Giorgia Meloni mercredi à Alger: Une visite sous le signe du renforcement du partenariat

La visite attendue mercredi à Alger de la Première ministre italienne Giorgia Meloni s’insère dans un calendrier diplomatique dense qui confirme, une fois de plus, la place particulière qu’occupe l’Algérie dans les équilibres extérieurs de l’Italie.
Annoncée de longue date après un entretien téléphonique entre Abdelmadjid Tebboune et la dirigeante italienne, ce déplacement intervient dans un contexte international marqué par de fortes tensions sur les marchés de l’énergie et par une volonté affichée, des deux côtés de la Méditerranée, de donner davantage d’épaisseur politique et économique à une relation déjà qualifiée de stratégique.
L’Algérie devient le premier fournisseur de gaz de l’Italie
Pour l’Algérie, cette visite n’a rien d’un simple rendez-vous protocolaire. Elle traduit la solidité d’un axe algéro-italien qui s’est renforcé ces dernières années à la faveur des bouleversements géopolitiques et de la reconfiguration du marché gazier européen. Pour Rome, l’Algérie est devenue un partenaire central dans la sécurisation des approvisionnements énergétiques, au point d’être présentée comme le principal fournisseur de gaz de l’Italie, avec environ 36% des importations italiennes par gazoduc, tandis que le marché italien absorbe plus de 40% du gaz algérien exporté par pipeline.
L’Italie s’impose ainsi comme le principal débouché du gaz algérien, avec des importations dépassant 20 milliards de mètres cubes par an depuis 2022. Cela représente plus du tiers des besoins gaziers italiens importés, ce qui fait de l’Algérie un partenaire central dans la stratégie énergétique de Rome. Cette interdépendance énergétique donne à la visite de Giorgia Meloni un relief particulier, d’autant que la question du gaz reste au cœur de l’agenda bilatéral.
L’Algérie et l’Italie diversifient leurs échanges
Selon certaines indications, la cheffe du gouvernement italien vient avec 3 objectifs immédiats qui concernent la sécurisation des approvisionnements énergétiques de son pays, l’accélération des investissements italiens en Algérie et le traitement de dossiers de coopération plus larges, parmi lesquels la création d’une chambre de commerce algéro-italienne et la coordination sur les questions migratoires. La dimension énergétique domine toutefois très nettement cette visite.
Dans un environnement régional agité, Rome cherche à consolider un partenariat jugé indispensable à sa résilience, alors que les discussions autour de l’avenir des contrats de long terme entre Sonatrach et Eni prennent une importance croissante à l’approche de leur échéance annoncée autour de 2027. Mais réduire ce déplacement au seul gaz serait passer à côté de l’évolution réelle de la relation entre les deux pays. Le partenariat algéro-italien s’élargit progressivement à d’autres secteurs, notamment l’industrie, l’agriculture, les infrastructures électriques et, plus récemment, les énergies renouvelables.
Le cinquième Sommet intergouvernemental algéro-italien, tenu à Rome le 23 juillet 2025, a d’ailleurs débouché sur plus de 40 accords de coopération, confirmant la volonté des deux capitales d’inscrire leurs échanges dans la durée et de dépasser la seule logique fournisseur-client. C’est précisément cette continuité que la visite de demain doit venir consolider.
Un des partenaires européens les plus constants
Côté algérien, l’enjeu est double. Il s’agit d’abord de préserver la position de l’Algérie comme partenaire énergétique fiable de l’Europe du Sud, dans un moment où la sécurité des approvisionnements redevient une priorité politique de grande importance. Il s’agit ensuite de convertir cette centralité gazière en retombées économiques plus larges, en attirant davantage d’investissements italiens dans des filières créatrices de valeurs, capables d’accompagner l’objectif national de diversification économique. En clair, l’Algérie entend rappeler que l’énergie peut être le socle de la relation, mais qu’elle ne doit pas en être l’unique horizon.
L’Italie, de son côté, apparaît aujourd’hui comme l’un des partenaires européens les plus constants vis-à-vis de l’Algérie. Rome a toujours maintenu des liens forts avec Alger, et cette continuité a fini par produire une relation de confiance politique rarement égalée au sein de l’Union européenne. Dans le contexte méditerranéen actuel, cette stabilité compte. Elle permet aux deux pays d’avancer sur des projets concrets, sans le trop de bruit diplomatique.
La visite de Giorgia Meloni sera donc observée bien au-delà de ses images officielles. Elle dira si l’axe Alger-Rome reste capable de se projeter dans une logique gagnant-gagnant, où la sécurité énergétique italienne rencontre les ambitions industrielles et économiques algériennes. Elle dira aussi si ce partenariat peut franchir un nouveau palier, en intégrant plus fortement les énergies renouvelables, les réseaux électriques, la coopération industrielle et les mécanismes de facilitation des échanges, après une phase dominée par l’urgence gazière.
À Alger, l’attente est celle d’arriver à transformer une proximité politique déjà solide en levier durable pour les intérêts économiques et politiques nationaux.
Lyes Mechti