Dr Bekkat Berkani: «Les zoonoses est le défi sanitaire des prochaines décennies»

«Les zoonoses est le défi sanitaire des prochaines décennies», souligne mardi à Alger Dr Mohamed Bekkat Berkani.

Dans une déclaration à Horizons, le président du Conseil national de l’Ordre des médecins, spécialiste en pneumo-phtisiologie, Dr Mohamed Bekkat Berkani, replace d’emblée cet épisode dans une perspective scientifique plus large. La comparaison avec la Covid 19 s’impose, mais il tient à marquer la différence. «Avec la Covid, nous étions face à un agent pathogène totalement inconnu. La communauté scientifique a dû tout découvrir en temps réel, sous pression épidémique», rappelle-t-il.

Les zoonoses, «conséquence d’un mode de vie»

Pour le Hantavirus des Andes, la situation est fondamentalement différente. «Le Hantavirus des Andes est identifié, sa biologie est documentée, ses vecteurs sont connus», précise Dr Bekkat Berkani. Le plus inquiétant, selon lui, ce n’est donc pas le virus lui-même, mais le contexte dans lequel il évolue. Il cite dans contexte, la mondialisation, qui érode chaque jour un peu plus la frontière entre l’homme et le règne animal. La fissuration des grands équilibres écologiques, ou encore le réchauffement climatique, qui libère des agents pathogènes enfouis depuis des millénaires dans les glaces et les sols.

Les zoonoses ne sont pas une anomalie. «Elles sont la conséquence logique d’un mode de vie qui a profondément changé. Ce que nous vivons aujourd’hui n’est qu’un signal parmi d’autres», lance le médecin. Pour l’Algérie, le Dr Bekkat Berkani écarte tout risque immédiat. Toutefois, il cite que l’expérience de la Covid 19 a établi une obligation morale de préparation anticipée.

«La prévention ne s’improvise pas au moment de la crise»

Concrètement, Dr Bekkat Berkani recommande de constituer des stocks stratégiques de masques et de gel hydro-alcoolique, acquérir en amont des tests PCR spécifiques, désigner les établissements hospitaliers aptes à accueillir des cas de maladies respiratoires émergentes, et équiper quelques unités de chambres à pression négative pour prévenir toute dissémination nosocomiale.

«La prévention ne s’improvise pas au moment de la crise. Elle se construit bien avant», insiste le scientifique. Sur la question du laboratoire unique de Sidi Fredj, il apporte une nuance importante. La centralisation du diagnostic de confirmation à l’Institut Pasteur est, selon lui, scientifiquement justifiée. «La structure dispose des équipements, des protocoles et des compétences requis». Cependant,  pour le dépistage de terrain, «les tests rapides offrent une réponse suffisante et décentralisée», énonce-t-il.

Et dans un avertissement mesuré: «Il y aura d’autres virus émergents. Ce n’est pas une hypothèse, c’est une certitude épidémiologique». «Dans 5 ans, dans 10 ans, sous une forme que nous ne connaissons pas encore. La question n’est pas de savoir si cela arrivera, mais si nous serons prêts», conclut le Dr Bekkat Berkani.

Samira Azzegag

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