Appart’hôtels: un modèle hybride en pleine structuration

En Algérie, le concept d’appart’hôtel s’impose progressivement comme une composante incontournable du paysage touristique et immobilier.

À la faveur du développement du tourisme interne et de la diversification des modes d’hébergement, cette formule hybride, à mi-chemin entre l’hôtel et la location meublée, séduit autant les voyageurs que les investisseurs. Le tourisme interne connaît une progression notable ces dernières années, notamment durant les saisons estivales où les flux vers les wilayas côtières atteignent des niveaux record.

Les résidences hôtelières au secours du secteur classique

Les autorités du secteur, à travers le ministère du Tourisme, soulignent régulièrement la nécessité de diversifier les capacités d’hébergement pour répondre à cette forte demande. Dans ce contexte, les résidences hôtelières et les locations meublées apparaissent comme des solutions complémentaires aux infrastructures classiques. «Les hôtels ne suffisent plus à absorber la demande en haute saison», explique Ahmed Taouti, ancien directeur du tourisme à Mostaganem.

«Les appart’hôtels permettent d’élargir l’offre, tout en répondant aux attentes spécifiques des familles», ajoute-t-il. Contrairement à une idée répandue, l’activité d’appart’hôtel n’est pas informelle en Algérie. Elle est bel et bien encadrée par des textes réglementaires publiés au «Journal officiel» de la République algérienne. Ces textes définissent notamment les résidences hôtelières comme des établissements touristiques à part entière, leur classement par catégories (étoiles), les conditions d’exploitation, d’hygiène et de sécurité, l’obligation d’obtenir une autorisation préalable d’exploitation.

Vers une reconnaissance officielle des meublés de tourisme

En parallèle, d’autres dispositifs encadrent la location de courte durée, notamment les «meublés de tourisme», dont l’activité doit être déclarée et certaines limites respectées. Cette reconnaissance officielle traduit une volonté des pouvoirs publics d’organiser le secteur sans freiner son développement. Sur le terrain, cette évolution réglementaire accompagne une transformation des stratégies immobilières.

Djawad Rabia, entrepreneur dans l’immobilier à Alger, témoigne : «Aujourd’hui, transformer un appartement en appart’hôtel est devenu une vraie stratégie. On s’appuie sur une demande réelle, notamment de la diaspora et des cadres en mission». Même constat chez Dhawiya, propriétaire d’un immeuble à Gué de Constantine : «Avant, je louais à l’année. Maintenant, je préfère la location courte durée. C’est plus rentable, mais aussi plus exigeant».  Selon Hamdane Ben Mouhoub, expert en tourisme, cette tendance s’inscrit dans une évolution plus large du marché immobilier algérien, marqué par une recherche de rentabilité accrue, une diversification des usages du logement et une adaptation aux nouvelles mobilités.

la flexibilité, clé de succès des appart’hôtels

Du côté des usagers, le succès des appart’hôtels repose avant tout sur la flexibilité. Rabah, cadre en déplacement professionnel, explique : «Je me sens plus libre que dans un hôtel. Je peux travailler, cuisiner, recevoir. C’est plus adapté à mes besoins». Pour les familles, l’argument est aussi économique et pratique. «Avec des enfants, une seule chambre d’hôtel, ce n’est pas évident. Dans un appart’hôtel, on retrouve un cadre de vie normal», confie Hanane. Ce modèle répond ainsi à une évolution des attentes, où le confort domestique devient un critère central du séjour.

Derrière l’attractivité des appart’hôtels, la question des prix reste centrale pour les clients et les investisseurs. La tarification de ces logements hybrides varie fortement selon plusieurs critères, à savoir la localisation, le standing, la saison et la durée du séjour. Selon les données observées sur le marché de la location touristique, une nuit dans un appart’hôtel ou un appartement meublé oscille généralement entre 35 et 80 euros (soit environ 5.000 à 12.000 DA) dans les grandes villes comme Alger, Oran ou Constantine.

Enjeux de régulation d’un marché en pleine expansion

Dans les zones les plus recherchées — littoral, quartiers huppés ou résidences de standing —, les prix peuvent grimper jusqu’à 15.000 DA, voire plus en haute saison estivale. Sur le terrain, les écarts sont encore plus visibles. Dans les quartiers périphériques ou pour des logements plus simples, il est possible de trouver des offres autour de 4.000 à 8.000 DA par nuit, tandis que pour des appartements bien situés, avec vue sur mer ou prestations haut de gamme, ils peuvent atteindre 10.000 à 16.000 DA, notamment durant l’été. Pour les séjours prolongés, une tendance se confirme : les prix deviennent souvent dégressifs, rendant ce modèle particulièrement attractif pour les familles ou les professionnels en mission.

«En semaine, je loue à 7.000 DA la nuit, mais pour un mois complet, je propose un tarif global plus avantageux», explique un propriétaire d’appart’hôtel à Tipasa. «C’est gagnant pour le client et pour moi», ajoute-t-il. Au final, l’appart’hôtel s’inscrit dans une logique de rapport qualité-prix flexible, capable de s’adapter à différents profils, du séjour économique au logement premium. Une diversité tarifaire qui contribue largement à son succès, mais qui pose aussi la question d’une régulation plus fine pour éviter les dérives et garantir une certaine transparence du marché.

Samira Sidhoum  

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