Instruction des filles: Une priorité pour les ouléma

L’instruction des filles était une priorité pour les oulema. Ben Badis a compris, très tôt, le rôle de la femme dans la famille et la société.
Abdelhamid Ben Badis a œuvré sa vie durant à opérer un mouvement de réforme pour protéger et ancrer les fondements de l’identité algérienne que le colonisateur a tenté d’effacer. L’ex-ministre et moudjahida Zhor Ounissi indique que Ben Badis a compris, très tôt, le rôle de la femme dans la famille et la société. «Il a donné une grande importance à l’éducation des filles, d’autant plus qu’à l’époque, elles étaient privées de savoir et de formation. L’instruction et l’école n’étaient pas accessibles à tous les Algériens. L’analphabétisme faisait rage parmi la population», rappelle Mme Ounissi.
Pour Ben Badis, c’était vital de diffuser le savoir
Depuis la fondation de l’école de l’Association des oulémas musulmans algériens à Constantine, Ben Badis a organisé des classes pour adultes, garçons et filles. «Le cheikh Ben Badis avec ses collaborateurs organisaient des cours d’alphabétisation toute la journée, en suivant des horaires fixes. La matinée est consacrée aux enfants. Entre les deux prières du dohr et maghreb, pour les femmes au foyer et après la prière de l’icha, pour les hommes adultes. Nos parents n’avaient pas bénéficié d’enseignement», soutient-t-elle.
Selon elle, il a de tout temps plaidé pour la nécessité de dispenser un enseignement aux jeunes filles. Pour lui, c’était vital de diffuser le savoir. «L’Association des ouléma, sous son impulsion, visait à changer les mentalités qui prévalaient à l’époque dont l’interdiction et la privation des filles de l’enseignement alors que des familles se saignent pour l’instruction des garçons. Des cours ont été organisés dans des mosquées pour enseigner la langue arabe, le Coran et les pratiques rituelles de notre religion», fait-elle savoir. L’association ne s’est pas contentée de cet enseignement dans le cycle primaire, elle leur a permis d’accéder à l’enseignement secondaire dans une autre structure.
«Ben Badis avait adressé un courrier à la directrice de l’école de l’association syrienne Dawhat Al Adab. Il lui a demandé d’intégrer un groupe d’étudiantes au sein de son établissement. Deux de mes sœurs aînées étaient inscrites pour partir en Syrie avec d’autres camarades de classe de Constantine et Tlemcen. Mais le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale et le décès de notre illustre Cheikh, le 16 avril 1940, ont fait échouer l’initiative. Cette dernière, courageuse et inédite, avait été décidée en raison de l’absence de classes pour filles au niveau de l’Université Zitouna à Tunis, occupée principalement par les garçons. Il a eu recours à cette alternative», affirme la ministre.
Faciliter la scolarisation des filles
Par ailleurs, l’écrivaine et ancienne élève de l’École islamique d’éducation à Constantine fait savoir que Ben Badis a pris des mesures pour faciliter la scolarisation des filles, entre autres la gratuité des cours, car pour les garçons, les parents payaient leurs études. «La gratuite a pour objectif de lever toutes les contraintes et d’inciter les parents à les inscrire. Le Cheikh insistait sur la scolarisation des filles, convaincu qu’éduquer un homme, c’est éduquer un individu, et éduquer une femme, c’est éduquer une famille et la société», lance-t-elle.
Mme Ounissi de raconter les belles journées passées à l’école. «Une quinzaine d’élèves des écoles de l’Association ont rejoint le maquis, dès le déclenchement de la Révolution. Certaines sont tombées au champ d’honneur», révèle-t-elle. Parmi elles, figurent Akila Kahlouche et Roqaya Lakhal. «Beaucoup de personnalités dont les regrettés Saïd Chibane, Abdelhamid Mehri et des officiers comme Mohamed Alleg sont passés par les écoles de l’Association des oulémas à Constantine», conclut-elle.
Karima Dehiles
