KARIMA BENRABAH, CONSULTANTE ET GÉRANTE DE CIEXPERT À HORIZONS

«Les partenariats entre entreprises nationales ne sont plus une option secondaire»

Karima Benrabah, consultante et gérante du cabinet CIEXPERT, indique que «les partenariats entre entreprises nationales ne sont plus une option secondaire».

Dans cet entretien, Karima Benrabah, consultante et gérante du cabinet CIExpert, revient sur l’importance des partenariats entre entreprises nationales pour renforcer la production locale, structurer les filières économiques et faire émerger un outil de production résilient, capable de soutenir la souveraineté industrielle et la compétitivité de l’Algérie.

Entretien réalisé par A. Hamiche

Pourquoi, les entreprises nationales doivent-elles travailler ensemble?

Dans le contexte actuel de transformation économique, les partenariats entre entreprises nationales ne constituent plus une option secondaire, mais une condition majeure de consolidation du tissu productif algérien. À l’heure où l’Algérie cherche à renforcer sa souveraineté industrielle, à réduire sa dépendance extérieure et à accroître la valeur ajoutée locale, la coopération interentreprises apparaît comme un levier structurant de compétitivité, d’intégration et de résilience.

Dans les projets que nous accompagnons sur le terrain, notamment dans les filières agricoles et agroalimentaires, une réalité s’impose rapidement : aucune entreprise, aussi structurée soit-elle, ne peut créer seule de la valeur durable. La performance repose sur la capacité à s’inscrire dans une chaîne cohérente où production, transformation, logistique et commercialisation sont interconnectées.

En Algérie, cette exigence est aujourd’hui renforcée par l’objectif stratégique de souveraineté alimentaire et de diversification économique. Les orientations publiques vont clairement dans ce sens. La loi de finances 2026 mobilise plus de 760 milliards DA pour l’agriculture et la pêche, dont près de 92 milliards dédiés au soutien direct à l’investissement. Cela traduit une évolution importante : il ne s’agit plus seulement de produire, mais de structurer des filières complètes. Dans ce contexte, travailler en partenariat permet non seulement de mutualiser les compétences et les moyens, mais surtout de sécuriser les projets et de mieux valoriser les capacités nationales existantes.

Quels sont les avantages de ce partenariat pour la production nationale?

Sur le plan opérationnel, les bénéfices sont très concrets. D’abord, le partenariat permet d’augmenter significativement le taux d’intégration nationale. Dans plusieurs projets agricoles que nous suivons, le recours à des prestataires locaux pour la maintenance, la logistique ou la transformation réduit fortement les dépendances extérieures et améliore la réactivité. Ensuite, il y a un effet direct sur la qualité.

Lorsque les acteurs travaillent ensemble de manière structurée, on observe une montée progressive des standards, une meilleure maîtrise des techniques et une adaptation plus rapide aux exigences de certification, notamment dans l’agroalimentaire. Enfin, la coopération permet de réduire les coûts et les délais, en particulier dans des environnements où l’accès aux intrants, aux pièces de rechange ou aux compétences techniques peut être contraint. Dans un tissu économique dominé par les PME et TPE, comme le confirment les données de l’Office national des statistiques, cette mise en réseau est souvent la seule manière d’atteindre une taille critique et de répondre à des projets structurants.

Mais, apparemment, on rencontre des problèmes dans ces partenariats…

Dans la pratique, les difficultés que nous rencontrons ne remettent pas en cause le principe du partenariat, mais plutôt sa structuration. Les blocages apparaissent généralement lorsque les règles du jeu ne sont pas clairement définies dès le départ. L’absence de cadrage contractuel précis, les imprécisions sur les responsabilités ou encore les écarts de perception sur la qualité attendue sont des sources fréquentes de tension.

À cela s’ajoutent des problématiques de délais de paiement, qui peuvent fragiliser des partenaires, notamment les plus petits. Nous constatons également que certains partenariats sont engagés sans réelle complémentarité technique ou sans vision commune, ce qui limite fortement leur efficacité. Le point central reste donc la rigueur dans la conception du partenariat. Sans cela, la relation reste fragile et difficile à pérenniser.

Y a-t-il des méthodes pour surmonter ces obstacles?

Dans les projets que nous accompagnons sur le terrain, notamment dans les filières agricoles et agroalimentaires, une réalité s’impose rapidement : aucune entreprise, aussi structurée soit-elle, ne peut créer seule de la valeur durable. La performance repose sur la capacité à s’inscrire dans une chaîne cohérente où production, transformation, logistique et commercialisation sont interconnectées.

En Algérie, cette exigence est aujourd’hui renforcée par l’objectif stratégique de souveraineté alimentaire et de diversification économique. Les orientations publiques vont clairement dans ce sens. La loi de finances 2026 mobilise plus de 760 milliards de dinars pour l’agriculture et la pêche, dont près de 92 milliards dédiés au soutien direct à l’investissement.

Cela traduit une évolution importante : il ne s’agit plus seulement de produire, mais de structurer des filières complètes. Dans ce contexte, travailler en partenariat permet non seulement de mutualiser les compétences et les moyens, mais surtout de sécuriser les projets et de mieux valoriser les capacités nationales existantes.

Quelle est l’importance de ce partenariat pour l’entreprise, en particulier, et l’économie nationale, en général?

L’impact de ces partenariats est tangible à tous les niveaux. Pour l’entreprise, ils permettent de sécuriser l’activité, de mieux maîtriser les risques et d’accéder à des opportunités qu’elle ne pourrait pas saisir seule. Pour la production nationale, ils contribuent à structurer des filières plus cohérentes, avec un meilleur niveau d’intégration et une qualité plus homogène. Sur le plan économique, l’enjeu est clairement stratégique.

Dans les secteurs agricoles et agroalimentaires, en particulier, ces partenariats participent directement à la réduction des importations, à la création d’emploi et à l’ancrage local des investissements. Ils renforcent également la capacité du pays à faire face aux perturbations extérieures, notamment en matière d’approvisionnement. En définitive, un partenariat bien conçu dépasse largement le cadre d’une simple relation commerciale. Il devient un outil de structuration économique, au service de la performance des entreprises et du développement durable de l’économie nationale.

A. H.

Bouton retour en haut de la page