Elections législatives : Les partis politiques sur le starting-block

La scène politique nationale vit dans l’attente d’un acte institutionnel majeur : la convocation officielle du corps électoral par le président de la République Abdelmadjid Tebboune en prévision des élections législatives.

Ces élections législatives s’annoncent décisives, car les équilibres parlementaires de demain en dépendent.

FLN : Des candidats ancrés socialement

Pour ce faire, l’État a d’ores et déjà posé le cadre nécessaire, lequel s’est traduit par la révision des lois sur les partis et le régime électoral. Désormais, la balle est dans le camp des partis, appelés à présenter leurs projets, finaliser leurs listes et déployer leur maillage territorial au niveau des wilayas. Dans cette dynamique, plusieurs formations ont déjà engagé leurs préparatifs, multipliant rencontres régionales et travail de proximité. Le FLN, le RND et le MSP ont exposé leurs dispositifs. Tous confirment leur état de préparation avancé et n’attendent que le signal officiel pour lancer la bataille des urnes, dans un scrutin où la crédibilité des programmes, la qualité des candidatures et la capacité à mobiliser les électeurs seront déterminants pour convaincre les citoyens.

Nadir Boulegroune, chargé de communication du Front de Libération Nationale, contacté par nos soins, a rappelé la tenue récente de la session du comité central du parti, à l’issue duquel le secrétaire général a procédé à l’installation de la commission nationale de préparation des élections. Interrogé sur l’état d’avancement des préparatifs, il a précisé  qu’étant donné que le président de la République n’a pas encore convoqué le corps électoral, la direction nationale du parti n’a pas officiellement lancé les préparatifs des élections. «Mais de manière informelle, nous sommes prêts». Le responsable a ensuite exposé les orientations fixées par le secrétaire général aux différentes instances du parti. «Les prochaines élections exigent que le FLN présente des candidats intègres, dotés de compétences et d’un poids social, capables non seulement de remporter les suffrages mais aussi d’assumer leurs missions au sein de l’assemblée législative», a-t-il soutenu. Sur la question du renouvellement des candidatures, Boulegroune a adopté une position nuancée, affirmant que «le Front choisira parmi les députés actuels et parmi les nouveaux candidats, sur la base d’une évaluation». «Certains députés ont prouvé leur utilité au sein de l’APN par leurs interventions dans les débats, leurs propositions d’amendements, leurs questions orales et leur proximité avec les citoyens tout au long de la législature», a-t-il argué. Concernant l’organisation de la campagne électorale, il a précisé que cette mission incombe au parti avec une marge de manœuvre laissée pour  chaque candidat.

Le RND :   miser sur la jeunesse

Du côté du Rassemblement National Démocratique, Belkacem Djir, chargé de communication du parti, a fait part d’une  préparation de terrain «intensive» menée par le secrétaire général depuis des mois. «Au niveau du parti, nous avons commencé le travail et la préparation des élections à travers les rassemblements, les tournées marathon du secrétaire général au niveau de  différentes wilayas. Nous avons couvert des dizaines de wilayas récemment», a-t-il indiqué.

Le même responsable a aussi insisté sur la place accordée aux jeunes dans la stratégie du parti. «Nous ciblons la couche jeune, que ce soit dans les rassemblements ou parmi les nouveaux visages qui seront choisis sur les listes électorales. Nous misions sur des profils cultivés, compétents, avec toutes les qualités requises», a-t-il expliqué.

Le MSP : créer un bloc pesant au Parlement

Le Mouvement de la Société pour la Paix (MSP) a également fait part d’une préparation avancée, selon le député d’Ahmed Sadouk. Celui-ci a rappelé que le MSP travaille sur les préparatifs des élections depuis près d’un an à travers la commission permanente des élections mise en place à cet effet. «Nous avons préparé un plan bien ficelé impliquant la mobilisation des militants, le contrôle électoral ainsi que  la préparation de tout l’aspect matériel et logistique. Nous avons tenu des rencontres avec les responsables des  commissions de candidature au niveau des wilayas, ainsi que les chefs des bureaux, et des directions de la campagne électorale», a-t-il indiqué.

Dans cette perspective, il a souligné que le processus de sélection des candidats  et certaines wilayas ont préparé les listes. Concernant les ambitions du MSP pour le prochain scrutin, il a affirmé que son parti vise à constituer un bloc pesant dans le prochain parlement, rappelant que des députés du MSP «se sont démarqués lors de cette législature en défendant les préoccupations citoyennes». Sadouk signale que sa formation est prête pour la compétition électorale à condition que «l’Autorité nationale indépendante des élections assume pleinement ses responsabilités en veillant à réunir toutes les conditions d’intégrité». Sur la question du renouvellement des candidatures et de l’évaluation des députés sortants, l’élu a précisé que l’appréciation est d’abord laissée aux wilayas et aux instances de candidature, puis au peuple.

Front El Moustakbal : Une approche décentralisée dans le choix des candidats

Le chargé de communication du Front El Moustakbal, Raouf Maamri,  a insisté sur la continuité des préparatifs engagés par son parti bien avant l’annonce officielle du scrutin. «Les préparatifs ont commencé il y a un moment déjà au niveau. Le président du parti a organisé des rassemblements populaires et rencontré la base militante du parti dans la plupart des wilayas», a-t-il indiqué.  Maamri a rappelé l’expérience accumulée par le Front El Moustakbal depuis sa création. «Depuis la création du parti en 2012, nous participons et intervenons dans le processus électoral à chaque étape. Le parti a participé à tous les rendez-vous électoraux, y compris les présidentielles. C’est pourquoi le Front El Moustakbal est prêt pour affronter ces échéances», a-t-il affirmé.

Concernant les candidatures, le responsable a évoqué une stratégie mêlant renouvellement et fidélité à la base militante. «Il y aura de nouveaux visages parmi les militants. La base militante s’est élargie surtout après les succès réalisés par le parti lors des précédents rendez-vous», a-t-il précisé. Sur la méthode de la constitution des listes, Maamri a décrit une approche décentralisée privilégiant l’initiative locale. «Nous laissons la liberté aux bureaux des wilayas de préparer leurs listes», a-t-il expliqué.

TAJ : Encourager les femmes

Fatma Zohra Zerouati, présidente du parti TAJ (Tajammu Amal El Djazaïr), a souligné elle aussi que sa formation est en ordre de marche pour les élections législatives. «Nous sommes en train de se préparer. Le conseil national se tiendra vendredi-samedi prochains pour finaliser l’organisation des instances concernant le bureau politique et les membres des commissions», a-t-elle indiqué. La responsable a rappelé l’ambition de son parti de peser dans le prochain paysage parlementaire. «Ce n’est pas l’objectif du parti de participer pour participer. Faire partie de la politique, c’est arriver à avoir des sièges et à faire valoir nos idées», a-t-elle affirmé. Sur la stratégie de renouvellement, Fatma Zohra Zerouati a mis en avant deux priorités : la jeunesse et la place des femmes. «Pratiquement plus de 80 % des bureaux de wilayas sont dirigés par des jeunes», a-t-elle affirmé.

Elle a également insisté sur la représentation féminine. «Nous avons misé sur la femme. Je pense que nous sommes le seul parti à avoir des femmes à la tête des bureaux de wilaya. Ce n’est pas évident, il n’y a pas si longtemps on ne voyait même pas la photo des femmes sur les listes électorales», note-t-elle La présidente du TAJ a souligné que cette approche repose sur un travail de fond plutôt. «J’essaie toujours  d’encourager les femmes à s’engager dans la politique», a-t-elle relevé. Concernant les critères de sélection des candidats, elle a détaillé une méthodologie «rigoureuse». «Nous allons sélectionner selon les données locales, le potentiel et la proximité avec les citoyens avec en prime la confiance», a-t-elle expliqué.

Parti Voix du Peuple : Offrir une alternative crédible aux citoyens

Le président du parti Voix du Peuple (PVP) , Lamine Osmani, a rappelé quant à lui que le calendrier électoral obéit à des règles institutionnelles précises que toutes les formations s’engagent à respecter. «Le processus sera lancé d’ici trois ou quatre jours, pas plus», a-t-il indiqué, soulignant que la convocation du corps électoral relève de la compétence exclusive du président de la République. Le responsable a précisé que Voix du Peuple dispose d’une assise territoriale solide. «Le parti est représenté aujourd’hui dans soixante-neuf wilayas. Nous avons une structuration qui nous permet d’être présents sur le terrain», a-t-il affirmé. Cette implantation constitue un atout majeur pour la phase de campagne à venir, permettant au parti de mener un travail de proximité avec les électeurs dans la plupart des régions du pays. Sur la stratégie de renouvellement des candidatures, Lamine Osmani a mis l’accent sur l’impératif d’offrir une alternative crédible aux citoyens. «Nous misons sur des nouvelles têtes, un programme politique qui a besoin d’un nouveau souffle, d’un nouveau design. On essaie de s’inscrire dans cette démarche, avec des nouvelles figures qui servent la citoyenneté algérienne et proposent des solutions réalisables pour le peuple», a-t-il expliqué.

Pour Osmani, la responsabilité des politiques est claire. «En tant qu’hommes politiques il est de notre devoir de réaliser leurs rêves». Le responsable a également plaidé pour un dosage équilibré entre expérience et renouvellement générationnel. «Je pense que le paysage politique a besoin d’un rajeunissement, de nouvelles têtes, un cocktail entre  l’expérience et la jeunesse. C’est cette combinaison qui peut répondre aux attentes», a-t-il détaillé. Il a reconnu par ailleurs le défi de la crédibilité politique face à un électorat parfois sceptique. De ce fait Lamine Osmani a insisté sur la nécessité de passer des discours aux actes, particulièrement dans le domaine économique. Cette approche pragmatique vise, selon lui,  à restaurer la confiance entre les citoyens et leurs représentants, avec des projets tangibles et des engagements mesurables.

Karima Alloun

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