Les effets du jeûne sur le cerveau

Le mois sacré du Ramadhan, en plus de modifier le rythme alimentaire, influence le fonctionnement du cerveau, organe hautement dépendant de l’énergie.
Lors d’un jeûne de longue durée, l’organisme modifie ses sources d’énergie et le cerveau doit s’adapter à ces changements pour maintenir ses fonctions cognitives essentielles comme la concentration, la mémoire et l’humeur.
Selon le Dr Oussama Guidoum, neurochirurgien algérien invité de l’émission Sahtek Bin Yeddik, le jeûne peut d’abord représenter un défi pour le cerveau. «Les premiers jours sont un peu difficiles, car le cerveau a besoin de glucose et d’oxygène pour fonctionner. Quand il manque d’énergie, une envie de sucre se fait sentir, ce qui peut entraîner une sensation de fatigue et des variations d’humeur…», explique‑t‑il. Cependant, il ajoute que cette phase d’adaptation est généralement passagère. «Au fil des jours, l’organisme s’adapte, et tout rentre dans l’ordre.» Les mécanismes physiologiques sous‑jacents à cette adaptation incluent une transition vers l’utilisation de corps cétoniques, produits lorsque le glucose devient moins disponible. Ces corps cétoniques constituent une source d’énergie alternative pour les neurones et peuvent aider à stabiliser les fonctions cérébrales après les premiers jours de jeûne. D’un point de vue scientifique, le jeûne intermittent a été associé à une stimulation de certains facteurs neurotrophiques, notamment le BDNF (Brain‑Derived Neurotrophic Factor), une protéine qui joue un rôle clé dans la plasticité cérébrale, l’apprentissage et la mémoire.
Cette activation pourrait en partie expliquer pourquoi certaines personnes rapportent une sensation accrue de clarté mentale ou d’attention pendant le Ramadhan, une fois le corps habitué au jeûne. Cependant, les effets ne sont pas uniformes pour tous. Une perturbation du sommeil — fréquente pendant le Ramadhan en raison des prières nocturnes et des horaires déplacés — peut entraîner une baisse de la concentration, de l’attention ou une fatigue mentale, surtout dans les premiers jours si l’hydratation ou l’alimentation ne sont pas optimales. Par ailleurs, certaines études observées en Algérie et ailleurs notent une variation des symptômes neurologiques tels que les maux de tête et les migraines chez certains jeûneurs, ce qui peut indirectement affecter le fonctionnement cognitif. Une étude récente sur la population algérienne a montré que le jeûne peut contribuer à une modification de la fréquence des migraines chez certains patients, soulignant l’importance d’une préparation et d’un suivi adaptés pour ceux qui souffrent déjà de troubles neurologiques.
A. G.