Chrétiens d’Algérie: Un riche héritage culturel et religieux

Les chrétiens d’Algérie, d’où un riche héritage culturel et religieux perdure à ce jour. La visite du pape Léon XIV donne l’occasion de le redécouvrir. 

La visite du Pape Léon XIV en Algérie ramène à la surface le riche héritage culturel et religieux de notre pays qui a été, depuis l’Antiquité, un carrefour de civilisations. Non seulement les ossements des premiers hommes ont été découverts à Tighenif, puis à Sétif, mais des vestiges archéologiques et des écrits d’auteurs de dimension universelle attestent de l’empreinte de multiples influences.

Des sites, des pensées et des objets rappellent les chrétiens d’Algérie

Les Berbères romanisés comme Juba II ont enrichi le savoir dans divers domaines en usant du latin qui était à l’Antiquité ce qu’est l’anglais de nos jours. Les musées sont les endroits les plus indiqués pour découvrir ces traces physiques ou intellectuelles d’une période qui s’est étendue depuis le milieu du IIe siècle avant J.-C.. On ne peut pas visiter un musée algérien sans trouver une aile réservée à des objets, des statues, des mosaïques qui renvoient au monde gréco-romain.

La religion polythéiste puis monothéiste a imprimé sa marque sur des objets utiles – jarres – esthétiques qui sont exposés entre autres aux musées de Timgad, d’Hippone ou de Cherchell. L’histoire du christianisme se déploie aussi à travers des mouvements comme le donatisme apparu au IVe siècle. Une basilique à Tébessa porte le nom de Sainte-Crispine, et les controverses au sujet du donatisme, une sorte de théologie des opprimés, ont nourri la pensée. Cette richesse se manifeste aussi dans des lieux où se dressent théâtres, thermes, basiliques et murailles. Les sites archéologiques dont deux – Djemila et Tipasa – sont inscrits au patrimoine mondial de l’humanité, renferment entre autres des lieux et des stèles portant des inscriptions.

Des productions intellectuelles de chrétiens d’Algérie

Certaines villes, comme M’daourouch (wilaya de Souk Ahras), aujourd’hui modeste bourgade, ont joué un rôle dans l’émergence d’une élite. Dans cette cité est né Apulée dont le roman «L’Âne d’or» est considéré comme le premier de l’humanité. Saint Augustin, qui a écrit «La Cité de Dieu», un des textes fondateurs de la pensée chrétienne, est né à Thagaste, l’actuel Souk Ahras, où se dresse toujours l’olivier millénaire sous lequel il méditait. Tout ce patrimoine a bénéficié de travaux de préservation de l’État algérien qui a toujours plaidé pour le dialogue des cultures et des civilisations.

Dans des temps moins reculés, des chrétiens ont notamment, durant la guerre de Libération, pris des positions honorables. Des personnalités comme André Mandouze, spécialiste de Saint Augustin, et l’archevêque Duval se sont élevées contre les discriminations et la torture. Le second fut désigné comme Mohamed Duval. Beaucoup d’avocats, de militants qui ont soutenu et aidé le FLN, tant en Algérie qu’en Europe, sont issus de la mouvance chrétienne.

La phrase du romancier François Mauriac qui, à l’adresse des ultras de la colonisation, rappelait «Saint Augustin, ce bougnoule», résonne comme un appel de la raison basé sur la fidélité à un message religieux basé sur la fraternité des hommes qui est, comme l’a rappelé à maints reprises le Pape, nécessaire dans notre époque tourmentée.

R. Hammoudi

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