MME SADIA KEBAL, Responsable du Salon du fromage
«Fédérer toutes les énergies et les bonnes volontés pour le label algérien»

Mme Sadia Kebal, responsable du Salon du fromage, recommande de «fédérer toutes les énergies et les bonnes volontés pour le label algérien».
Dans cet entretien accordé à Horizons, Mme Sadia Kebal, rappelle les efforts de l’État pour encourager la filière fromagère.
Entretien réalisé par Rachid Hammoutène
Un premier bilan du 1er Salon national du fromage?
Pour une première, c’est une réussite. Le Salon a connu un fort engouement auquel, il faut l’avouer, on ne s’y attendait pas. Il y avait un énorme engouement, que ce soit de la part du public, venu très nombreux, ou en termes de médiatisation. En plus des représentations économiques des ambassades qui sont venues visiter le Salon.
Et en termes de résultats économiques?
Même de ce côté, ça a donné de bons résultats, que ce soit pour les produits d’artisanat ou industriels. Nous avons constaté qu’il y a eu une évolution dans la production industrielle, qu’il s’agisse de packaging ou de certification. La plupart sont certifiés HACCP-Hazard Analysis Critical Control Point, qui est en fait un process de certification préventif qui clarifie la traçabilité du produit de la production à la consommation. C’est une bonne chose pour l’exportation. Après, on dressera le bilan de manière pointue, quand on aura le retour des participants.
À l’issue de ce Salon, peut-on avoir une idée sur la filière lait, notamment l’exportation du fromage?
Justement, c’était le but de l’organisation de ce Salon. C’est un panorama sectoriel, je l’ai déjà dit, c’est un cliché qu’on voulait faire. Parce qu’en fait, les marchés sont divers. En termes de production industrielle, on a axé notre démarche beaucoup plus sur le marché africain.
La Mauritanie, la Libye, le Congo, le Sénégal, ce sont des pays qui sortent déjà du lot même au niveau du fichier du Centre national d’informatique et de statistiques en termes de statistiques. On a beaucoup de pays qui importent les produits industriels algériens, notamment du Moyen-Orient, dont le Koweït et le Sultanat d’Oman. C’est vous dire que le produit industriel enregistre une percée significative sur certains marchés à l’international. À l’exemple du marché russe, qui est très demandeur de nos produits laitiers.
À quelle hauteur?
Je n’ai pas les chiffres en tête. Mais en tout cas, l’année dernière, en participant à une manifestation en Russie, nos produits laitiers ont intéressé le marché russe. D’ailleurs, le groupe Giplait est en train d’accompagner les entreprises qui ont participé l’année passée à une certification spécifique propre à ce pays. Giplait est en train de procéder à ce process de certification spécifique au marché russe qui est en voie de finalisation avec une première exportation prévue en principe à partir de juin prochain.
Nous sommes optimistes quant à voir les produits fromagers locaux gagner des parts de marché à mesure que les acteurs nationaux cherchent de nouvelles façons de différencier leurs produits et de rivaliser avec les autres marques internationales. C’est ce à quoi s’attelle notre ministre.
Et pour le produit artisanal, où en est-on lorsqu’on sait que la filière compte 2.000 unités artisanales?
Le produit artisanal est un produit communautariste. Il est la niche du terroir qui se fraye un chemin avec cet intérêt suscité auprès de certains pays. En effet, au-delà des pays européens, on a les deux Amériques du Nord et du Sud avec cette visite de l’ambassadeur du Brésil, qui était intéressé par les produits du terroir. Mais aussi des représentants des pays d’Asie, comme l’Indonésie, la Malaisie, aussi les pays du Moyen-Orient, qui cherchent aussi ce genre de produits. Donc là, on doit dans un premier temps les classer.
Nous, en tant que ministère du Commerce extérieur, nous avons un programme annuel des manifestations à l’étranger où les produits du terroir ont une place de choix. D’ailleurs au cours ces dernières années, des fromages, des huiles, des fruits et des légumes ont obtenu de nombreux prix et médailles à l’international. C’est aussi le fruit de la politique menée par notre ministère. Aujourd’hui, la nouvelle politique est d’inverser la tendance. C’est exporter plus que d’importer.
Peut avoir concrètement un premier bilan de cette inversion?
En termes de consommation, déjà, même les Algériens commencent à s’habituer aux produits locaux. Ils demandent beaucoup plus d’amélioration de la qualité de nos produits. Chose à laquelle, nos producteurs sont en train de répondre.
À travers la politique de consommer local, le consommateur algérien tend à apprécier davantage le produit local. Une demande qui a poussé les industriels et les producteurs à revoir leur approche commerciale. Cela se ressent de plus en plus par une amélioration du produit, du packaging, en termes de certification, parce qu’on arrive quand même à les contenir et à les former, pour les préparer à l’international où l’exigence est pointue même si certains marchés sont moins exigeants que d’autres. C’est pourquoi, nous demandons aux producteurs de fournir des efforts supplémentaires pour investir tous les marchés à l’international.
Accéder à ces marchés internationaux nécessite aussi une certaine agressivité…
C’est vrai que l’exportation est une guerre commerciale. Quand on pénètre un marché, on doit être coriace, on doit être sûr de soi, et on doit faire barrage à tous les lobbies qui nous mettent des bâtons dans les roues dans l’accès de nos produits à ces marchés précis. C’est tout un travail qu’il faut fournir. C’est-à-dire qu’il y a quand même le travail qu’on fait au niveau du ministère du Commerce extérieur, les APM qu’on prépare, en termes d’analyse approche marché.
Il y a aussi le travail de nos représentations économiques de plus en plus présentes, en nous donnant des informations sur ces marchés. Elles nous délivrent des contacts, elles nous donnent des conseils concernant certains marchés, surtout par rapport à des réglementations spécifiques. On fédère nos efforts. Le comité en charge de ces exportations est composé de plusieurs représentants plurisectoriels, dont celui du ministère des Affaires étrangères. C’est-à-dire qu’il y a de plus en plus ce retour et ce feedback direct avec les représentants des diplomatiques. Ils travaillent de manière très pointue quand il s’agit d’une participation algérienne.
Cette première édition du Salon du fromage sera-t-elle rééditée?
Un 2e rendez-vous est donné pour l’année prochaine à l’effet d’assurer la pérennité de ce salon lorsqu’on sait que cette première édition a enregistré une réussite remarquable, surtout avec cette affluence continue des visiteurs qui nous encourage à rééditer l’évènement. Un rendez-vous qui renforce davantage les liens entre producteurs et consommateurs, tout en mettant en avant les capacités des opérateurs économiques à développer cette filière. Pour notre part, en tant que ministère du Commerce extérieur, nous continuerons à accompagner les artisans et les industriels dans le domaine afin de valoriser le potentiel et encourager la filière dans notre pays pour en faire une belle vitrine à l’étranger.
R. H.