Trafic de drogue : Le Maroc, une menace pour les pays voisins, d’après l’ONU

L’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (UNODC) a qualifié le Maroc, dans son dernier rapport, de menace pour les pays voisins.

Le Maroc est devenu l’un des plus grands producteurs et exportateurs de stupéfiants, selon l’UNODC.

Le Maroc demeure l’un des plus gros producteurs mondiaux de résine de cannabis

Maroc

Le document rappelle que Rabat a fait de cette activité criminelle un véritable secteur économique parallèle et un outil de chantage et de pression exercés notamment en Europe au profit de ses ambitions colonialistes. Chose que confirme, dans un entretien accordé à l’APS, l’expert en questions sécuritaires et stratégiques, Ahmed Mizab. L’afflux de drogue en provenance du Maroc constitue, pour lui, non seulement une activité criminelle transfrontalière, mais aussi une menace directe pour la sécurité et la stabilité de la région, en raison des liens de ce trafic avec les réseaux de criminalité organisée et le financement des groupes terroristes.

L’UNODC a relevé dans son rapport que le Maroc demeure l’un des plus gros producteurs mondiaux de résine de cannabis avec une production annuelle de 2500 à 3000 tonnes. «Une partie de cette production est mise à la disposition de réseaux de trafic internationaux ciblant essentiellement les pays européens et l’Afrique du nord et ayant pour point de départ le nord du Maroc. Au fil des années, la production et le trafic du cannabis sont passés du statut d’activité criminelle isolée à une pratique enracinée dans la réalité sociale, encouragée par le laxisme programmé et la complicité flagrante du Makhzen», fait remarquer l’office dans son rapport.  De son côté l’Agence de l’Union européenne sur les drogues fait état,  dans un rapport, de la saisie, durant ces dernières années, de 551 tonnes de résine de cannabis dont la plus grande partie provenait du Maroc.

Des gains financiers colossaux

L’European Drug Report 2025 et le Global Organized Crime Index 2025 rapportent, pour leur part, que les réseaux de trafic liés au Maroc s’appuient sur une base logistique complexe et de multiples circuits pour l’acheminement de la drogue, précisant que ce commerce génère des gains financiers colossaux qui alimentent, à leur tour, d’autres activités criminelles telles que le blanchiment d’argent et le commerce illicite des armes. Mizab souligne dans ce contexte que les réseaux de trafic de drogue liés au Maroc sont aujourd’hui organisés à l’échelle internationale et utilisent des moyens technologiques sophistiqués pour franchir les frontières, voire des moyens de transport avancés tels que les drones et les drones sous-marins et que de telles opérations ne peuvent être menées de manière isolée, mais s’inscrivent dans un système qui leur assure protection et infrastructures nécessaires.

«Des rapports espagnols font état de la saisie de drones sous-marins utilisés dans le transport des cargaisons de drogue, ainsi que de l’armement de réseaux mafieux pour sécuriser les opérations de contrebande, révélant ainsi le niveau d’organisation et la dangerosité de ce trafic», fait-il savoir en constatant que le trafic de drogue est devenu l’une des principales sources de financement des groupes terroristes et de leurs activités subversives, faisant de cette économie clandestine une composante d’un système criminel intégré qui menace la stabilité des Etats et des sociétés.

Une infrastructure logistique spéciale

En fait, poursuit Ahmed Mizab, le Makhzen fournit une couverture à ce trafic et en crée les conditions propices à sa pérennité vu que, d’après les rapports onusiens et espagnols, il existe une infrastructure logistique utilisée pour le transport de drogue, notamment des petits aéroports exploités pour l’acheminement des cargaisons. Selon les données fournies par l’Organisation des Nations unies, la culture du cannabis, au Maroc, couvre une surface de 37.000 ha et nourrit 140.000 familles, démontrant une large complicité du régime du makhzen. Le rapport Global Organized Crime Index 2025 indique, en outre, que le crime organisé gagne du terrain dans ce pays, avec une croissance particulière pour les  activités liées au trafic de drogue.

Pour Mizab, la question des drogues provenant du Maroc ne doit pas être décrite comme un simple phénomène classique de contrebande, mais doit être examinée dans un contexte plus large lié aux réseaux de criminalité organisée et à leurs alliances complexes. Toujours selon lui, le Maroc mène une véritable guerre par la drogue dans son environnement régional à travers des réseaux organisés qui gèrent ce trafic et tirent profit de ses revenus pour financer des activités criminelles dangereuses. « L’économie clandestine fondée sur le trafic du haschich s’est transformée en une économie de drogue, qui finance les réseaux criminels organisés et influe directement sur les économies nationales.

Un outil de chantage politique

«Le régime du Makhzen instrumentalise le trafic de drogue comme un moyen de chantage politique et économique, en exploitant son flux pour exercer des pressions sur certains pays, notamment l’Espagne, où ce phénomène s’entrecroise avec le dossier de l’immigration clandestine, faisant de la drogue un élément d’un système de chantage stratégique menaçant la sécurité régionale et révélant l’implication des autorités marocaines dans le soutien aux réseaux du crime organisé»,  souligne Ahmed Mizab. La poursuite de l’afflux de drogues en provenance du Maroc, estime-t-il, reflète une politique délibérée fondée sur l’encouragement de ce trafic et la mise à disposition de toutes les conditions favorables à son développement, notant, au même titre que l’European Drug Report 2025 et le Global Organized Crime Index 2025, que les revenus de ce commerce illégal sont également utilisés dans des opérations de blanchiment d’argent et dans le financement de multiples activités criminelles.

«Ce phénomène aujourd’hui ne relève pas d’un simple trafic de drogue, mais d’un réseau criminel structuré, aux dimensions sécuritaires, économiques et politiques graves, menaçant la stabilité de toute la région», précise Mizab. A cela s’ajoute le fait que la propagation de la drogue n’entraîne pas seulement l’affaiblissement des forces vives au sein des sociétés, mais contribue également à l’augmentation des taux de criminalité et à la désintégration des liens sociaux. Il a mis en garde à ce propos contre les effets graves des drogues sur les jeunes, principale cible des réseaux de trafic. «Ces poisons affectent directement les capacités mentales et comportementales, et leurs effets peuvent même s’étendre à la structure génétique des individus, en plus de leur impact nocif sur les valeurs des sociétés», conclut-il.

Farida B.

Bouton retour en haut de la page