Donner un nouveau souffle aux relations algéro-angolaises

Alger et Luanda ouvrent une nouvelle étape de coopération pour donner un nouveau souffle aux relations algéro-angolaise à l’occasion de la visite d’État du président Lourenço.
À l’invitation du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, le chef de l’État angolais entame lundi une visite d’État en Algérie. Joao Lourenço est accueilli par le chef de l’État à l’aéroport international d’Alger. Après avoir écouté les hymnes nationaux algérien et angolais, les deux Présidents ont passé en revue des détachements des différentes forces de l’Armée nationale populaire qui leur ont rendu les honneurs, au moment où les 21 coups de canon retentissaient en l’honneur du président de la République d’Angola, hôte de l’Algérie. Le président de la République a salué les membres de la délégation accompagnant le président angolais. Pour sa part, le président Joao Lourenço salue les hauts responsables de l’État présents à la cérémonie d’accueil.
Le président angolais s’adressera mardi au Parlement algérien
Le président angolais s’adressera mardi au Palais des Nations devant les deux chambres du Parlement réunies en session extraordinaire. La visite du président angolais et son discours devant les parlementaires marqueront une nouvelle étape dans les relations entre Alger et Luanda. L’évènement est aussi de nature à réaffirmer la volonté des autorités algériennes, attachées à la profondeur africaine du pays, à accorder une telle tribune à des pays amis comme c’était le cas en 2024 avec le président sud-africain Cyril Ramaphosa.
À ce titre, il est important de souligner que les relations entre l’Algérie et l’Angola reposent sur des fondations particulièrement solides, forgées dans la lutte anticoloniale et consolidées par des décennies de convergence politique et diplomatique. Ces liens remontent à la fin des années 1950, bien avant l’accession des deux pays à l’indépendance. À cette époque, le Front de libération nationale (FLN) établit ses premiers contacts avec les nationalistes angolais, notamment lors des conférences panafricaines d’Accra en 1958 et de Tunis en 1960.
Ces rencontres ont permis de tisser des relations solides et étroites entre les mouvements de libération engagés contre les puissances coloniales. Frantz Fanon a joué aussi un rôle déterminant dans ce rapprochement en facilitant les échanges entre le FLN et les dirigeants du Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA). Soutien à la lutte armée du MPLA Après l’indépendance de l’Algérie, le soutien à la cause angolaise s’est concrétisé de manière très forte.
L’Algérie et la cause angolaise
Dans ce sens, l’Algérie a ouvert des camps d’entraînement pour former les combattants du MPLA. Comme elle a fourni des armements, a assuré un appui logistique et a porté la cause angolaise dans les instances diplomatiques internationales. Cette solidarité fraternelle a trouvé son aboutissement en 1975, lorsque Agostinho Neto, médecin, poète et fondateur du MPLA, a proclamé l’indépendance de l’Angola, alors sous domination portugaise. Le soutien de l’Algérie a contribué de manière significative à consolider les positions du MPLA durant cette période charnière marquée par des pressions extérieures.
Les dirigeants angolais n’ont jamais oublié ce soutien, régulièrement rappelé lors des rencontres officielles et des commémorations communes. Les relations diplomatiques entre les deux pays ont été officiellement établies en 1976, puis renforcées en 1983 par la signature d’un Accord général de coopération économique, scientifique et technique. Ce cadre institutionnel a permis de structurer les échanges bilatéraux et de poser les bases d’une collaboration durable dans plusieurs domaines. Depuis lors, les visites de haut niveau se sont multipliées, témoignant de la volonté des deux capitales de maintenir un dialogue politique régulier et de développer des projets communs. Donner un contenu économique à un partenariat solide Aujourd’hui, les deux pays travaillent à donner plus de contenu économique à ce partenariat historique.
Création d’un Conseil d’affaires algéro-angolais à l’étude
La Commission mixte algéro-angolaise, qui se réunit à intervalles réguliers, supervise la finalisation d’une vingtaine d’accords et de protocoles de coopération dans des secteurs jugés prioritaires par les deux parties. Ces domaines incluent les hydrocarbures, l’énergie, l’enseignement supérieur, la formation professionnelle, la formation technique et l’industrie. Parallèlement, la création d’un Conseil d’affaires algéro-angolais est à l’étude afin de favoriser les contacts directs entre les opérateurs économiques et les investisseurs des deux pays, dans l’objectif de stimuler les échanges commerciaux et les investissements croisés.
Cette dynamique s’appuie sur des échanges ministériels et présidentiels fréquents, dont la visite du ministre angolais des Affaires étrangères en 2025, qui a permis d’identifier les priorités bilatérales et de préparer les prochaines étapes de la coopération. Sur les plans régional et continental, l’Algérie et l’Angola affichent une convergence de vues remarquée au sein de l’Union africaine et sur les grands dossiers internationaux. Une vision commune des relations internationales Les deux pays partagent une vision commune sur la nécessité de promouvoir la paix, la sécurité et la stabilité, notamment au Sahel, en Afrique centrale et en Afrique australe. Ils prônent le multilatéralisme, le respect de la souveraineté des États et le principe de solutions africaines aux problèmes africains.
Par ailleurs, Alger et Luanda soutiennent activement l’intégration économique du continent à travers la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine. Dans les instances internationales, notamment aux Nations unies, les deux capitales coordonnent leurs positions sur des questions telles que la réforme du Conseil de sécurité ou le partenariat entre l’Afrique et l’Europe. Cette convergence de positions s’enracine dans un héritage panafricain commun, forgé durant les combats pour la décolonisation et entretenu par des décennies de dialogue politique.
L’Angola parmi les partenaires privilégiés de l’Algérie
Selon des observateurs, le discours que prononcera Joao Lourenço aujourd’hui devant les parlementaires algériens devrait articuler plusieurs dimensions. Il rendra hommage à l’histoire commune et à la solidarité qui a uni les deux peuples durant les luttes de libération. Il dressera également un bilan de la coopération et esquissera les perspectives d’un partenariat élargi pour les années à venir.
En offrant cette tribune au président angolais, le président Tebboune donne une portée symbolique forte à cette visite, confirmant la place de l’Angola parmi les partenaires privilégiés de l’Algérie sur le continent. En somme, ce rendez-vous parlementaire dessine les contours d’une ambition partagée entre deux nations qui ont payé cher leur liberté et entendent aujourd’hui mettre leur expérience au service d’un développement africain autonome.
En transformant une solidarité historique en levier de coopération concrète, Alger et Luanda envoient un signal fort au continent. Celui d’une Afrique qui peut compter sur ses propres forces, sur ses alliances stratégiques et sur sa capacité à écrire, sans tutelle extérieure, les pages de son avenir. Les relations algéro-angolaises constituent ainsi un modèle de partenariat Sud-Sud solide, enraciné dans l’histoire et tourné vers les défis du développement et d’intégration continentale.
Karima Alloun