«Roqia» de Yanis Koussim: L’horreur en miroir de la réalité 

Avec «Roqia», Yanis Koussim signe l’horreur en miroir de la réalité. Ce film audacieux utilise l’exorcisme pour revisiter la mémoire de tout un peuple.

Le dernier long-métrage du réalisateur algérien Yanis Koussim, «Roqia», a été projeté , mercredi dernier, à la salle Ibn Khaldoun à Alger, en présence du cinéaste et de comédiens qui y ont interprété des rôles.

Le film de 97 minutes s’inscrit dans un genre encore peu exploré en Algérie: l’horreur. Il met en scène un raqi (exorciste) engagé dans une lutte acharnée contre des forces occultes qui menacent de commettre des crimes abominables à travers des individus possédés. Toutefois, affaibli par l’âge et la maladie, le vieux cheikh voit ses forces décliner, tandis que les puissances maléfiques gagnent en intensité et semblent prêtes à prendre le dessus. Bien que son disciple tente de lui venir en aide, le mal est parfois plus fort.

À travers cette œuvre sombre et oppressante, Koussim propose une lecture originale et métaphorique d’un pan douloureux de l’histoire récente de l’Algérie, la Décennie noire marquée par un terrorisme aveugle qui a plongé le pays dans la peur et l’horreur et coûté la vie à des centaines de citoyens.

Entre allers-retours temporels et passé obscur

En mêlant horreur surnaturelle et mémoire collective, le réalisateur dépasse les codes classiques du genre pour livrer une œuvre à la fois engagée et symbolique. Le combat contre les forces occultes devient ainsi une allégorie du combat réel mené par la société algérienne face à la violence, à la peur et à l’obscurantisme.

Le film se déroule sur deux périodes, et le scénario fait des allers-retours entre les années 1990 et l’époque actuelle, pour permettre au spectateur de mieux cerner le film.

Il évoque un homme qui rentre chez lui, après un accident et qui a perdu la mémoire. Plusieurs choses indiquent un passé obscur. La rencontre avec le Raqi changera sa vie mais aussi celle du cheikh qui s’est engagé à combattre le mal qui habite en cet homme.

Avec beaucoup de subtilité, Yanis Koussim a su relever deux défis : celui de réaliser un film d’horreur avec les exigences du genre et aborder un sujet très délicat et sensible, celui de la mémoire et d’un passé douloureux pour tout un peuple. Le réalisateur explique son choix de traiter le sujet du terrorisme dans un film d’horreur en affirmant : «Lorsque j’ai décidé de faire un film sur les années 1990 par devoir de mémoire, et lorsque j’écrivais le scénario, je me suis rendu compte que c’est un film d’horreur que j’écrivais». Du coup, ajoute-t-il : «Nous avons décidé, le producteur et moi, de l’assumer, car ce genre, l’horreur, permet d’évoquer certaines choses plus aisément que de manière normale». D’autre part, pour le recours à l’occulte, Yanis Koussim explique : «Lorsqu’on se rappelle ce qui s’est passé, il est difficile d’accepter que les gens qui ont commis ces abominations puissent être des humains. C’est une explication surnaturelle à une horreur réelle».

Une reconnaissance internationale pour un casting de choix

Roqia, produit en 2025, est en salle depuis décembre dernier. Il a réuni un casting composé d’Ali Namous, Mustapha Djemdjem, Hana Mansour, Lydia Hanni, Abdelkrim Derradji, Aydan Hammache, Adila Bendimrad et d’autres. Une année après sa sortie, le film a connu un parcours remarquable dans les festivals internationaux. Il a notamment remporté le Grand Prix du long-métrage au Festival international du film d’Alger (FICA), une sélection pour la Semaine internationale de la critique à la 82e Mostra de Venise, et le prix du Meilleur réalisateur au Festival international du film de Thessalonique. Il a également été doublement récompensé au Festival international du film de Leeds avec le Prix du Jury et le Prix du Meilleur film (section Fanomenon), et a reçu une mention spéciale au Festival international du film indépendant de Bordeaux.

Yanis Koussim, né en 1977, à Sétif, découvre sa vocation pendant ses études de droit, avant de se former sur le terrain et brièvement à la FEMIS, et en travaillant comme assistant auprès de cinéastes reconnus. Il débute par des courts-métrages, notamment Khti (2007) et Khouya (2010)sélectionnés et primés dans plusieurs festivals internationaux. Il a réalisé 2 longs-métrages «Alger by night» et «Un été à Alger» où il mêle documentaire et fiction. Parallèlement, il écrit et coécrit de nombreux scénarios pour le cinéma et la télévision.

Hakim Metref

 

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