MOKHTAR SAÏD MEDIOUNI, PDG DE LA SGSIA À HORIZONS

«Faire de l’aéroport d’Alger un hub africain de référence»

Mokhtar Saïd Mediouni, PDG de la SGSIA, affirme que l’objectif est de «faire de l’aéroport d’Alger un hub africain de référence».

Gestion du rush des voyageurs en été, numérisation, nouveaux équipements intelligents, projets d’extension, amélioration de la fluidité du transit et ambitions de faire d’Alger un hub aérien africain majeur, sont autant de questions auxquelles a bien voulu répondre le PDG de la Société de gestion des services et infrastructures aéroportuaires (SGSIA).

Entretien réalisé par Samira Sidhoum

Comment préparez-vous le grand rush estival?

L’aéroport d’Alger fonctionne déjà 24h/24 tout au long de l’année, avec des pics de trafic réguliers. Nous sommes donc dans une logique d’adaptation permanente plutôt que de préparation ponctuelle. Une organisation logistique spécifique a été cependant mise en place. Nous allons également réunir et présider le comité de facilitation aéroportuaire regroupant les compagnies aériennes, les services de sécurité, les douanes, la Protection civile ainsi que NAFTAL.

L’objectif est de définir une feuille de route claire, les moyens humains à mobiliser, les plages horaires à renforcer ainsi que l’ouverture de scanners supplémentaires afin de fluidifier le passage des voyageurs durant la saison estivale. L’expérience acquise durant les deux dernières saisons nous permet, aujourd’hui, d’aborder cette période avec davantage d’efficacité et d’anticipation. Dans cette logique d’amélioration continue des prestations aéroportuaires, un projet d’hôtel capsule de 50 chambres sera prochainement mis en place au sein de l’aéroport.

Cette nouvelle infrastructure permettra d’accueillir les voyageurs en transit, ceux ayant raté leur vol ou confrontés à d’importants retards, en leur offrant un espace pour se reposer, dormir ou encore prendre une douche. Le service sera payant et exploité par un opérateur privé ayant obtenu la concession de l’espace à travers un appel d’offres. L’aéroport se limite à la location de l’espace, comme c’est déjà le cas pour les commerces et les restaurants. La gestion et l’investissement relèvent entièrement du concessionnaire.

Le terminal international fonctionne-t-il à pleine capacité?

Le terminal international T4 a été dimensionné pour accueillir jusqu’à 10 millions de passagers par an. Aujourd’hui, nous nous rapprochons progressivement de cette capacité maximale. Cela s’explique, notamment, par l’augmentation continue du trafic, l’ouverture de l’Algérie sur le monde ainsi que la multiplication des événements internationaux organisés dans notre pays. D’ailleurs, 87% des participants étrangers aux grands événements organisés récemment en Algérie ont transité par l’aéroport d’Alger.

Cette dynamique confirme le rôle stratégique de notre infrastructure dans le développement économique et touristique national. La dynamique actuelle du transport aérien est encourageante et laisse entrevoir des perspectives particulièrement prometteuses. Cette évolution repose avant tout sur la capacité des différents acteurs à améliorer continuellement la qualité de leurs services, mais aussi sur une mobilisation plus offensive de la diplomatie économique algérienne afin de mieux valoriser les produits nationaux sur les marchés internationaux.

Le produit algérien possède de réels atouts capables de séduire au-delà des frontières. Il n’y a aucune raison pour que nos produits ne s’imposent pas davantage à l’international. Lors de plusieurs voyages à l’étranger, j’ai constaté que certains produits exposés sur les étals sont, certes, attrayants visuellement, mais loin d’égaler, selon moi, la qualité gustative des produits algériens. Cela montre le potentiel encore sous-exploité du «Made in Algeria».

Comment fluidifier le passage des voyageurs cet été?

Plusieurs mesures seront déployées. Nous allons renforcer les équipes opérationnelles, ouvrir davantage de scanners et mobiliser l’ensemble des services concernés afin de réduire les temps de traitement. Nous travaillons également sur l’amélioration du confort des passagers, notamment avec des espaces dédiés aux enfants pour mieux gérer les temps d’attente des familles. L’an dernier, nous avons enregistré un record avec une remise des bagages en seulement 19 minutes. Notre objectif cette année est de descendre encore en dessous de ce délai. La digitalisation et les nouveaux équipements devraient par ailleurs permettre un gain estimé à près de 80% du temps de traitement.

Concernant la fluidité du transit international, l’objectif dépend essentiellement de la qualité des connexions aériennes proposées. Un passager choisit avant tout un aéroport offrant des correspondances rapides et efficaces. Aujourd’hui encore, de nombreux voyageurs algériens souhaitant rejoindre certaines destinations africaines ou orientales sont contraints de passer par des hubs internationaux comme Istanbul.

Dans ce contexte, le temps d’attente entre deux vols devient un critère déterminant. Les voyageurs, surtout lorsqu’ils sont en famille, recherchent des correspondances courtes. Personne ne souhaite attendre 9 heures dans un aéroport. Au-delà de l’inconfort, ces longues attentes entraînent des dépenses supplémentaires pour les passagers.

Il est donc nécessaire, pour les compagnies aériennes comme pour les gestionnaires aéroportuaires, de renforcer les moyens logistiques et d’améliorer la qualité des services afin d’optimiser ces connexions et attirer davantage de voyageurs en transit. Les compagnies aériennes ont également un rôle central à jouer dans la planification des horaires et des correspondances pour rendre les plateformes algériennes plus compétitives.

Quelles mesures comptez-vous mettre en place pour améliorer la ponctualité des vols et fluidifier le trafic au niveau de l’aéroport?

La ponctualité d’un vol dépend de plusieurs intervenants : les compagnies aériennes, les contrôleurs aériens, les services techniques ainsi que différents acteurs externes. L’aéroport n’est donc pas le seul maillon de la chaîne. Les retards peuvent être liés à des pannes techniques, des embouteillages routiers, des accidents ou encore des contraintes opérationnelles extérieures.

Cependant, au niveau de l’aéroport, nous avons décidé de mobiliser l’ensemble des moyens disponibles : ouverture maximale des scanners, renforcement des effectifs de sûreté et meilleure coordination entre les différents services afin de limiter au maximum les délais de traitement, tout en maintenant une priorité absolue : la sécurité des passagers.

Où en est la modernisation numérique de l’aéroport?

Le processus de modernisation numérique est pratiquement finalisé au niveau de l’aéroport. Nous sommes actuellement dans l’attente d’une validation des autorités supérieures pour lancer officiellement la mise en œuvre opérationnelle. Cette transformation numérique permettra d’améliorer considérablement la fluidité du parcours passager grâce à l’automatisation et à l’intégration de nouveaux équipements intelligents.

Cette transformation passe, notamment, par l’introduction d’équipements technologiques de dernière génération destinés à fluidifier le passage des voyageurs tout en renforçant la sécurité. Les nouveaux scanners corporels utilisés dans certains grands hubs internationaux, notamment américains, permettront aux passagers de franchir les contrôles sans retirer leurs effets personnels, leurs chaussures ou encore leur ceinture, tout en garantissant une détection efficace des objets dissimulés. Cela nous permettra de gagner énormément de temps dans le traitement des passagers.

L’utilisation de ces technologies modernes représente également un atout stratégique pour améliorer la connectivité internationale de l’aéroport d’Alger, notamment vers le continent américain. Les compagnies aériennes privilégient de plus en plus les plateformes répondant aux standards technologiques et sécuritaires internationaux. Quand vous disposez d’une infrastructure moderne, cela facilite aussi l’arrivée sur le continent américain pour les compagnies utilisant ce type d’aéroports.

Le secteur aérien mondial connaît actuellement de profondes mutations sous l’effet des nouvelles exigences sécuritaires et technologiques imposées à l’échelle internationale. Plusieurs instances européennes évoquent déjà l’obligation future du recours à la reconnaissance faciale dans les aéroports de l’espace Schengen. À nous d’être proactifs, car aujourd’hui le monde avance rapidement. Nous n’avons ni le droit à l’erreur ni celui de prendre du retard. À l’horizon 2030, les grands changements doivent être engagés sans attendre. Je pense que dans deux ans déjà, beaucoup de choses auront changé.

Justement, l’aéroport d’Alger vise le statut de hub africain…

Oui, clairement. L’Algérie connaît aujourd’hui une dynamique internationale importante avec l’organisation de grands événements économiques, énergétiques et touristiques.

Le pays attire de plus en plus de visiteurs grâce à ses atouts touristiques diversifiés : plages, montagnes, Casbah, sites historiques et tourisme saharien. Cette attractivité renforce naturellement le rôle de l’aéroport d’Alger comme plateforme régionale stratégique entre l’Afrique, l’Europe et le Moyen-Orient.

Les mesures prises par les hautes autorités du pays pour faciliter le retour de la diaspora contribuent également à cette dynamique.  Notre objectif est de faire de l’aéroport d’Alger une infrastructure de référence sur le continent africain. J’espère que nous disposerons d’une infrastructure moderne, attractive et classée parmi les 5 meilleurs aéroports africains, voire davantage.

Concernant l’arrivée de nouvelles compagnies aériennes étrangères à l’aéroport d’Alger, ce dossier relève avant tout des compétences de l’Agence nationale de l’aviation civile, chargée d’examiner et de valider les demandes d’exploitation. Cette question devrait être adressée à l’ANAC, puisque c’est elle qui étudie les demandes des compagnies et décide de leur validation. Plusieurs requêtes d’installation auraient déjà été déposées par des transporteurs étrangers souhaitant intégrer le marché algérien.

Quel bilan faites-vous du trafic aérien en 2025?

L’année 2025 confirme une progression continue du trafic aérien au niveau de l’aéroport d’Alger. Les flux restent soutenus tout au long de l’année avec des périodes de forte affluence liées aux vacances, aux événements internationaux et au retour de la diaspora. Cette croissance traduit le regain d’attractivité de la destination Algérie ainsi que la reprise dynamique du transport aérien.

Qu’en est-il des investissements prioritaires cette année?

Plusieurs investissements structurants sont engagés cette année. Nous attendons la livraison imminente d’un premier lot de nouveaux chariots de qualité supérieure, dans le cadre d’un programme global portant sur 4.000 chariots. Nous préparons également l’ouverture complète du Duty Free ainsi que de nouveaux commerces et espaces de restauration avant l’été.

Par ailleurs, un important projet d’extension et de modernisation des passerelles est en cours. Il prévoit l’ajout de 11 nouvelles passerelles à l’ouest, en complément des 25 déjà existantes, ainsi que la modernisation des 14 passerelles du Terminal 1. L’ouverture des plis est prévue la semaine prochaine avant le lancement des travaux. De grands chantiers sanitaires sont également programmés avec des opérations de démolition et de reconstruction complète.

La première urgence a été de sécuriser l’alimentation électrique de l’aéroport. Jusqu’ici alimentée par une seule ligne de secours, l’infrastructure bénéficiera prochainement d’une deuxième ligne, garantissant ainsi une sécurisation totale du système électrique.

Il est aussi question de moderniser les équipements…

Par ailleurs, plusieurs projets d’équipements modernes sont en cours de lancement, notamment l’acquisition de nouveaux «body scanners» de dernière génération. Les appels d’offres ont déjà été lancés et l’ouverture des plis est attendue dans les prochains jours, avec la participation de grandes firmes internationales spécialisées.

Ces nouveaux scanners permettront de fluidifier considérablement le traitement des passagers et de réduire les délais de contrôle, tout en renforçant les standards de sécurité au sein de l’aéroport.  Au-delà des infrastructures et des équipements, la question des comportements et des mentalités reste également essentielle. Je ne comprends pas pourquoi certains passagers algériens se comportent différemment dans les aéroports étrangers et autrement ici, dans leur propre pays.

À titre d’exemple, les nouveaux fumoirs récemment installés au sein de l’aéroport représentent un investissement important et sont conçus avec des systèmes modernes d’aération et de filtration. Malgré cela, certains voyageurs continuent de fumer à l’extérieur des espaces prévus à cet effet, parfois à quelques mètres seulement des fumoirs. Cet aéroport appartient aux citoyens. C’est aussi l’image de l’Algérie. Chacun doit participer à l’effort collectif, par la propreté, le respect des équipements et un comportement responsable.

S. S.

MOKHTAR SAÏD MEDIOUNI

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