L’Algérie renforce sa position gazière

L’Algérie renforce sa position gazière sur le marché européen. Elle a produit l’équivalent de 688 millions m³ supplémentaires.
La production algérienne de gaz naturel a enregistré une progression notable au début de l’année 2026, atteignant 10,44 milliards de mètres cubes (m³) au cours du mois de janvier. Il s’agit d’une hausse annuelle de 7%, soit l’équivalent de 688 millions m³ supplémentaires par rapport à la même période de l’année précédente. Considéré comme étant le plus élevé observé depuis près de trois ans, ce niveau de production est enregistré dans un contexte marqué par un regain d’intérêt régional et européen pour le gaz algérien, ainsi que par une intensification attendue des contacts diplomatiques autour des questions énergétiques.
Près de 1 milliard m³ additionnels de gaz en un mois
Cette dynamique intervient, notamment, au moment où l’on s’attend à des visites de travail prochainement à Alger de responsables européens dans le cadre du renforcement des relations stratégiques entre l’Algérie et des pays de l’Europe. Une place centrale devrait être accordée au dossier énergétique, en particulier au gaz naturel, devenu un enjeu de premier plan pour le Vieux Continent depuis les bouleversements récents du marché mondial de l’énergie. Dans ce contexte, l’Algérie continue de consolider sa place comme fournisseur fiable, de proximité, et, potentiellement, capable d’augmenter ses livraisons vers le marché européen.
Selon un rapport publié par la plateforme spécialisée «Attaqa», la hausse de la production ne se limite pas à la comparaison annuelle. Sur une base mensuelle, la progression est encore plus marquée, avec une augmentation de 10,7% par rapport à décembre 2025, ce qui représente près de 1 milliard m³ additionnels en l’espace d’un mois seulement. L’évolution témoigne d’une amélioration sensible des performances du secteur gazier algérien, alors même que l’Algérie fait face à une demande intérieure toujours élevée.
En effet, la consommation algérienne de gaz naturel s’est élevée à 6,62 milliards de mètres cubes en janvier 2026, contre 5,98 milliards de mètres cubes à la même période de l’année précédente. Cette situation illustre à la fois le rôle structurant du gaz dans le mix énergétique national et le défi que représente, à moyen terme, la conciliation entre les besoins du marché intérieur et les ambitions à l’exportation.
Sur le plan commercial, les exportations algériennes de gaz ont atteint 3,612 milliards de mètres cubes en janvier dernier, contre 3,580 milliards de mètres cubes durant le même mois de 2025. Dans le détail, 3,06 milliards de mètres cubes ont été acheminés par gazoducs, tandis que 549 millions de mètres cubes ont été exportés sous forme de gaz naturel liquéfié (GNL). L’Italie s’impose plus que jamais comme le principal débouché du gaz algérien, avec des importations dépassant 20 milliards de mètres cubes par an depuis 2022. Cela représente plus du tiers des besoins gaziers italiens importés, ce qui fait de l’Algérie un partenaire central dans la stratégie énergétique de Rome.
Retour en force du gaz algérien sur le marché européen
La convergence d’intérêts entre l’Algérie et l’Italie s’appuie aussi sur le rôle croissant du groupe énergétique italien ENI, dont la présence en Algérie s’est nettement renforcée ces dernières années. L’entreprise a étendu son positionnement dans les activités d’exploration et de production en acquérant de nouveaux actifs dans plusieurs zones stratégiques, notamment à In Amenas, In Salah et Touat.
Ce dernier périmètre est considéré comme particulièrement prometteur, avec une production estimée à environ 4,5 milliards de mètres cubes par an. ENI y a par ailleurs porté sa participation à 43%, tout en s’engageant dans de nouveaux projets de développement dont la valeur cumulée peut atteindre 1,35 milliard de dollars. Cette montée en puissance confirme la volonté des partenaires italiens d’inscrire leur coopération avec l’Algérie dans la durée.
De l’avis des analystes, les développements géopolitiques récents devraient favoriser un retour en force du gaz algérien sur le marché européen. Grâce à sa proximité géographique, à l’existence d’infrastructures déjà opérationnelles et à son image de fournisseur fiable, l’Algérie apparaît comme une option particulièrement attractive pour les pays cherchant à sécuriser leurs approvisionnements tout en maîtrisant leurs coûts logistiques. A cela s’ajoute l’existence de capacités de production encore extensibles, soutenues par de nouvelles découvertes et par plusieurs programmes de développement engagés ces dernières années par Sonatrach.
Ainsi, l’évolution enregistrée en janvier dernier ne constitue pas uniquement une amélioration conjoncturelle de la production. Elle représente aussi le signe d’un repositionnement plus large de l’Algérie dans la carte énergétique euro-méditerranéenne. Si la tendance se confirme dans les prochains mois, l’Algérie devrait renforcer davantage son statut de partenaire énergétique de grande importance pour l’Europe, en particulier dans un moment où les grands consommateurs du continent cherchent à diversifier leurs sources, à réduire leur exposition aux marchés lointains et à privilégier des fournisseurs proches, compétitifs et politiquement fiables.
Lyes Mechti