Filière céréales à Bouira: Une campagne prometteuse sous vigilance

Une campagne prometteuse sous vigilance est annoncée dans la filière céréales à Bouira. Des signaux encourageants sont relevés.

La campagne des moissons-battages 2025-2026 se présente à Bouira sous les  meilleurs auspices, mais sans place pour un optimisme démesuré. Dans cette wilaya à forte vocation agricole, les signaux observés sur le terrain sont jugés encourageants, qu’il s’agisse de l’état des cultures, des préparatifs de la collecte ou du renforcement progressif des capacités de stockage. Pour autant, plusieurs défis demeurent, au premier rang desquels la mécanisation, la qualité de la récolte et l’adaptation technique de la filière. Sur le plan agronomique, les indicateurs sont plutôt favorables.

Des «rendements appréciables» attendus

Les pluies enregistrées ces dernières semaines sont intervenues à un moment décisif du cycle végétatif, en particulier au stade de l’épiaison et du remplissage des grains. Le directeur des services agricoles de Bouira, Zine El Abidine Bendjaballah, estime ainsi que la wilaya peut espérer des «rendements appréciables», notamment dans les zones du centre et du nord, à l’image d’Aïn Bessam, Bir Ghbalou, Raouraoua, El Hachimia, Lakhdaria, Haizer ou encore Bouira. Les communes du Sud, plus exposées au déficit pluviométrique, devraient, en revanche, afficher des rendements plus moyens.

Cette lecture est confortée par les observations faites dans plusieurs exploitations. À El Hachimia, les parcelles apparaissent denses, homogènes et bien développées. À Aïn Bessem, pour la ferme Haicheur, les responsables tablent sur des résultats supérieurs à ceux des dernières campagnes, sous réserve, toutefois, d’éviter les accidents climatiques de fin de cycle. Car rien n’est encore totalement acquis : un sirocco ou de fortes intempéries peuvent encore peser sur le rendement final.

L’autre volet central de cette campagne concerne la collecte et le stockage. La Coopérative des céréales et légumes secs de Bouira affirme avoir engagé ses préparatifs très tôt et mobilisé les moyens nécessaires pour réceptionner la récolte dans de bonnes conditions. Son assistant directeur, Omar Hamidi, assure que les capacités disponibles ont été renforcées afin d’absorber la production sans tensions majeures. 8 nouveaux centres de stockage de proximité, réceptionnés en 2025, viennent ainsi soutenir le dispositif, notamment à Taghzout, El Hachimia et El Asnam, pour une capacité globale de 400.000 q. À cela s’ajoutent d’autres espaces récupérés à Bir Ghbalou et à Bouira.

Projet de silo de 1 million de quintaux en cours de réalisation à El Hachimia

Cet effort logistique devrait permettre, selon les responsables, d’éviter les longues files d’attente au niveau des points de réception et d’assurer une collecte plus fluide dès le début de la campagne, attendu en juin. Il s’inscrit surtout dans une stratégie plus large de renforcement durable du stockage, illustrée par le projet de silo de un million de quintaux en cours de réalisation à El Hachimia. Une fois achevé, ce projet devrait porter les capacités de stockage de la wilaya à près de 2 millions de quintaux. Mais le point le plus sensible reste la mécanisation.

C’est sur cet aspect qu’insiste le plus Abdelaziz Ould Hocine, président du Conseil interprofessionnel des céréales de Bouira. S’il estime que «ce sera une bonne année», il considère surtout que le potentiel de la wilaya ne pourra être pleinement valorisé sans une amélioration nette des moyens de récolte. «Il y a un manque de moissonneuses batteuses», affirme-t-il, en rappelant que de nombreux agriculteurs demeurent dépendants de prestations extérieures ou de la location de machines.

Pour lui, la question ne se résume pas au nombre d’équipements disponibles. Elle touche aussi aux pertes constatées lors des moissons. Selon Abdelaziz Ould Hocine, celles-ci peuvent atteindre des niveaux très élevés en raison du vieillissement d’une partie du parc, de l’insuffisance des réglages et du manque de qualification de certains conducteurs. Il critique également le paiement à l’hectare, qui pousserait les prestataires à accélérer au détriment de la qualité du travail et de la récupération du grain.

Des variétés mieux adaptées aux réalités de chaque région

Le Conseil interprofessionnel met aussi en avant la question des semences. Abdelaziz Ould Hocine plaide pour des variétés mieux adaptées aux réalités de chaque région. Selon lui, le nord de Bouira peut porter davantage de blé dur, alors que les zones du Sud, plus sèches et à vocation agropastorale, restent mieux adaptées à l’orge. Cette approche rejoint l’idée d’une filière plus fine dans ses choix techniques, mieux ajustée aux spécificités locales.

Au final, le dossier céréales à Bouira dessine une campagne porteuse d’espoir, mais qui exige encore rigueur et adaptation. Les pluies ont relancé les perspectives, les infrastructures de stockage se renforcent et les services agricoles affichent une certaine confiance. Reste à réussir la récolte dans de bonnes conditions, à réduire les pertes et à poursuivre la modernisation de la filière pour transformer le potentiel de la wilaya en résultats durables.

 Lyes Mechti

Filière céréales à Bouira

Lire aussi:

Campagne des moissons-battages 2025-2026: ­­­­­Le temps des dividendes approche

Conseil interprofessionnel des céréales: L’urgence de mieux mécaniser

Stockage des céréales: 400.000 quintaux de capacités supplémentaires

ZINE EL-ABIDINE BENDJABALLAH, DSA DE BOUIRA À HORIZONS: «Nous nous attendons à des rendements appréciables»

 

Bouton retour en haut de la page