Transformation numérique : Le défi de préparer les citoyens aux nouveaux usages

Le ministère de la Poste et des Télécommunications lance le programme national d’autonomisation numérique (77.7), un programme judicieux, selon l’expert en transformation numérique Djallal Bouabdallah.

«Il s’agit d’un programme national de formation aux compétences numériques. Il se décline en une architecture pédagogique qui comprend sept parcours calibrés sur sept tranches d’âge, du jeune apprenant de 7 ans au senior de 77 ans», précise Djallal Bouabdallah, expert en transformation numérique et membre du Groupe algérien des acteurs du numérique (GAAN).

« Un choix de doctrine fort »

Selon Djallal Bouabdallah, cette gradation entre ces deux catégories d’âge est rare, y compris à l’échelle continentale. «Elle reconnaît une évidence souvent oubliée dans les politiques numériques, à savoir que l’inclusion ne se résume pas à la formation des jeunes, mais elle inclut aussi les anciennes générations qui se sentent dépassées par la rapidité des transformations», explique-t-il. Ce programme se décline également en une intégration obligatoire de la cybersécurité dans chacun de ces parcours.

«C’est un choix de doctrine fort. Dans un contexte où les arnaques en ligne, l’hameçonnage et la désinformation touchent autant un enfant que son grand-père, faire de la culture du risque numérique un prérequis dès 7 ans est un signal positif. Peu de programmes nationaux dans la région intègrent cette dimension de manière systématique», estime-t-il, en se réjouissant que le modèle de mise en œuvre de ce programme découle d’un partenariat opérationnel entre le ministère de la Poste et des Télécommunications, Algérie Télécom et Mobilis.

Continuité du premier Skills Center

«Cette logique s’inscrit dans la continuité du premier Skills Center inauguré à Sétif en février 2025, qui avait été présenté comme la première pierre d’un réseau national de formation. Mais à mon sens, le succès de ce programme dépend de la formation des formateurs, nécessitant un référentiel pédagogique solide et un corps d’animateurs spécifiquement formés à chaque public. Les enfants ne peuvent être formés de la même façon que les personnes âgées», souligne Djallal Bouabdallah. Il est important aussi, soutient-il toujours dans ce contexte, de mesurer l’impact de ce programme.

«La formation de 25 000 à 30 000 personnes/an doit s’accompagner d’un mécanisme d’évaluation indépendant qui mesure non le nombre de participants, mais l’acquisition réelle de compétences. Il faudra savoir aussi comment, dans les trois à cinq ans à venir, le programme pourrait s’intégrer avec l’Éducation nationale, la formation professionnelle et l’enseignement supérieur pour devenir une politique structurelle plutôt qu’un dispositif isolé», fait-il remarquer.

Un grand apport pour le citoyen et pour l’écosystème                                 

L’apport potentiel de ce programme, s’il atteint les objectifs fixés, se ressentira, d’après Bouabdallah, à trois niveaux.  Au niveau du citoyen, assure-t-il, l’apport sera concret et immédiat. «Pour un citoyen en zone rurale, par exemple, savoir détecter une tentative d’arnaque sur une application bancaire ou identifier un message frauduleux imitant une institution officielle, c’est une protection financière directe. Une personne âgée qui a la capacité de réaliser une démarche administrative en ligne sans dépendre d’un tiers, c’est une prouesse», relève-t-il, signalant que l’intégration de la cybersécurité dès le départ transforme ce programme en un dispositif de protection sociale numérique.

Par ailleurs, au niveau de l’écosystème national, rapporte-t-il, le 77.7 contribue à combler les décalages dans le paiement électronique, notamment, réduisant l’écart entre le nombre des comptes connectés, qui sont à 29 millions, et les cartes Edahabia qui sont à 18 millions. «La digitalisation des services publics avance rapidement à travers des dispositifs comme E-Tawki3 pour l’identité et la signature électroniques. Mais la maturité des usages, elle, n’a pas suivi au même rythme que l’infrastructure. C’est exactement la fonction de ce programme : aligner la compétence des utilisateurs sur l’investissement consenti», observe-t-il.

« Réduire la fracture numérique »

Enfin, au niveau du paysage numérique au sens large, l’enjeu est plus stratégique pour le pays. L’Algérie, rappelle Djallal Bouabdallah, a opté pour des choix structurants : lancement officiel de la 5G, adhésion à la campagne mondiale 50 in 5 du programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et mise en œuvre de «Tout fibre» à l’horizon 2027, qui reposent sur la bonne volonté de la population, dont le rôle est majeur dans la valorisation de ces investissements.

«Sans capacité humaine, l’infrastructure reste sous-exploitée. Dans cette perspective, le 77.7 n’est pas un programme de formation parmi d’autres. C’est la pièce qui ferme la boucle entre l’investissement et l’usage. Toutefois, l’apport effectif du 77.7 et son inclusion territoriale dépendront de la couverture territoriale réelle de ce programme, afin de réduire la fracture numérique», conclut-il.

Farida Belkhiri

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