L’Algérie, partenaire fiable et écouté

En matière de sécurité au Sahel et de partenariat dans le pourtour méditerranéen, l’Algérie est un partenaire stable et fiable, selon des experts algériens.

Dans le contexte de tensions au Sahel et de crise énergétique née de la guerre au Moyen-Orient, l’Algérie s’impose comme le pivot d’une nouvelle architecture de développement et de sécurité dans son voisinage aussi bien dans le Sahel que par rapport à la rive nord de la Méditerranée. La 2e session de la Grande commission mixte algéro-nigérienne de coopération a d’ailleurs été des plus fructueuses. Au-delà des accords sectoriels paraphés, le partenariat entre Alger et Niamey s’inscrit dans une stratégie plus large fondée sur la proximité et les intérêts communs.

«L’Algérie est un partenaire fiable pour l’ensemble de l’UE»

Ainsi, occuper le terrain est devenu un espace de persuasion et d’influence pour répondre aux campagnes de dénigrement qui voudraient faire croire que l’Algérie est isolée. Le pays enregistre ces derniers jours un véritable ballet diplomatique. Après la visite de la présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, c’est au tour du chef de la diplomatie espagnole, José Manuel Albares Bueno, d’effectuer une visite officielle à Alger. «La visite de Meloni revêt des dimensions politique, économique et sécuritaire»,  estime Azzedine Nemiri, politologue spécialiste des relations internationales.

Pour lui, ce déplacement est le signe d’une dépendance mutuelle assumée. «L’Algérie est un partenaire fiable pour l’ensemble de l’UE», souligne-t-il, avant de préciser que notre pays «dispose de capacités et des ressources nécessaires pour fournir de manière régulière le gaz et le pétrole». La fiabilité algérienne devient un actif stratégique majeur, «notamment après la crise au Moyen-Orient qui menace la sécurité énergétique de nombreux pays», fait-il remarquer.

Mohamed Cherif Daroui, expert en planification stratégique, abonde dans ce sens. «Le volet énergétique demeure le point d’appui principal et l’Italie est suivie de près par les autres pays de l’UE pour évaluer jusqu’où elle ira dans la conclusion d’accords multiples» affirme-t-il. «L’Italie cherche avant tout à sécuriser ses approvisionnements énergétiques, en particulier le gaz algérien», ajoute t-il. Pour lui, les pays de l’UE traversent des difficultés politiques, diplomatiques, économiques et sociales importantes et les perturbations des approvisionnements accentuent l’incertitude. Dans ce contexte, «l’Algérie apparaît comme un partenaire stable et fiable», affirme-t-il. Alger adopte une politique basée sur la coopération, le développement et la non-ingérence, qui, pour l’expert, «renforce sa crédibilité».

Coopération et non-ingérence

Le volet sécuritaire constitue aussi une colonne vertébrale de la nouvelle dynamique. «Elle est également politique», affirme Azzedine Nemiri, «dans la mesure où elle confère à l’Algérie un rôle important dans la politique régionale et internationale». Il ajoute que ce rôle est prépondérant «dans l’élaboration des décisions visant à résoudre les crises sécuritaires, en particulier dans la région du Sahel».

Arslan Chikhaoui, expert en géopolitique et membre du Forum économique mondial, apporte un éclairage technique sur cette «aire d’intérêt commun» qu’est la Méditerranée, précisant que ce rapprochement s’opère «dans le cadre de cette nouvelle dynamique géopolitique qui touche pratiquement tous les espaces». Pour lui, la question de la mobilité est centrale. «La mobilité est une dimension sécuritaire importante», observe-t-il. Pour lui, «celle-ci porte surtout sur comment contenir les flux migratoires illégaux entre les deux rives de la Méditerranée et par conséquent leurs corollaires liés au trafic transfrontalier».

Une logique continentale

Pour Mohamed Cherif Daroui, l’axe Alger-Rome change d’échelle. «La redéfinition et la construction de partenariats dépasseront le cadre bilatéral pour s’inscrire dans une logique continentale», soutient-il. Il précise que «l’Italie voit en l’Algérie une porte d’entrée vers l’Afrique du Nord et le Sahel». C’est grâce à cette stratégie que l’on assiste à l’émergence de «nouveaux projets structurants», tels que «les pipelines énergétiques, les interconnexions électriques et le développement de l’hydrogène vert». Nemiri rappelle que cette dynamique «comporte aussi d’importantes retombées financières pour l’Algérie».

Arslan Chikhaoui met en avant une initiative concrète de l’Algérie qui a décidé de créer 5 nouvelles zones de libre-échange à ses frontières avec les pays du Sahel et la Libye. «Grâce à cette stratégie de sécurité aux frontières qu’Alger compte accroître les opportunités d’emploi pour les Algériens et les migrants des pays voisins. L’UE pourrait soutenir la mise en place et le développement de ces zones», analyse-t-il.

S’agissant de diplomatie, Chikhaoui souligne une mutation profonde. «L’Algérie est en train de déployer une diplomatie de proximité pour revisiter et redimensionner ses partenariats stratégiques», explique-t-il. Il définit ce mouvement comme une «logique de diplomatie proactive de proximité pour un repositionnement stratégique». Daroui y voit, pour sa part, une dynamique qui ouvre la voie à une relation fondée sur le principe du «gagnant-gagnant». L’Algérie, affirme-t-il, «ne se positionne plus uniquement comme fournisseur d’énergie, mais comme un partenaire stratégique dans la recomposition géopolitique régionale et internationale».

Assia Boucetta

 

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