Livraisons à domicile: Commerçants et clients y trouvent leur compte

Les livreurs à domicile sont de plus en plus présents dans le paysage urbain. Magasins et restaurants y ont recours pour assurer les livraisons.
Le «deliveryman» (livreur) se déplace dans les quartiers et les communes, et parfois même hors wilaya pour remettre un repas, un colis, des vêtements achetés en ligne et autres accessoires, y compris certains meubles. Il se doit d’être ponctuel, sérieux, et aimable. On croise quotidiennement sur les routes, dans les rues et même devant les restaurants ces jeunes à bord de petits véhicules agiles et efficaces : des motos-livreuses. Ce phénomène récent a déferlé sur la société, modifiant profondément les modes de vie après s’être imposé comme un acteur majeur, notamment dans la restauration rapide et variée, le prêt-à-porter ou la décoration.
Gagner son argent de poche
Des jeunes hommes en combinaison ou en tenue décontractée revêtant un casque de protection et attendent le feu vert pour démarrer. Pour certains, être «livreur» est un second boulot, alors que d’autres sont étudiants et font de la livraison en dehors des heures de cours. C’est ainsi qu’ils gagnent leur argent de poche. Pour le propriétaire d’une pizzeria à Baïnem, les livreurs sont une véritable «délivrance» car la demande est à son comble à l’heure du déjeuner et du dîner, avec des commandes record qui doublent pendant les nuits d’été. Des jeunes, des familles, et certains fonctionnaires commandent des plats rapides, des sandwichs et des boissons. «L’activité de livreur facilite le travail et maintient la clientèle», confie-t-il.
Rachid, livreur à moto, a indiqué que l’activité qui ne bénéficie pas pour l’instant de statut s’intensifie la nuit où la réduction du trafic permet une livraison rapide et garantit que les commandes arrivent encore chaudes chez le client. Au-delà de 19h et parfois jusqu’à 1h du matin, un livreur à bord de sa moto peut assurer le transport à temps. Concernant le type de clients, Rachid fait savoir que des jeunes, des groupes de jeunes femmes, notamment des étudiantes, et des familles qui constituent une part importante de la clientèle préfèrent se faire livrer leurs repas plutôt que de se déplacer».
Imène, couturière, confectionne des robes d’intérieur et du linge de maison. À la demande de sa clientèle, elle a fait appel à un livreur. «Il livre les commandes à domicile pour 500 DA la course payée par le client», dit-elle. «J’arrive à écouler ma marchandise, vulgarisée sur ma page Instagram», confie la jeune dame. Des clients se disent «déchargés» d’un poids. Samira, mère de famille, passe les commandes de vêtements de prêt-à-porter en ligne, coche un modèle et se fait livrer à la maison. Selon elle, «c’est plus pratique, cela m’évite de sortir en dehors des heures de travail et de perdre mon temps d’un magasin à un autre».
Du clic à la porte, nouveau réflexe du consommateur
Le rythme rapide du développement technologique est peut-être l’un des facteurs les plus importants dans l’essor des nouveaux «jobs». Avec l’allongement du temps de travail et le désir de profiter de son temps libre, les applications de livraison apparaissent comme des solutions quasi miraculeuses qui offrent une grande variété d’options tout à moindre effort et en éliminant les contraintes des courses, de la cuisine et même de la vaisselle. C’est un soulagement pour de nombreuses femmes, notamment celles qui exercent une activité, lassées de passer des heures en cuisine. De plus, les offres promotionnelles proposées par les restaurants, les magasins de prêt-à-porter ou les ateliers de confection comme stratégies marketing rendent parfois la livraison plus économique
Pour Sofiane Badaoui, psychopédagogue spécialisé en sciences sociales à l’Université de Bouzaréah (Alger), le mode «livraison» satisfait beaucoup de personnes, particulièrement celles qui ne peuvent pas se déplacer. Beaucoup de jeunes ont un petit revenu, les propriétaires de magasins écoulent de grosses quantités de leurs produits, et certains chefs de famille ont plus de temps à consacrer à leurs enfants et à l’entretien de leur foyer. Chacun y trouve son compte.
Il faut souligner au passage que l’activité de livreur favorise la création d’emplois. Tout en se félicitant du côté pratique qui facilite la tâche, il recommande de faire en sorte que la livraison soit occasionnelle quand il se fait tard ou lorsque le client habite loin. «Autrement dit, il faut initier les adolescents aux achats, aux déplacements pour les responsabiliser dans la gestion de leur budget et lutter contre la sédentarité», soutient notre interlocuteur. Cependant, d’un point de vue environnemental, les quantités énormes de déchets plastiques et de cartons à usage unique ont un impact négatif sur l’environnement et les systèmes de recyclage. Si les livraisons à domicile sont un signe de progrès, la réalité exige un équilibre entre les avantages de l’ère numérique et le maintien d’habitudes saines. C’est le plus grand défi pour «la génération livraison».
Rym Harhoura