Le village d’Aït Bouhini: Une communauté soudée et solidaire 

Le village d’Aït Bouhini, lauréat du concours de propreté, s’impose comme un havre de paix qui attire les foules, porté par une communauté soudée et solidaire.

Il était difficile, il y a encore quelques mois, de le situer sur une carte. Depuis son arrivée en tête du classement du concours du village le plus propre, organisé, chaque année, par l’APW de Tizi Ouzou, Aït Bouhini, un peu plus de 1.500 habitants, attire du monde. Pas seulement les week-end.

On traverse la forêt de Yakourène pour y arriver. Le long de l’itinéraire de 3 km, on aperçoit des troupeaux de chèvres, de vaches, des chevaux au pied des frênes ou dans des prairies vertes en ce début de printemps où le jaune des genêts, des boutons d’or et le blanc des pâquerettes colorent la nature gavée d’eau. Au pied d’une montagne boisée hérissée  de rochers et de cactus, de jolies maisonnettes entourées de jardins dominent la route qui mène vers la placette.

Au café, quelques vieux font la causette en tournant le dos au mur ou sont accrochés des portraits de gloires politiques, dont Aït Ahmed, artistiques ou sportives. Tout juste en face, un promontoire où on peut s’assoir ou s’adosser à une balustrade en fer où des poubelles sont accrochées aux barreaux. Le tri sélectif est une réalité vécue, des gestes naturels pour les gens de 7 à 77 ans. Personne ne glissera un papier là où l’on doit entreposer uniquement des bouteilles en verre ou des objets en plastique. De cette hauteur, on peut admirer les villages d’Aït Idjer, la plaine de Boubhir en face et en arrière-plan, les monts du Djurdjura arborant çà et là des calottes blanches.

Une mobilisation citoyenne née durant la pandémie

L’histoire de cette transformation remonte, se souvient Mohamed Meradi, au temps de la Covid où il fallait s’occuper.

«Les choses, ajoute Amar Oukali, qui fait office comme lui de guide, se sont accélérées, il y a quatre ans». La population, y compris ceux qui vivent à l’étranger, s’est mobilisée pour rendre agréable un village qui a ses propres fonds.  Chacun cotise 2.500 DA par année et reçoit des dons, mais «chaque fois qu’ils sont sollicités, nos émigrés, qui pour la majorité sont en France, apportent leur aide précieuse», assure Oukali.

Le résultat est là. D’abord dans les 11 fontaines dont 7 sont situées en bord de route. «L’Etat a construit un château d’eau qui permet d’avoir le précieux liquide 24 heures sur 24 dans tous les foyers», précise Meradi. Mais 7 frères ont financé pour un milliard une opération de réhabilitation d’une ancienne fontaine devenue un château qui, une fois rempli alimente un second en amont qui dessert toutes les fontaines.

Ce n’est pas la seule initiative à Aït Bouhini où chercher un mégot est comme essayer de trouver une aiguille dans un tas de foin. Un fourgon de fabrication chinoise  qui assure  des navettes quotidiennes vers Yakourène, le chef-lieu de l’APC, a été acquis par cette communauté, soudée et solidaire, pour 120 millions de centimes sur les fonds propres du village. Il arrange surtout les vieux, les femmes qui se rendent chez le médecin.

Des investissements colossaux pour le bien commun

Un chauffeur a été recruté pour un salaire de 50.000 DA. Une fois retiré son salaire mensuel, le reste alimente la caisse du village. Près de la moitié du prix de l’engin a été déjà récupéré au bout d’une année. «Tous les projets qui donnent cet aspect agréable à notre village nous ont coûté pas moins de 12 milliards de centimes», affirme Oukali.

Beaucoup plus que le montant du prix qui est de 600 millions de centimes.«Mais la ministre de l’Environnement, Mme Krikou, qui a passé ici quatre heures le jour de Yennayer, où des milliers de citoyens sont venus de tous les coins d’Algérie, et le wali de Tizi Ouzou, satisfaits de nos réalisations, se sont engagés à nous attribuer des aides plus conséquentes», souligne Meradi.

En contrebas du village cerné de toutes parts de verdure, un stade, une aire de jeux pour enfants, une salle polyvalente qui a coûté pas moins de 1,2 milliard ont surgi. Dans cette dernière qui sert de lieu de révision pour les lycéens, on trouve notamment 17 micro-ordinateurs, un data show et un grand écran. Quelques visiteurs, un groupe de jeunes Oranais, une Algérienne vivant en Espagne et des couples d’émigres ne cachent pas leur admiration. Ils se font photographier devant les fontaines ruisselant d’eau, sur un rocher, ou devant des meules d’une huilerie abandonnée.

Ne pas s’arrêter en si bon chemin

On songe à acquérir un incinérateur, à construire un petit centre pour les soins d’urgence et pourquoi pas une maison d’hôtes car tous les jours on vient à Aït Bouhini où s’est écrite aussi une page de l’histoire de l’Algérie.

C’est à l’entrée que se dresse un monument à la mémoire de deux hommes. Le premier est  Lounes Arib, monté au maquis en 1957 à l’âge de 25 ans  et mort au Sahara occidental lors de la bataille d’Amgala en 1976. Le second, Arezki Lvachir, fils d’Aït Bouhini, qui compte 83 martyrs, est un révolté à la fin du XIX siècle que le refus des pratiques coloniales liées, notamment à l’exploitation du bois et du liège le conduira vers la guillotine. L’homme sera exécuté sur la place publique, à Azazga, près de l’actuel siège d’APC en 1895.

Beaucoup de livres, d’articles ont été écrits sur les démêlés et le procès d’ «Arezki, l’indigène», titre du film de Djamel Bendedouche sorti en 2008.

Comme beaucoup de visiteurs, on revient par Azazga réputée pour la qualité de la restauration. «En une journée j’ai traversé une forêt, respiré de l’air pur et aperçu la neige», lance tout émerveillé un des jeunes Oranais. Il aurait suffi qu’il monte sur la crête qui coiffe Aït Bouhini pour voir aussi la… mer.

Rachid Hammoudi 

 

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