le fruit d’un
apprentissage et d’une socialisation progressive ?

L’Islam offre une perspective éclairante sur cette dualité, en introduisant le concept de Fitra. La
Fitra est la nature primordiale, la disposition innée avec laquelle chaque être humain est créé. Selon
les enseignements islamiques, chaque enfant naît avec une reconnaissance naturelle de l’unicité de Dieu (Tawhid) et une inclination innée vers le bien et la vérité. Le Prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui) a dit : «Chaque enfant naît sur la Fitra, ce sont ensuite ses parents qui en
font un juif, un chrétien ou un zoroastrien». 

La religiosité, une partie intégrante de l’identité humaine

Ce hadith fondamental souligne que la religiosité, dans son essence la plus pure, n’est pas une
construction sociale ou une acquisition tardive, mais une partie intégrante de l’identité humaine dès
la naissance. C’est une graine plantée au plus profond de l’âme, attendant d’être cultivée.
Cependant, si la Fitra représente l’aspect inné de la religiosité, l’environnement et l’éducation
jouent un rôle crucial dans son développement ou son altération.

Les parents, la famille, la communauté et la société dans son ensemble influencent de manière
significative la manière dont cette disposition innée est nourrie ou étouffée. L’éducation religieuse,
l’exposition aux rituels, aux récits sacrés et aux valeurs morales, ainsi que l’exemple des aînés,
contribuent à modeler la compréhension et la pratique de la foi. C’est par l’apprentissage et
l’expérience que l’individu affine sa relation avec le divin, transformant une inclination instinctive en une foi consciente et une pratique délibérée.

L’harmonie entre l’individu et sa Fitra

L’Islam ne nie donc pas l’importance de l’acquis, mais le place dans le contexte de la Fitra.
L’environnement peut soit renforcer cette nature originelle, soit l’obscurcir. Si un enfant est
élevé dans un environnement qui le détourne de cette reconnaissance innée, il peut s’éloigner de la voie naturelle. Inversement, un environnement propice peut aider l’individu à réaliser pleinement son
potentiel spirituel.

La quête de connaissance (‘ilm) et la réflexion (tafakkur) sont également encouragées dans l’Islam,
permettant à l’individu de consolider sa foi par la raison et la compréhension, au-delà de la
simple tradition. En somme, la religiosité, vue à travers le prisme islamique, est une interaction dynamique entre l’inné et l’acquis. La Fitra est le fondement, la prédisposition naturelle à la foi, tandis que l’éducation et l’environnement sont les facteurs qui la nourrissent, la développent ou la dévient.

L’objectif de l’Islam est de guider l’individu à reconnaître et à cultiver cette Fitra afin d’atteindre une
relation harmonieuse avec son Créateur et de vivre une vie empreinte de sens et de moralité.

Y. B.

* Docteur en langues, littératures
et sociétés du monde
Diplômé des Universités algérienne
(Sétif) et française (Inalco/ Sorbonne
3), vice-doyen de la faculté des
lettres et des langues de l’Université
de Sétif/ Algérie
Écrivain, poète et traducteu

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