WALID KREMIA, DIRECTEUR EXÉCUTIF À SONELGAZ
«Le Groupe déploie une stratégie multidimensionnelle en Afrique»

Walid Kremia, directeur exécutif à Sonelgaz, indique que «le Groupe déploie une stratégie multidimensionnelle en Afrique».
Dans le cadre de sa stratégie à l’horizon 2035, Sonelgaz renforce sa présence en Afrique. Le groupe mise sur l’exportation d’électricité, la réalisation de projets énergétiques et le transfert de compétences pour s’imposer comme un acteur clé sur le continent. Dans cet entretien, le directeur exécutif prospectif, stratégie et systèmes d’information à Sonelgaz, Walid Kremia, revient sur les grandes lignes de cette stratégie, ses priorités et ses défis.
Entretien réalisé par Wassila Ould Hamouda
Quels sont les objectifs stratégiques de Sonelgaz à travers son déploiement sur le marché africain?
Dans le cadre de sa nouvelle stratégie à l’horizon 2035, le développement international constitue l’un des cinq piliers stratégiques du Groupe Sonelgaz par lequel il ambitionne de consolider sa position d’exportateur majeur d’énergies vertes, de biens et de services sur les marchés régionaux et internationaux.
La stratégie de Sonelgaz vise à étendre sa présence à l’international, notamment en Afrique, en s’appuyant sur son expertise dans les secteurs de l’électricité et du gaz pour dynamiser ses exportations et ses services, conformément aux directives du président de la République. Cette stratégie prévoit notamment le renforcement de la coopération avec les pays et entreprises africains par le biais de protocoles d’accord et de partenariats dans divers domaines tels que la production et le transport d’électricité, la gestion des réseaux électriques, la maintenance, les équipements et la formation.
Sonelgaz entend également mettre en valeur ses compétences et son expérience pionnière aux niveaux continental et régional afin de consolider son positionnement sur les marchés africains, qu’elle considère essentiels à la réalisation des ambitions de l’Algérie en matière de diversification de ses exportations hors hydrocarbures.
Quels pays africains constituent aujourd’hui les priorités de Sonelgaz dans sa stratégie d’expansion énergétique et quels sont les projets programmés?
La stratégie d’expansion africaine de Sonelgaz repose sur trois phases. La première phase est «tactique» pour prioriser les pays à forte accessibilité et dont des protocoles d’accords sont déjà mis en place, tel que le Niger, le Burkina-Faso ou le Mozambique. L’objectif est d’acquérir de l’expérience et des références solides. Tandis que la deuxième phase est stratégique pour cibler les pays à fort potentiel afin de se forger une réputation et de se positionner dans des projets d’envergure. La 3e phase continue pour maintenir un positionnement stratégique de Sonelgaz sur le marché africain dont les pays ciblés sont ceux à forte accessibilité et attractivité.
La première phase étant déjà engagée à travers l’exportation de l’électricité vers la Tunisie et probablement vers la Libye. Il s’agit aussi de l’export des services à travers la formation des cadres de 14 pays africains qui ont bénéficié de formations techniques sur le métier de l’électricité et du gaz. A cela s’ajoute le projet de réalisation d’une centrale électrique au Niger.
Justement quels types de projets Sonelgaz compte-t-elle développer en Afrique?
Sonelgaz déploie une stratégie multidimensionnelle en Afrique, couvrant l’ensemble de la chaîne de valeur énergétique. Le groupe ne se contente plus d’exporter de l’électricité, mais se positionne comme un partenaire industriel. Dans le volet production d’électricité et maintenance, Sonelgaz exporte son savoir-faire opérationnel pour stabiliser les réseaux partenaires.
Le groupe participe à la réalisation de centrales électriques et à la gestion de capacités de production, comme c’est le cas au Niger. Il intervient également dans la maintenance lourde. L’expertise des filiales de maintenance comme Sonelgaz production d’électricité est mise à profit pour l’inspection des parties chaudes des turbines et la remise en état d’infrastructures vieillissantes chez les pays africains. En ce concerne les réseaux interconnectés, le projet phare reste l’interconnexion avec la Tunisie et la Libye, visant à créer un marché maghrébin de l’électricité fluide.
Pour ce qui est des partenariats régionaux, des accords avec le WAPP (West African Power Pool) portent spécifiquement sur le transport de l’électricité et la gestion coordonnée des systèmes électriques à l’échelle de l’Afrique de l’Ouest.
Le troisième volet a trait à l’ingénierie et à la fourniture d’équipements. Sonelgaz exporte des équipements de pointe, notamment des turbines à gaz fabriquées en Algérie via ses filiales industrielles. Le groupe propose également des prestations d’ingénierie pour la conception de réseaux et la planification énergétique nationale dans des pays comme le Bénin et le Burkina Faso. Le dernier volet a trait à la formation et le capital humain. À travers ses centres d’excellence et écoles de formation, Sonelgaz accueille des cadres et techniciens africains pour les former aux métiers de l’exploitation, de la maintenance et de la gestion de réseaux intelligents.
Quelle est la portée du projet de la centrale électrique dans le cadre de la coopération énergétique algéro-nigérienne?
L’envoi d’une équipe technique de Sonelgaz à Niamey marque le lancement concret du projet d’une centrale électrique de 40 mégawatts (MW). Le projet vise à répondre à l’urgence énergétique du Niger par des solutions concrètes à travers le renforcement de la capacité de production par l’installation de deux turbines à gaz de 20 MW chacune dans la zone de Gourou Banda à Niamey. Ce projet vise également le transfert de savoir-faire car il s’accompagne d’un volet formation majeur.
Des équipes techniques de la Nigelec seront accueillies à l’école de Sonelgaz à Adrar pour se spécialiser dans la gestion et la maintenance de ces types de centrales électriques. En stabilisant le secteur énergétique nigérien, l’Algérie pose les jalons de futurs projets d’envergure, renforçant ainsi son rôle de hub énergétique continental.
Au-delà de la construction de la centrale, quel transfert de compétences et quels programmes de formation Sonelgaz prévoit-elle pour les cadres nigériens?
La stratégie de Sonelgaz repose sur l’autonomisation des équipes nigériennes pour assurer la pérennité de la centrale de Niamey. Le programme s’articule autour du transfert de compétences techniques et managériales. Depuis le 3 mars, une équipe technique de la Nigelec bénéficie d’une formation intégrée en Algérie au niveau de l’école d’ingénierie d’Adrar, dédiée aux métiers de l’électricité et du gaz. Le programme vise à former les cadres nigériens à piloter et assurer la maintenance de la future centrale sans l’assistance des équipes algériennes.
Le partenariat avec Nigelec peut-il ouvrir la voie à d’autres projets énergétiques algériens en Afrique de l’Ouest?
Le partenariat avec la Nigelec sert de modèle pour des projets similaires dans une région où les besoins en électricité sont immenses.
Quel impact ce déploiement pourrait-il avoir sur le transfert de compétences et la coopération Sud-Sud dans le secteur énergétique africain?
L’impact majeur réside dans la volonté de l’Algérie de ne pas simplement vendre de l’énergie, mais de construire des capacités locales durables. À ce titre, Sonelgaz accompagne ses partenaires africains, dans la modernisation de leurs réseaux à travers le transfert d’outils de numérisation des opérations de distribution et de gestion des systèmes électriques et les encourage à la création de tissus industriels locaux.
Ce modèle de coopération renforce la solidarité entre pays du Sud face aux défis climatiques et énergétiques. Contrairement aux modèles traditionnels souvent critiqués comme néocoloniaux, l’approche algérienne est perçue comme une collaboration entre pays frères, visant un développement partagé.
Quels sont les principaux défis auxquels Sonelgaz pourrait faire face sur les marchés africains?
L’ambition continentale de Sonelgaz, bien que portée par des succès récents, se heurte à des obstacles structurels importants qui conditionnent la réussite de sa stratégie de développement à l’international. Je paux citer le défi du financement et de la solvabilité. C’est le frein principal à l’expansion à grande échelle. Par rapport aux risques de paiement, de nombreuses sociétés d’électricité africaines font face à des difficultés financières chroniques, rendant la sécurisation des paiements pour les équipements exportés ou les services d’ingénierie complexe. Il convient également de mettre en évidence dans ce cadre les modèles de financement.
Contrairement au projet nigérien, les projets futurs nécessiteront des montages financiers impliquant des banques multilatérales comme la Banque africaine de développement ou de la Banque Mondiale. Par ailleurs, les cadres réglementaires et l’instabilité politique constituent également des obstacles. Chaque pays dispose de ses propres régulations énergétiques et standards techniques rendant la réalisation des projets d’envergure complexe. La situation sécuritaire dans certaines régions peut ralentir la réalisation des chantiers sur le terrain et augmenter les coûts d’assurance et de logistique.
W. O. H.