Exposition «Wujūd»: Une exploration photographique de l’existence

L’exposition « Wujūd » au CCU d’Alger explore l’existence à travers l’œil de 4 photographes. Une immersion visuelle entre ombre et lumière.

Au Centre culturel universitaire (CCU) d’Alger, une exposition collective invite le public à ralentir le pas et à regarder autrement le monde qui l’entoure.

Intitulée «Wujūd», terme arabe signifiant à la fois «Existence» et «Présence», la  manifestation réunit les travaux de quatre photographes: Nadine Djouama, Lotfi Fekih, Lucien Descoffres et Kadri Mohammed. Ouverte au public jusqu’au 7 mai 2026, elle propose une réflexion visuelle et sensible sur la condition humaine à travers des contrastes de lumière, des fragments de paysages et des traces de la présence humaine.

Dès l’entrée, le visiteur baigne dans une atmosphère particulière, presque méditative. Les photographies, accrochées dans une scénographie sobre, semblent dialoguer entre elles, chacune offrant une interprétation singulière de la notion d’existence. Loin d’une simple juxtaposition d’images, «Wujūd» se présente comme un parcours où la photographie devient un langage philosophique qui invite à contempler les multiples formes que peut prendre la présence au monde.

La première approche est celle de Nadine Djouama, dont les images s’inscrivent dans une relation intime avec la nature. Son travail explore les transformations du vivant et les signes de résilience inscrits dans les paysages. Les nuances profondes de bleu et de vert, souvent dominantes dans ses compositions, évoquent un univers en perpétuelle mutation. A travers ses photographies, l’existence apparaît comme un processus continu d’adaptation et de persistance, où chaque élément naturel semble porter la mémoire du temps.

Entre résilience naturelle et structures urbaines

Le regard change radicalement avec Lotfi Fekih qui déplace la réflexion vers l’espace urbain. Chez lui, l’existence se lit dans la confrontation entre la silhouette humaine et les structures architecturales qui l’entourent. Ses images jouent sur les lignes, les ombres et les volumes pour souligner la fragilité de l’homme face à la permanence des constructions. L’architecture devient alors un témoin silencieux de la vie humaine, conservant les traces de passages, de gestes et d’histoires anonymes.

Quant à la démarche de Lucien Des coffres, elle introduit une dimension plus contemplative et spirituelle. Ses photographies établissent un dialogue entre nature et culture, entre lieux habités et espaces de solitude. En évoquant des territoires chargés de symboles, comme les paysages du Sahara ou des sites associés à la quête intérieure, l’artiste suggère que l’existence ne se limite pas à la présence physique, mais s’enracine aussi dans la conscience de soi et la relation à l’autre. Son travail invite à envisager la photographie comme une forme de méditation visuelle.

Cette dimension relationnelle trouve un prolongement dans l’œuvre de Kadri Mohammed dont les images s’intéressent à la place de l’autre dans la construction de l’identité. Ses photographies s’attachent à capter des instants fugaces : un regard, un geste, une présence discrète dans l’espace urbain ou naturel.

La poésie de l’ordinaire et du dialogue

À travers ces fragments du quotidien, l’artiste rappelle que l’existence se construit dans la rencontre et dans la reconnaissance mutuelle. Loin des grandes mises en scène, son travail privilégie l’éphémère et l’invisible, révélant la poésie qui se cache dans les moments ordinaires. Des textes accompagnent les œuvres. Loin d’être de simples légendes, ils prolongent la démarche artistique en proposant des pistes de réflexion au visiteur. Ces fragments d’écriture, souvent empreints d’une tonalité poétique, participent à la construction d’un dialogue entre image et pensée qui renforce l’impression d’être face à une expérience immersive.

Le vernissage de samedi dernier a réuni artistes, étudiants et amateurs de photographie pour un moment d’échange convivial. Les discussions autour des œuvres ont permis de mettre en lumière la diversité des approches photographiques tout en soulignant leur point de convergence : interroger le sens de la présence humaine dans un monde en constante transformation.

Dans une capitale où les rythmes urbains laissent parfois peu de place à la contemplation, «Wujūd» apparaît comme une invitation à marquer une pause.  À travers une diversité de regards et la profondeur de ses questionnements, l’exposition rappelle que la photographie, plus qu’un simple outil de représentation, est un moyen d’explorer l’existence.

 

Walid Souahi

 

 

 

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