Une relation entre l’Algérie et les États Unis en redéploiement sous l’ère Tebboune

La relation entre l’Algérie et les États Unis est en redéploiement sous l’ère Tebboune que la visite des deux représentants de Washington à Alger confirme.

La visite à Alger du secrétaire d’État adjoint des États Unis d’Amérique, Christopher Landau, et le général d’armée Dagvin Anderson, commandant du Commandement militaire américain pour l’Afrique (Africom), ainsi que la délégation qui les accompagnait, reçus mardi par le président de la République, chef suprême des forces armées, ministre de la Défense nationale, Abdelmadjid Tebboune, vient renforcer le redéploiement des relations algéro-américaines constaté ces dernières années.

En effet, depuis l’accession du président Abdelmadjid Tebboune à la magistrature suprême en décembre 2019, les relations entre l’Algérie et les États Unis connaissent une dynamique de renforcement progressive, marquée par un dialogue politique soutenu, des échanges sécuritaires accrus et un intérêt croissant pour la coopération économique. Sans constituer une rupture avec les fondamentaux de la diplomatie algérienne, cette évolution traduit une volonté de diversification des partenariats et une adaptation aux mutations géopolitiques régionales et internationales.

Relance du dialogue politique  

Dès les premières années du mandat présidentiel, Alger et Washington ont multiplié les signaux d’ouverture. Les échanges entre responsables des deux pays se sont intensifiés, avec une série de visites de délégations américaines en Algérie, traduisant l’intérêt stratégique que les États-Unis portent à l’Algérie, considérée comme un acteur clé en Afrique du Nord et au Sahel. Dans ce contexte, les messages adressés par Donald Trump au président Tebboune ont contribué à installer un climat de confiance.

À plusieurs reprises, le locataire de la Maison-Blanche a félicité le chef de l’État algérien, tout en exprimant la volonté de son administration de travailler étroitement avec Alger. Ainsi, en juillet 2025, Donald Trump a adressé un message de félicitations à Abdelmadjid Tebboune pour le 63e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie. Il a salué le «partenariat pérenne» entre les deux nations, soulignant les avancées communes dans la lutte contre le terrorisme, la sécurité régionale et la volonté de renforcer les échanges économiques et culturels. Ces échanges, au-delà de leur portée protocolaire, ont été perçus comme le signe d’une reconnaissance du rôle régional de l’Algérie et de sa capacité à peser dans les équilibres stratégiques.

Le volet sécuritaire constitue l’un des piliers majeurs du rapprochement entre les deux pays. L’Algérie est perçue par Washington comme un partenaire incontournable dans la lutte contre le terrorisme, en particulier dans la région sahélo-saharienne. Les visites répétées de responsables militaires américains, notamment des représentants l’Africom, témoignent de cette convergence d’intérêts.

Ces déplacements visent à renforcer la coordination, à partager les expertises et à consolider les mécanismes de coopération en matière de sécurité régionale. Dans un contexte marqué par l’instabilité persistante au Sahel, l’expérience algérienne en matière de lutte anti-terroriste est particulièrement valorisée. L’Algérie apparaît ainsi comme un partenaire fiable, capable de contribuer à la stabilisation de son voisinage.

Une dimension économique en construction

Au-delà des questions sécuritaires, les relations algéro-américaines tendent à s’élargir au domaine économique. Longtemps axées sur les hydrocarbures, elles tendent aujourd’hui à s’élargir à d’autres domaines. D’autant que le gouvernement affiche une volonté claire d’attirer les investissements étrangers, notamment américains, dans des secteurs stratégiques tels que l’énergie, les nouvelles technologies, l’agriculture et les infrastructures. Des délégations d’hommes d’affaires et de responsables économiques américains se sont rendues à plusieurs reprises en Algérie afin d’explorer les opportunités offertes par le marché national. Ces visites s’inscrivent dans un contexte de réformes économiques engagées par Alger pour améliorer le climat des affaires et diversifier l’économie.

Sur le plan diplomatique, Alger et Washington partagent un certain nombre de préoccupations communes, notamment en ce qui concerne la stabilité en Libye, la lutte contre les groupes armés au Sahel ou encore la sécurisation des flux énergétiques. Tout en restant attachée à ses principes de non-ingérence et de règlement pacifique des conflits, l’Algérie a su renforcer son rôle de médiateur régional, une posture saluée par les États Unis. Cette convergence contribue à consolider le dialogue stratégique entre les deux capitales.

Une relation pragmatique en évolution

Le renforcement des relations entre l’Algérie et les États-Unis depuis 2019 s’inscrit dans une logique de pragmatisme et d’intérêts mutuels. Il ne s’agit pas d’une alliance formelle, mais d’un partenariat en construction, fondé sur la reconnaissance du rôle stratégique de l’Algérie et sur la volonté américaine de consolider sa présence dans une région en recomposition. Dans ce cadre, les échanges politiques, les visites de délégations et les déclarations de soutien, notamment celles de Donald Trump à l’égard du président Tebboune, ont contribué à créer un environnement favorable à un approfondissement des relations bilatérales.

À moyen terme, la consolidation de ce rapprochement souhaité par les deux pays sera mis au défi de traduire cette volonté politique en projets concrets, notamment dans les domaines économique et technologique, tout en maintenant un dialogue équilibré sur les questions régionales. Il y a lieu de rappeler dans ce sens le travail considérable effectué par l’ambassadrice des États Unis en Algérie, Elizabeth Moore Aubin, durant sa présence de quatre ans (2022-2026) en Algérie. Son mandat est décrit comme dense et marqué par le renforcement des liens bilatéraux. Dans ses adieux, début 2026, elle exprime sa «profonde gratitude» et sa «fierté» pour les progrès accomplis dans la coopération entre Alger et Washington.

Selma Meziane

 

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