MOURAD KOUACHI, EXPERT EN ÉCONOMIE À HORIZONS

«La visite du président de la République en Turquie a été très fructueuse sur le plan économique»

Mourad Kouachi, expert en économie en économie ‘et professeur d’université, soutient que «la visite du président de la République en Turquie a été très fructueuse sur le plan économique».

La visite du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, en Turquie a confirmé la volonté politique commune de hisser la coopération bilatérale vers des horizons plus larges, notamment avec la tenue de la première session du Conseil de coopération stratégique de hauts niveau algéro-turc et la conclusion de plusieurs accords économiques, ouvrant de nouvelles perspectives de coopération entre les deux pays, estime l’économiste Mourad Kouachi dans cet entretien.

Entretien réalisé par Lydia Bouzidi

Quelle lecture pouvez-vous nous faire des résultats de cette visite?

Les relations algéro-turques ont connu une grande accélération ces six dernières années. Cela est le fruit, à mon avis, de deux facteurs principaux : le premier est la profondeur des relations historiques entre les deux pays qui remontent à plusieurs siècles. Le second est la convergence totale entre les dirigeants des deux pays sur les principales questions régionales et internationales.

Cette convergence de vues s’est traduite par des visites mutuelles. Le président de la République, Adelmadjid Tebboune, s’était rendu en Turquie à deux reprises en 2022 et 2023, tandis que le président turc Recep Tayyip Erdogan a visité l’Algérie en 2023. La dernière visite du président de la République a été très fructueuse, notamment sur le plan économique puisqu’elle a été couronnée par la tenue de la première réunion du Conseil de coopération stratégique de haut niveau algéro-turc et la signature de plusieurs accords visant le renforcement d’un partenariat stratégique.

Quelles sont les perspectives de développement des relations commerciales entre les deux pays?

La valeur des échanges commerciaux bilatéraux est estimée à environ 6,5 milliards de dollars par an, avec pour objectif d’atteindre 10 milliards de dollars dans un avenir proche. L’Algérie est le deuxième plus grand partenaire de la Turquie en Afrique, tandis que la Turquie est le cinquième partenaire de l’Algérie. Il apparaît clairement, notamment après la dernière visite du président de la République, qu’il existe une volonté réelle de porter le partenariat entre les deux pays à un niveau plus large. L’Algérie peut beaucoup bénéficier de la Turquie, tout comme la Turquie peut bénéficier de l’Algérie.

Il faut souligner que l’économie turque est performante, classée parmi les 20 premières au monde. Elle a enregistré une croissance dépassant 3,6% et occupe le 17e rang mondial en termes de PIB, qui a atteint plus de 1.000 milliards de dollars en 2025. La Turquie occupe également la 11e place mondiale en termes de PIB en parité de pouvoir d’achat. En outre, la Turquie dispose de nombreux secteurs développés : l’industrie mécanique, l’industrie alimentaire, l’industrie textile. Le pays se distingue aussi par le tourisme et le secteur des services, notamment le transport aérien et autre.

Les exportations turques ont dépassé 273 milliards de dollars l’année dernière, et le pays ambitionne de franchir la barre des 300 milliards de dollars cette année. Pour cela, la Turquie compte beaucoup sur l’Algérie, considérée comme une porte d’entrée vers le marché africain de 1,5 milliard d’habitants. Par ailleurs, l’Algérie est le quatrième plus grand fournisseur de gaz de la Turquie qui aura besoin d’approvisionnements supplémentaires en gaz algérien vu le contexte géopolitique actuel. Plus de 90 projets turcs ont été enregistrés au niveau de l’Agence algérienne de promotion des investissements.

L’Algérie est-elle en train de devenir la destination phare des investissements turcs?

Effectivement. Les relations économiques algéro-turques ont connu une forte progression ces dernières années. Les investissements turcs ont également augmenté, on parle de plus de 1.600 entreprises turques activant actuellement en Algérie. La valeur globale de ces investissements dépasse 7,7 milliards de dollars.

La Turquie est considérée comme le premier investisseur étranger hors hydrocarbures en Algérie. Parmi les principaux investissements turcs en Algérie, on peut citer le complexe Tosyali, qui pourrait atteindre des exportations de 2 milliards de dollars cette année. Ces chiffres sont un signe éloquent quant aux énormes opportunités qu’offre le marché algérien.

L. B.

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