Hocine Moumdji raconté par Daho Djerbal

Hocine Moumdji, de son vrai nom Zine El Abidine est raconté par Daho Djerbal, mercredi à Alger lors du Forum d’El Moudjahid.
Le forum de la Mémoire du journal El Moudjahid, organisé en coordination avec l’association Machaâl Echahdi, consacre son rendez-vous de mercredi au moudjahid Zine El Abidine Moumdji, dit Hocine Moumdji, l’un des premiers militants et témoins encore vivants du mouvement national et le dernier membre du comité central du Parti du peuple algérien (PPA).
Hocine Moumdji adhère au PPA en 1943
Son parcours historique et révolutionnaire a été mis en valeur par l’historien Daho Djerbal, dans une intervention intitulée: «Le processus politique: du PPA au FLN». Le conférencier passe en revue le contexte dans lequel activait si Hocine Moumdji en compagnie notamment de Mohamed Belouizdad. Né en 1926 à Belcourt, Hocine Moumdji a vécu dans une situation sociale difficile à tel point que pour se rendre à l’école, «son père a dû lui prêter ses chaussures», raconte le conférencier. Malgré ces galères, Moumdji a pu terminer son cycle scolaire primaire, moyen mais s’est heurté à des difficultés, lui qui souhaitait intégrer le lycée.
En effet, cette époque a coïncidé avec la Seconde Guerre mondiale et le débarquement des troupes alliées à Alger (8 novembre 1942), entraînant la fermeture des établissements scolaires. C’est dans ces conditions qu’il a décidé, en compagnie de ses camarades de classe, de s’orienter vers la cause nationale, en rencontrant des militants déjà engagés. Il a ainsi adhéré au PPA en 1943, à l’âge de 16 ans, où il a eu l’occasion de rencontrer la famille Belhaffaf. «C’est Ghazali Belhaffaf qui l’avait convaincu qu’il pouvait militer pour la liberté et l’indépendance de l’Algérie et qu’il existait des structures pour accueillir les militants. Puis, il s’est retrouvé au sein d’une cellule au PPA au quartier de Belcourt, où il a commencé son parcours de militant», relate-t-il.
Belhaffaf était le premier chahid, tombé au champ d’honneur le 1e mai 1945
À ce propos, l’historien ouvre une parenthèse pour rappeler que Belhaffaf était le premier chahid, tombé au champ d’honneur le 1e mai 1945, étant en première ligne d’une manifestation qui se dirigeait vers la Grande Poste. Cette manifestation a été suivie de plusieurs arrestations ciblant les militants du PPA et le jeune Hocine a pu y échapper après avoir été alerté d’une descente de la police, pour aller retrouver Ahmed Bouda (chahid) et d’autres militants dans une cache, où ils sont restés plusieurs jours. À l’âge de 17 ans, il rejoint les cellules clandestines du PPA.
Entre 1939 et 1945, il était interdit d’activité. Mais le moudjahid a continué de militer dans son quartier natal de Belcourt, où il a eu pour mission de distribuer les tracts de son parti. «Quand il a été désigné responsable d’une cellule au PPA, il tenait des réunions sur les hauteurs de Belcourt. Il ne pouvait pas les organiser chez l’une de ses connaissances car la conception de leurs maisons traditionnelles ne s’y prêtait pas. Du coup, ces réunions étaient tenues au Bois des Arcades ou dans d’autres endroits peu fréquentés», poursuit l’historien.
Un grand militant
En cette période, Si Hocine Moumdji activait et contrôlait des militants dans une zone qui comprenait Belcourt, de la rue des Mûriers jusqu’au Champ de Manouvres (actuelle place 1e Mai), en passant par les Halles centrales. À l’âge de 18 ans, il était responsable du secteur ouest d’Alger s’étendant de Bologhine à Aïn Benian, au moment où Mohamed Belouizdad, en compagnie d’Ahmed Mahsas et de M’hamed Yousfi, occupait le poste de responsable de la zone centrale du quartier de Belcourt. En 1949, Moumdji a été affecté en France en vue d’assurer une mission de liaison. Là, il a eu l’occasion de rencontrer les membres de la délégation extérieure du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD).
Il rejoint la Fédération de France du Front de libération nationale (FLN) en septembre 1956. Lui et ses compagnons étaient, non seulement des porteurs d’armes, mais aussi des porte-voix de l’indépendance de l’Algérie. À cette occasion, Hocine Moumdji, présent à ce forum, estime, tout ému, que la trajectoire du mouvement national était semée d’embûches et que malgré tout, l’objectif de déclencher la révolution et d’arracher l’indépendance de l’Algérie a été concrétisé.
Pour Daho Djerbal, la génération actuelle ne connaît pas les noms de ceux qui ont été témoins et ont vécu les épreuves de la révolution algérienne, du mouvement national à la guerre de libération. «Il y a donc une forme d’oubli et cet oubli est dangereux. On doit, à ce titre, faire en sorte de préserver notre mémoire nationale», insiste l’historien.
A. Mehdid