La justice mise sur la formation spécialisée

La justice mise sur la formation spécialisée en cybersécurité, terrorisme et numérisation du 10 au 14 mai à Alger.
Le ministère de la Justice organise, du 10 au 14 mai, une série de formations destinées aux magistrats, cadres et fonctionnaires des structures judiciaires et administratives afin de renforcer leurs compétences et d’accompagner les évolutions législatives et technologiques. Ces sessions porteront notamment sur les litiges liés au travail et à la sécurité sociale, la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme, la cybersécurité, la numérisation de la justice ainsi que l’échange électronique des documents judiciaires.
Moderniser le fonctionnement de la justice
Des formations techniques sont également prévues pour les ingénieurs et techniciens. À travers ce programme, le ministère vise à moderniser le fonctionnement de la justice, développer les compétences des ressources humaines et adapter le secteur judiciaire aux nouveaux défis sécuritaires, technologiques et sociaux.
Selon Omar Hetatache, docteur en droit, enseignant à l’Université de M’sila et analyste politique, les cycles de formation organisés par le ministère de la Justice répondent à «une véritable révolution législative» engagée ces dernières années dans plusieurs secteurs sensibles. «Le ministère de la Justice s’est attelé à organiser ce type de journées de formation en lien avec les nouvelles législations relatives aux crimes électroniques, au blanchiment d’argent et au financement du terrorisme», indique-t-il.
Pour lui, cette dynamique traduit avant tout «une volonté d’accompagner l’évolution rapide des textes juridiques», notamment dans les domaines économique, technologique et numérique. Dans ce sens, il estime que ces formations visent également «à développer les dispositifs juridiques et institutionnels afin de suivre les mutations législatives dans différents secteurs».
De nouvelles formes de criminalité à dimension internationale
Omar Hetatache insiste également sur la dimension internationale de ces nouvelles formes de criminalité. «Les crimes liés à la cybercriminalité, au blanchiment d’argent ou encore au financement du terrorisme sont aujourd’hui des crimes mondiaux», fait-il remarquer. Pour lui, cette réalité impose «une coordination entre la législation algérienne et les législations internationales». Dans cette optique, il souligne que l’Algérie œuvre à «harmoniser sa législation nationale avec les conventions et standards internationaux».
qui explique, selon lui, «les partenariats développés avec les Nations unies, l’Union européenne, la Ligue arabe et l’Union africaine». C’est grâce à cette stratégie que les magistrats algériens bénéficient aujourd’hui «d’échanges d’expériences et d’expertises internationales dans la gestion des nouvelles formes de criminalité», estime-t-il. Ce qui distingue également ces réformes, selon l’expert, c’est leur rapidité d’adaptation face aux mutations actuelles, ajoutant que ces textes concernent «des crimes transfrontaliers caractérisés par leur dangerosité et leur propagation rapide».
Pour lui, la coopération internationale devient, aujourd’hui, indispensable face à des phénomènes criminels qui dépassent les frontières nationales. «Ces crimes ont un caractère mondial et nécessitent une réponse coordonnée», affirme-t-il. Il explique que «la spécialisation, la formation continue et l’ouverture sur les expériences internationales constituent désormais des priorités stratégiques pour le secteur de la justice en Algérie».
Des pôles spécialisés
L’expert en droit constitutionnel, Moussa Boudhane, revient, pour sa part, sur les fondements institutionnels et les leviers concrets de la modernisation judiciaire en Algérie, estimant que les pôles spécialisés sont nécessaires pour faire face à la criminalité moderne. À ce titre, la modernisation de la justice répond aujourd’hui, dit-il, «à des défis sécuritaires, technologiques et sociaux de plus en plus complexes».
«Même au niveau des pôles judiciaires, il existe désormais un pôle financier et économique ainsi qu’un pôle cybercriminel», indique-t-il, soulignant que cette évolution traduit une adaptation du système judiciaire aux nouvelles formes de criminalité. Pour lui, la justice algérienne s’appuie avant tout sur la Constitution, «considérée comme la mère des lois», affirme-t-il, rappelant que plusieurs lois organiques encadrent l’organisation judiciaire, notamment celles relatives à la Cour suprême, au Conseil d’État et aux institutions judiciaires prévues par l’article 140 de la Constitution.
Dans ce sens, Moussa Boudhane estime que la création de juridictions spécialisées répond directement «aux transformations profondes que connaît la société algérienne ainsi que l’environnement régional et international». Il faut savoir, ajoute-t-il, que la cybercriminalité, le blanchiment d’argent, le financement du terrorisme et les crimes liés aux nouvelles technologies imposent aujourd’hui «la mobilisation de toutes les institutions de l’État, y compris les juridictions spécialisées».
L’expert met également mis en avant l’importance accordée à la formation des magistrats. «L’État veille avec insistance à former les juges dans différents domaines spécialisés», fait-il remarquer. Selon lui, les écoles nationales ne peuvent pas toujours couvrir l’ensemble des besoins, «c’est pourquoi l’Algérie développe des partenariats avec des pays amis et plusieurs institutions internationales». Il cite, dans ce cadre, les coopérations établies avec l’Union européenne, la Cour internationale de justice et la Cour pénale internationale. «Beaucoup de magistrats algériens ont bénéficié de formations spécialisées à l’étranger», précise-t-il, ajoutant que l’École supérieure de la magistrature joue également «un rôle central dans la formation théorique et pratique».
Assia Boucetta