Réunion du Gouvernement : L’Etat affine sa lecture des territoires

Le Premier ministre, Sifi Ghrieb, préside une réunion du Gouvernement axée sur la sécurité des rayonnements ionisants et le lancement de la carte sociale de l’Algérie.
Réuni sous la présidence de Sifi Ghrieb, le Gouvernement a examiné deux dossiers stratégiques : le renforcement des règles de sécurité face aux rayonnements ionisants (radioprotection) et le plan d’action pour la réalisation d’une carte sociale nationale afin de mieux cibler les politiques publiques et équilibrer le développement des régions.
Une démarche structurée
Le plan d’exécution de la carte sociale a été présenté comme une démarche structurée, fondée sur des indicateurs et des mesures couvrant à la fois la dimension humaine et la réalité géographique des territoires. L’approche retenue repose sur une lecture croisée de plusieurs paramètres jugés décisifs dans l’évaluation des besoins locaux dont la structure démographique, l’éducation, la santé et la couverture sanitaire, les conditions de vie, la disponibilité des services de base, la mobilité, la connectivité territoriale ainsi que les vulnérabilités environnementales et climatiques. A travers cet éventail, l’Exécutif entend dépasser une lecture purement administrative des disparités pour aller vers une photographie plus fine des situations sociales d’une région à l’autre. L’intérêt d’un tel chantier réside dans sa vocation opérationnelle.
Selon la présentation examinée en réunion, cette carte doit permettre d’améliorer l’évaluation des besoins sociaux et économiques des régions, d’affiner le ciblage des politiques publiques et d’en préciser les priorités, tout en favorisant une répartition plus équitable des ressources disponibles. Autrement dit, il s’agit de passer d’une logique d’intervention uniforme à une approche davantage territorialisée, adossée à des données objectivées. En fait, ce projet s’inscrit dans une vision plus large de modernisation des outils de ciblage social.
L’Etat compte mieux calibrer ses instruments de solidarité
Rappelons qu’en février dernier, une autre réunion du Gouvernement avait déjà abordé la carte sociale du pays en parallèle avec le portail des services numériques, signe que le dossier s’installe dans la durée et relève d’une architecture de pilotage plus globale. Le fait que le sujet revienne à l’ordre du jour quelques mois plus tard indique qu’il ne s’agit pas d’une simple annonce de principe, mais d’un chantier appelé à structurer la décision publique sur le terrain. Le recours à des indicateurs territoriaux détaillés intervient aussi dans un contexte où l’Etat compte mieux calibrer ses instruments de solidarité.
En janvier dernier, les pouvoirs publics ont lancé une carte électronique destinée aux personnes démunies non couvertes par la sécurité sociale pour l’accès gratuit aux médicaments. Le dispositif fonctionne sur le principe du tiers payant et s’appuie sur plus de 13 000 pharmacies conventionnées à travers le pays. Ce rappel permet de mieux situer la portée de la future carte sociale. En agrégeant des données relatives à la population, à l’accès aux soins, aux conditions de vie, à la desserte en services de base ou encore à l’exposition aux vulnérabilités climatiques, l’outil pourrait aider à identifier les poches de fragilité les plus marquées et à hiérarchiser les réponses publiques.
Protection contre les radiations : des règles plus strictes
Le second dossier examiné lors de cette réunion concerne un projet de décret exécutif fixant les règles de sécurité des sources de rayonnements ionisants ainsi que les mesures de protection contre les radiations. Le texte vise à renforcer le système national de radioprotection en encadrant les expositions professionnelles, médicales et celles du public, mais aussi la gestion des sources radiologiques et des équipements qui leur sont associés. Le sujet, plus technique, n’en est pas moins stratégique dès lors qu’il touche à la sécurité sanitaire, à la prévention des risques et à l’encadrement d’usages sensibles. Il faut rappeler à ce propos que la radioprotection nationale repose déjà sur un socle réglementaire établi de longue date. Le décret présidentiel n° 07-171, modifiant et complétant le décret n° 05-117 d’avril 2005, fixe les règles générales de protection contre les risques liés aux rayonnements ionisants, notamment lors des opérations d’importation, de transit, de fabrication, de transformation, d’utilisation, de manipulation, de transport, de stockage, d’élimination ou d’exportation de substances radioactives.
Le même cadre couvre les expositions professionnelles, les expositions potentielles, les expositions médicales, l’exposition du public ainsi que les situations d’urgence. L’examen d’un nouveau projet de décret exécutif laisse ainsi entrevoir une volonté d’actualisation ou de resserrement des mécanismes de contrôle applicables à ces activités. Les usages des rayonnements ionisants concernent en effet plusieurs secteurs à la fois, de la santé à l’industrie en passant par la recherche, avec des exigences élevées en matière de traçabilité, de sécurité des équipements et de limitation des expositions. En remettant ce dossier à l’ordre du jour, le Gouvernement privilégie une approche préventive, fondée sur la norme, l’encadrement des pratiques et la consolidation du dispositif national de protection.
Lyes M.