Animaux errants à Alger: La stérilisation gagne du terrain

Longtemps tabou ou reléguée au second plan, la stérilisation des chiens et des chats s’imposent comme un enjeu majeur de santé publique et de bien-être animal.

Dans la wilaya d’Alger, une mobilisation progressive des propriétaires, des vétérinaires et des autorités dessine les contours d’un changement de regard profond sur la gestion des animaux de compagnie et errants.

Dans une clinique vétérinaire, le docteur Amir Guechi observe une transformation qu’il n’aurait pas imaginée il y a quelques années. «Avant, les gens venaient en urgence, rarement pour prévenir. Aujourd’hui, ils demandent des rendez-vous pour stériliser, pour éviter les portées non désirées», dit-il. La stérilisation, qu’il s’agisse de castration chez le mâle ou d’ovariectomie chez la femelle, pratiquée à différents âges, est une intervention chirurgicale désormais courante pour empêcher la reproduction des animaux.

Dans des structures comme l’École nationale supérieure vétérinaire d’Alger, les consultations et les actes chirurgicaux, y compris la stérilisation, sont proposés sur rendez-vous, parfois gratuitement dans un cadre pédagogique. Un dispositif qui attire de plus en plus de propriétaires, notamment les jeunes.

Prise de conscience et contraintes

Dans un quartier populaire, Nihal, 37 ans, propriétaire de deux chats recueillis dans la rue, raconte son cheminement. «Au début, je ne voulais pas, je trouvais cela cruel. Puis ma chatte a eu trois portées en un an. J’ai compris que je n’arrivais plus à gérer». Comme elle, de nombreux propriétaires prennent conscience des conséquences de la reproduction non contrôlée, abandons, errance, maladies, conflits de voisinage.
Un étudiant à Bab Ezzouar (Alger), évoque une autre réalité : «Ce n’est pas seulement une question de volonté. Il y a le coût, le transport, et parfois le manque d’information. Mais de plus en plus de gens s’entraident, partagent des contacts de vétérinaires».

Sur les réseaux sociaux, les groupes d’entraide se multiplient, relayant campagnes, bons de réduction ou collectes de fonds pour financer des opérations, notamment pour les animaux errants.

Vétérinaires, pédagogie et urgence sanitaire

Pour les professionnels, la stérilisation n’est pas un simple acte de confort, mais une nécessité sanitaire. «Elle réduit les risques de maladies, limite les comportements agressifs et surtout freine la prolifération des animaux errants», insiste le vétérinaire Amir Guechi. Les vétérinaires évoquent aussi des bénéfices concrets, à savoir la diminution des tumeurs mammaires chez les femelles, la réduction des fugues et bagarres chez les mâles, une meilleure espérance de vie globale. Mais ils se heurtent encore à des résistances culturelles. «Certains pensent que l’animal doit vivre sa nature. Notre rôle, c’est d’expliquer que la stérilisation, c’est aussi une protection». 

Vers une nouvelle approche

Le tournant est aussi institutionnel. Face aux critiques croissantes contre les méthodes brutales d’élimination des animaux errants, les autorités ont amorcé un changement de stratégie. Selon des orientations récentes, la gestion des populations animales privilégie désormais des méthodes durables comme la stérilisation, combinée à la vaccination et au suivi sanitaire. En effet, la wilaya d’Alger a donné, dernièrement, le coup d’envoi à l’application du protocole TNVR (Trap–Neuter–Vaccinate–Return), une méthode reconnue à l’échelle internationale pour le contrôle éthique et sanitaire des populations canines vivant en milieu urbain.

Cette opération s’inscrit dans le cadre des instructions du ministre, wali d’Alger, Mohamed Abdennour Rabhi, qui a insisté sur l’adoption d’une approche à la fois responsable, scientifique et respectueuse du bien-être animal. Sur le terrain, l’initiative est menée en coordination entre l’Établissement de nettoyage urbain et de protection de l’environnement (HUPE) et l’Établissement de gestion du parc zoologique et de loisirs El Ouam El Madani de Ben Aknoun, où se déroule la première phase de l’opération.

Rafik Diae, responsable dans cet établissement, explique : «Nous sommes dans une phase de transition. L’objectif est de remplacer les pratiques anciennes par des programmes encadrés et plus efficaces.» Cette approche s’inscrit dans les recommandations internationales, qui préconisent une gestion globale incluant stérilisation, identification et sensibilisation.

Une mobilisation citoyenne qui change la donne

Dans plusieurs communes d’Alger, des initiatives locales émergent : campagnes de sensibilisation, partenariats avec des vétérinaires, actions associatives. Des bénévoles organisent des opérations de capture, stérilisation, relâche pour les chats errants, souvent avec des moyens limités mais une détermination sans faille. Une bénévole depuis cinq ans, témoigne : «On travaille avec nos propres moyens. Chaque chat stérilisé, ce sont des dizaines de naissances évitées. C’est un travail invisible, mais essentiel». 

Toutefois, plusieurs obstacles persistent comme le manque de structures publiques dédiées, coûts encore élevés pour certains foyers, insuffisance de campagnes de sensibilisation à grande échelle. Mais les signaux sont encourageants. La stérilisation n’est plus perçue comme une contrainte, mais comme un acte responsable.
Dans les rues d’Alger, l’évolution reste discrète… mais réelle. Elle se mesure moins aux chiffres qu’aux mentalités qui changent. Au-delà de l’acte médical, c’est toute une relation entre l’humain et l’animal qui se redéfinit. «Avant, on subissait la présence des animaux errants. Aujourd’hui, on cherche des solutions», résume un autre vétérinaire, le Dr Amine Amati.

Samira Sidhoum

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