Entre devoir de mémoire et précampagne électorale: Les partis sur un double front

À l’heure où l’Algérie commémore l’anniversaire des massacres du 8 Mai 1945, la scène politique nationale conjugue devoir de mémoire et précampagne électorale.
En effet, tout en rendant hommage aux martyrs de Sétif, Guelma et Kherrata, les formations politiques accélèrent simultanément leurs préparatifs en vue des élections législatives du 2 juillet prochain. La date limite du 18 mai, fixée par l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE), pour le dépôt des listes de candidatures, impose ainsi un rythme soutenu aux états-majors des partis appelés à répondre aux exigences de l’actualité nationale et de la compétition électorale.
Le RND s’aligne sur la diplomatie présidentielle
Le Rassemblement national démocratique (RND) inscrit son action, ce week-end, dans une dynamique de terrain, avec le déplacement de son secrétaire général, Monder Bouden, dans les wilayas de Sidi Bel Abbès et de Mascara. Dans ses interventions, le responsable du parti plaide pour la préservation de la mémoire nationale, confirmant que les crimes coloniaux sont imprescriptibles, citant les massacres du 8 Mai 45 qu’il qualifie de «crimes contre l’humanité».
Il réaffirme, toutefois, l’alignement de sa formation sur la diplomatie présidentielle, qualifiant le chef de l’État, Abdelmadjid Tebboune, de «boussole» en matière de politique étrangère. «Nous sommes en totale harmonie avec ses positions», déclare-t-il, tout en annonçant l’éviction et le remplacement immédiat de trois secrétaires de bureau de wilaya, accusés d’avoir écarté des cadres compétents et des jeunes, dans le cadre d’une nouvelle approche visant à garantir l’équité dans la représentation et à ouvrir les portes aux énergies émergentes.
Concernant les listes électorales, il précise qu’elles intègrent toutes les composantes de la société, y compris des compétences extérieures au parti, afin de réduire le fossé entre le citoyen et l’action politique. Le secrétaire général du RND plaide également pour une réforme du système éducatif, la lutte contre la toxicomanie et la promotion des langues étrangères, tout en saluant le rayonnement international de l’Algérie.
Les listes peaufinées
Le Mouvement El Bina publie, lui aussi, un communiqué à l’occasion de la commémoration des massacres du 8 Mai 1945 qu’il qualifie de «l’un des crimes coloniaux les plus atroces de l’histoire moderne». Le texte, signé par son président Abdelkader Bengrina, rappelle que ces événements ont constitué un tournant décisif dans la lutte du peuple algérien.
Le parti salue la décision présidentielle d’ériger le 8 Mai en Journée nationale de la mémoire et appelle au renouvellement de l’engagement envers la patrie, au soutien des institutions de l’État, notamment l’Armée nationale populaire, et à la consolidation du programme «Algérie victorieuse». Sur le plan international, El Bina réitère son soutien au peuple palestinien face à «la machine d’oppression sioniste» et au peuple sahraoui dans son droit à l’autodétermination. Parallèlement à cet hommage, la formation réunit samedi, son conseil consultatif d’Alger pour examiner et approuver la liste de ses candidats aux prochaines législatives, illustrant ainsi l’imbrication entre commémoration et calendrier électoral.
Le Front des forces socialistes (FFS) organise, pour sa part, une commémoration à Kherrata et Sétif, laquelle a été marquée par un discours de son premier secrétaire national, Youcef Aouchiche. Celui-ci rend hommage aux 45.000 martyrs, rappelant que «le 1e Novembre 1954 a commencé le 8 Mai 1945», selon la formule de Hocine Aït Ahmed. Insistant sur la transmission de la mémoire aux jeunes générations, il a appelé à construire une «Algérie de droit, démocratique et sociale», où la souveraineté nationale s’exerce à travers une souveraineté populaire effective. «La politique, dans son sens noble, est un acte de responsabilité. C’est l’art de défendre l’intérêt national avant toute autre considération», affirme-t-il.
Appel à une participation active
Concernant les élections législatives du 2 juillet prochain, le responsable du FFS invite les citoyens à y participer non par routine, mais par conscience historique, afin de doter le pays d’une Assemblée populaire nationale plus représentative et plus à même d’assumer ses missions de législation, de contrôle et de proposition. «Le vide politique ne sert jamais le peuple, avertit-il, se retirer ne construit pas l’alternative».
L’Union des forces démocratiques et sociales (UFDS) publie également un communiqué commémoratif, soulignant que le 8 Mai 1945 demeure «un symbole éternel de la résilience du peuple algérien et de son attachement à son droit légitime à la liberté, à la dignité et à la souveraineté nationale». Le parti appelle à préserver la mémoire nationale et à la transmettre aux générations futures, tout en défendant les valeurs de justice, de liberté et de droits des peuples.
Ainsi, les partis politiques entament le dernier virage de leur préparation. Une fois ce cap franchi, s’ouvrira officiellement la campagne électorale. Ils doivent assurer une présence continue sur le terrain sans manquer les rendez-vous nationaux qui jalonnent cette période charnière de la vie politique nationale.
Karima Alloun