La pensée augustinienne et le vivre-ensemble: une réponse aux préoccupations du présent

Les rencontres africaines méditerranéennes de la pensée ont placé au centre des débats une question devenue essentielle aujourd’hui, celle du vivre-ensemble.
Organisées du 28 au 30 avril dernier au Centre international des conférences Abdellatif Rahal (CIP), cette première édition, consacrée à Saint Augustin, a réuni des universitaires, chercheurs et intellectuels venus de divers horizons, pour réfléchir autour de l’héritage de ce grand penseur considéré comme l’une des figures majeures de la philosophie universelle.
La pensée augustinienne garde son actualité
Le rendez-vous a réaffirmé également aussi bien la profondeur africaine de l’Algérie que son appartenance à l’espace méditerranéen. Autant dire qu’il s’agit d’un espace d’ouverture à toutes les cultures. Durant les discussions et les échanges, il a été souligné que la pensée augustinienne garde toute son actualité dans un monde marqué par les tensions identitaires, les crises sociales et les divisions culturelles.
Pour de nombreux intervenants, les idées de Saint Augustin peuvent encore aider à construire des sociétés fondées sur le dialogue, la tolérance et le respect de l’autre. Selon les intervenants, Saint Augustin a vécu dans une société traversée par des conflits religieux et politiques. Dans ce contexte difficile, il défendait déjà l’idée d’une coexistence pacifique entre les hommes. Les participants aux rencontres ont rappelé que sa réflexion reposait avant tout sur la dignité humaine et la nécessité de préserver les liens entre les membres d’une même société.
La dimension africaine de la pensée augustinienne
Selon plusieurs chercheurs présents à cette manifestation, la notion du vivre-ensemble chez Saint Augustin ne se limitait pas à une idée philosophique ou religieuse. Elle représentait une manière de construire la société à partir de la justice, de la solidarité et de la paix civile. Pour lui, les différences culturelles ou spirituelles ne doivent pas devenir des causes de divergences, mais constituent une richesse lorsqu’elles s’inscrivent dans le respect mutuel.
Les débats ont également insisté sur la dimension africaine de la pensée augustinienne. Pendant longtemps, Saint Augustin a surtout été présenté comme une figure de l’histoire chrétienne européenne. Les rencontres ont voulu rappeler qu’il appartient aussi pleinement au patrimoine intellectuel et culturel de l’Afrique du Nord. Cette relecture permet de remettre en valeur une mémoire commune entre les peuples de la Méditerranée.
Reconstruire les ponts culturels: le défi du vivre-ensemble
Pour plusieurs participants, cette relecture est importante dans le contexte actuel où les sociétés méditerranéennes sont aujourd’hui confrontées à de nombreux défis liés à l’extrémisme et à la montée des discours de haine. Dans ce climat, relèvent les participants, la pensée de Saint Augustin apparaît comme un appel au dialogue et à la modération. Le ministère de la Culture et des Arts, organisateur de cette rencontre, sous le patronage du président de la République, a également voulu faire de cet événement un espace de réflexion sur les relations entre l’Afrique et la Méditerranée.
Au-delà de leur aspect académique, les rencontres ont porté un message plus large qui met en exergue la nécessité de reconstruire des ponts entre les cultures et les peuples. Les participants ont souligné que le vivre-ensemble ne signifie pas l’effacement des différences, mais plutôt la capacité de les accepter dans un esprit d’ouverture et de respect.
Vers la pérennisation de l’héritage de Saint Augustin
Plusieurs recommandations ont d’ailleurs été formulées à l’issue des travaux, notamment la création d’espaces de recherche consacrés à Saint Augustin et l’organisation régulière de ces rencontres, afin de poursuivre le dialogue intellectuel engagé. Elles ont mis l’accent sur les valeurs humaines portées par la pensée de Saint Augustin, notamment le pardon, l’amour, le dialogue et l’esprit critique. Elles visent à diffuser une culture fondée sur la tolérance et l’ouverture à travers l’éducation, la traduction de ses œuvres et leur intégration dans les programmes scolaires.
Enfin, cette manifestation se donne comme objectif de consacrer la place de l’Algérie en tant que trait d’union naturel et civilisationnel entre le continent africain et l’espace méditerranéen, dans un contexte où le dialogue culturel s’impose comme une nécessité face aux défis contemporains. Les échanges autour de la pensée de Saint Augustin ont surtout montré qu’un héritage ancien peut encore apporter des réponses aux préoccupations du présent.
Hakim Metref