Chiens errants à Constantine: Entre impératif humanitaire et exigence sanitaire

Chiens errants à Constantine: Entre impératif humanitaire et exigence sanitaire, un phénomène en expansion qui interpelle autorités et citoyens.
À la faveur du crépuscule, lorsque l’animation s’estompe et que les flux humains se raréfient, des meutes de chiens errants réapparaissent dans plusieurs artères de Constantine et investissent des espaces autrefois épargnés.
Longtemps cantonnée aux chantiers ou aux zones périphériques peu fréquentées, cette présence, qui s’est étendue aux grands axes, révèle une mutation du phénomène. Récemment, vers 15h, aux abords du boulevard Zighoud Youcef, en plein centre-ville de Constantine, en direction de la place 1er Novembre, une meute de chiens, dont certains gravement blessés, a suscité une vive inquiétude parmi les passants.
Une présence de plus en plus inquiétante
Nombre de piétons ont préféré se disperser, évitant tout comportement susceptible de provoquer les animaux qui ont finalement quitté les lieux dans un mouvement désordonné. «Autrefois, ces rencontres survenaient à l’aube, au moment de la prière d’El Fadjr. Aujourd’hui, elles se produisent en pleine journée, ce qui défie toute logique», s’indigne un riverain. Des situations analogues sont régulièrement signalées à l’entrée de la vieille ville de Souika, notamment du côté du pont Sidi Rached. Lorsque ces chiens se mettent à courir en meute et à aboyer avec véhémence, un climat d’appréhension s’installe instantanément, en particulier chez les familles, préoccupées par la sécurité des enfants. Cette recrudescence coïncide avec une décision récente du ministère de l’Agriculture, intervenue en novembre 2025, ordonnant la cessation immédiate des campagnes d’abattage, jugées
«anarchiques», notamment les tirs ou les empoisonnements.
Entre approche humanitaire et sécurité publique
Cette orientation vise à substituer aux pratiques brutales dites «galoufa» une approche plus éthique et rationnelle, fondée sur la stérilisation, la vaccination et une coordination accrue avec les services vétérinaires. Saluée par de nombreux acteurs (vétérinaires, associations et représentants de la société civile), la mesure à forte portée humaniste appelle, néanmoins, dans sa mise en œuvre, des dispositifs complémentaires à la hauteur des enjeux de sécurité publique.
De nombreux habitants estiment que la suspension de ces méthodes doit impérativement s’inscrire dans une stratégie territoriale structurée, conciliant protection animale et préservation de la quiétude urbaine. Plusieurs incidents récents, rapportés dans diverses communes, ont ravivé les inquiétudes.
Mesures concrètes et adaptées
Certains résidents en viennent même à modifier leurs itinéraires quotidiens pour éviter les zones perçues comme à risque, une réalité également observée au centre-ville. «Je salue l’initiative du ministère, car la majorité de ces chiens ne présentent pas de danger immédiat. Toutefois, les abattre publiquement, notamment devant des enfants, constituait une violence insoutenable», confie un habitant de la vieille ville de Constantine. Il souligne, néanmoins, que l’imprévisibilité inhérente à l’animal impose l’adoption par les autorités locales de mesures concrètes et adaptées.
Dans cette optique, plusieurs voix plaident pour la création de structures d’accueil spécialisées, de véritables lazarets modernes, dotées de moyens humains et techniques adéquats, capables d’assurer la prise en charge, la stérilisation et le suivi sanitaire de ces animaux. À défaut d’une réponse institutionnelle rigoureuse, certaines pratiques individuelles émergent, à l’instar de cas d’empoisonnement signalés dans certains quartiers qui ont suscité indignation et inquiétude. Si certains habitants relativisent le danger en soulignant le caractère généralement non agressif des chiens, souvent habitués à la présence humaine, la cohabitation demeure néanmoins précaire. «Un simple geste brusque ou une situation imprévue peuvent suffire à déclencher une réaction. Les conséquences pourraient être graves, notamment en cas de morsure ou de transmission de maladies», avertit un habitant d’Aïn Smara.
Un enjeu urbain et sociétal majeur
Plus préoccupant, des témoignages en provenance de quartiers, tels que Souika, Ali Mendjeli ou Massinissa, évoquent l’usage détourné de ces animaux par certains individus, qui les dresseraient à des fins de protection ou d’intimidation, voire comme instruments d’agression. Une telle dérive complique davantage la gestion d’un phénomène déjà multifactoriel. Ainsi, la question des chiens errants ne saurait être réduite à une simple problématique vétérinaire. Elle s’impose, désormais, comme un enjeu urbain, social et sécuritaire de premier ordre. Leur prolifération, favorisée par la présence de chantiers, d’habitations abandonnées ou d’espaces délaissés, appelle une réponse globale et concertée.
De nombreux citoyens plaident pour l’élaboration urgente d’une stratégie opérationnelle, fondée sur des actions de terrain coordonnées, intégrant collectivités locales, services vétérinaires et société civile.
À défaut, l’équilibre fragile entre humanisme et sécurité risque de se fissurer davantage, au détriment du vivre-ensemble.
S.Y.