Précipitations 2026: un tournant décisif pour l’agriculture algérienne

Après plus de cinq années marquées par une sécheresse persistante ayant affecté les rendements agricoles, 2026 apparaît comme une véritable année de rupture.
Les précipitations abondantes et les chutes de neige enregistrées sur l’ensemble du territoire national ont profondément amélioré la situation hydrique et agricole du pays. Barrages en nette progression, nappes phréatiques en renouvellement, couvert végétal revitalisé, les indicateurs sont au vert.
Des indicateurs hydriques au vert jusqu’au printemps
Pour l’expert agricole Laâla Boukhalfa les précipitations enregistrées cette saison constituent une opportunité majeure pour l’agriculture, avec des effets qui devraient se prolonger jusqu’au printemps. Selon lui, ces apports hydriques ont permis «un remplissage important des barrages, notamment dans l’Ouest du pays durement touché par plus de cinq années de sécheresse, mais également dans les autres régions». Il souligne également leur impact positif sur les forêts, le reboisement et le couvert végétal, offrant «une alimentation naturelle pour le bétail, réduisant ainsi les coûts pour les éleveurs, avec des retombées attendues sur le cheptel».
Interrogé sur l’impact des dernières chutes de grêle, l’expert nuance : «La grêle, bien que rare et localisée, peut avoir des conséquences particulièrement néfastes sur la production agricole». Il précise que «ce phénomène peut provoquer des dégâts considérables, allant jusqu’à la destruction totale des récoltes, notamment en arboriculture, où les pommiers et les fruits de gros calibre sont particulièrement vulnérables». Face à ces risques, Laâla Boukhalfa insiste sur les moyens de prévention : «Des dispositifs de protection existent, notamment pour l’arboriculture, mais ils restent coûteux et nécessitent souvent un accompagnement public». Dans ce sillage, il met également en avant le rôle essentiel de l’assurance agricole, «qui constitue aujourd’hui une réponse efficace pour couvrir les pertes».
Une dynamique favorable à toutes les filières
Concernant les dernières précipitations enregistrées, estimées entre 30 et 60 mm, le constat est sans équivoque. «Ces pluies sont globalement très bénéfiques pour les sols agricoles», souligne l’expert. Il précise qu’elles ont permis «le remplissage de nombreux barrages, parfois à 100 %, à l’image de Beni Haroun, ainsi que plusieurs ouvrages dans le Nord-est et même dans l’Ouest, notamment à Mascara, Mostaganem et Chlef, qui étaient auparavant à sec». Fait marquant cette année : «Le taux moyen de remplissage des barrages avoisine les 60 %, un niveau exceptionnel jamais atteint lors des années précédentes», insiste-t-il.
S’agissant des cultures les plus concernées, l’expert se veut rassurant. «Toutes les filières agricoles bénéficient de ces conditions climatiques». Il cite en particulier la céréaliculture, les cultures maraîchères et l’arboriculture, qui profitent pleinement de l’amélioration de la disponibilité en eau et de l’humidité des sols. «Après plus de cinq années de sécheresse, notamment dans l’Ouest, ces précipitations et chutes de neige représentent une situation exceptionnelle et bénéfique pour l’ensemble des régions et des filières», explique-t-il. Au-delà du constat, Laâla Boukhalfa appelle à tirer pleinement profit de cette conjoncture.
«Ces précipitations représentent une opportunité majeure dans un contexte de changements climatiques», affirme-t-il. Elles contribuent également, selon lui, «au développement du couvert végétal et au soutien des éleveurs, en réduisant les coûts d’alimentation du bétail, ce qui pourrait se traduire par une baisse des prix du cheptel et des viandes rouges à l’approche de l’Aïd». Pour pérenniser ces acquis, il recommande «la construction de barrages de petite et moyenne capacités ainsi que des retenues collinaires, afin de récupérer un maximum d’eaux pluviales, dont plus de 80 % se déversent actuellement vers la mer».
Les derniers défis avant la récolte
Si la situation est globalement positive, la prudence reste de mise. «Aucun dégât majeur n’est à signaler à ce stade, même si certaines régions restent exposées aux risques de grêle», précise l’expert. De ce fait, il insiste sur «la nécessité de renforcer les systèmes de protection et de recourir davantage aux assurances agricoles, encore insuffisamment adoptées malgré leur importance». Enfin, il appelle à la vigilance jusqu’à la fin de la campagne agricole. «La période de moisson a déjà commencé dans le Sud et débutera entre fin mai et juin dans le Nord. L’absence de nouvelles précipitations durant cette phase serait souhaitable afin d’éviter tout impact négatif».
En conclusion, l’expert se montre confiant. «Les avantages de cette campagne sont largement supérieurs aux inconvénients». Et d’ajouter : «La production céréalière pourrait dépasser les 50 millions de quintaux, un niveau record jamais atteint depuis plusieurs années».
Samira Sidhoum