Renforcer les valeurs de paix et de coexistence entre les peuples

Renforcer les valeurs de paix et de coexistence entre les peuples, tel est l’objectif de l’Algérie et du Vatican à travers la visite du Pape Léon XIV.
Le recteur de la Grande Mosquée de Paris, le président du Haut Conseil islamique (HCI) et le secrétaire général de la Ligue des oulémas, les prêcheurs et imams du Sahel (LOPIS) qualifient la visite prévue du pape Léon XIV en Algérie de halte exceptionnelle qui reflète une volonté commune d’ancrer les valeurs de paix et de coexistence entre les peuples.
Un fait inédit de l’Histoire
«C’est un fait inédit dans l’histoire qui sera marqué par une symbolique spirituelle et politique», souligne le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Chems-Eddine Hafiz, sur les ondes de la Radio algérienne, mettant en avant toute la portée religieuse, politique et diplomatique que revêt le déplacement du chef du Vatican en Algérie. Il fait savoir que Léon XIV va ainsi concrétiser la volonté de son prédécesseur, le pape François, «qui était vraiment désireux de visiter l’Algérie».
«Aujourd’hui, on est dans l’attente d’accueillir un homme exceptionnel, alors qu’il est chrétien et nous sommes musulmans. Et c’est là où on voit toute la dimension, la profondeur spirituelle de l’Algérie qui a toujours été un pays qui a manifesté la coexistence religieuse», explique le recteur. Il indique que le message à retenir de cette visite rappelle qu’être chrétien ou musulman, c’est d’abord avoir la foi en DIEU.
«Les deux religions se basent sur cette relation verticale. C’est le point commun», précise-t-il, rappelant que la venue du pape intervient suite à l’invitation du président Tebboune qui s’est rendu en juillet 2025 au Vatican. Et pour le recteur, cette visite n’est qu’un début dans le renforcement des liens avec l’Algérie, faisant observer que plusieurs pays musulmans auraient voulu recevoir le pontife, «mais il a choisi l’Algérie». «C’est vraiment symbolique», estime-t-il.
À la question de savoir comment est perçue en France la visite du Pape Léon XIV en Algérie, Hafiz indique que de nombreux hommes d’Église de France, avec qui il a discuté en sont émus. «Les fidèles chrétiens, les évêques, les prêtres, les curés m’ont écrit et dit avec énormément d’émotion qu’ils étaient touchés par le fait que Léon XIV vienne en Algérie», relève-t-il. Au-delà de l’aspect spirituel, la visite du pape Léon XIV fera parler de l’Algérie dans le monde entier. Elle révèle que la diplomatie algérienne porte ses fruits, permettant à l’Algérie de rayonner encore plus à l’international.
L’Algérie, un pont de communication à travers l’Histoire
De son côté, le président du HCI, Mabrouk Zaid El Kheir, qualifie cette visite de halte exceptionnelle qui reflète une volonté commune d’ancrer les valeurs de paix et de coexistence entre les peuples. S’exprimant dans une déclaration à l’APS, Zaid El Kheir a indiqué que «l’Algérie, en accueillant le souverain pontife, se remémore sa longue histoire marquée par la succession des différentes civilisations, ainsi que son héritage humain prônant la coexistence, la tolérance et la défense des valeurs de paix, ce qui a fait d’elle un pont de communication à travers l’histoire et une voix engagée en faveur des opprimés».
Le président du HCI a ajouté que le slogan de cette visite «Assalamu alaykum» (Que la paix soit sur vous), évoque une philosophie profonde du concept de paix, devenu désormais une nécessité civilisationnelle pour préserver l’existence des nations et protéger les valeurs du bien et de la coopération.
Dans ce sillage, le président du HCI note que cette visite «revêt deux dimensions: historique et spirituelle, de par son lien avec l’héritage de Saint Augustin, qui a grandi sur cette terre pure et qui représente l’un des piliers de la pensée humaine». Le fait de rappeler ses hauts faits et de suivre ses traces permettra de relier le présent au passé et de rappeler que l’Algérie a été et demeure une source de valeurs élevées, ainsi qu’un exemple de respect, de tolérance et de solidarité, autant d’éléments qui constituent la base de ses relations avec autrui, dit-il.
L’héritage humaniste de l’Émir Abdelkader
Abondant dans le même sens, le secrétaire général de la LOPIS, Lakhmissi Bezzaz, indique que la visite du pape Léon XIV est porteuse de profondes significations, va au-delà de la dimension religieuse et constitue un événement politique et diplomatique majeur. Dans une déclaration à l’APS, Bezzaz explique que «la visite du Pape en Algérie va au-delà de la dimension religieuse pour constituer un événement politique et diplomatique majeur, d’autant que sa tournée africaine commencera par l’Algérie, qui représente le cœur battant de l’Afrique de par son poids historique et symbolique, faisant d’elle un pont entre les deux continents».
Il ajoute que «le poids et la symbolique de l’Algérie découlent de ses profondes valeurs civilisationnelles et humaines, ce qui en fait une source de rayonnement intellectuel dans de nombreux espaces de l’humanité, pas seulement auxquels nous appartenons culturellement et géographiquement», citant l’exemple de Saint Augustin, qui «a légué un héritage considérable, présent dans de nombreux pays du monde, si bien que plusieurs villes portent son nom ou celui de sa mère».
Dans le même contexte, Bezzaz évoque la personnalité de l’Émir Abdelkader, qui s’est opposé au colonialisme français et qui a également «marqué les esprits par son engagement humanitaire en Syrie, protégeant les chrétiens durant les grands conflits qui ont ravagé le pays du Levant à cette époque». Il souligne également que cette visite véhicule de «multiples messages symboliques», notamment de paix, de dialogue et de coexistence interreligieuse, ajoutant que «le référent religieux national, par sa modération, sa tolérance et son respect de la vie privée d’autrui en matière d’opinion, de croyance et de pratique religieuse, se présente comme l’une des expressions de la tolérance qui élève l’humanité».
Wassila Ould Hamouda