Abdenasser Smail, auteur-chercheur 

«Saint Augustin invite à se remettre en question»

Abdenasser Smail, auteur-chercheur, affirme que « Saint Augustin invite à se remettre en question ».

L’ouvrage «Saint-Augustin, un Nord-Africain universel» (Éditions Nouba, 2026) de Smail Abdenasser, chercheur, essayiste et historiographe, propose une lecture renouvelée d’Augustin d’Hippone. Il resitue celui-ci dans son enracinement nord-africain et dans la profondeur historique de l’Algérie antique.

Entre réflexion historique, analyse philosophique et interrogation identitaire, l’auteur revisite une figure majeure de la pensée universelle. L’ouvrage a été présenté au Centre culturel universitaire (CCU) lors d’une rencontre-débat suivie d’une séance de vente-dédicace en marge de laquelle nous avons rencontré l’auteur.

 

Entretien réalisé par Hakim Metref

Qu’est-ce qui vous a conduit à écrire ce livre ?

Mon intérêt initial ne portait pas spécifiquement sur Augustin mais sur l’histoire antique de l’Algérie, notamment la période romaine nord-africaine qui me passionne depuis longtemps.
C’est mon éditeur qui m’a suggéré d’écrire un ouvrage sur Augustin. Il m’a dit :«Puisque vous travaillez sur l’Algérie antique, pourquoi ne pas consacrer un livre à Augustin ?».

Au départ, je le connaissais comme tout le monde : une grande figure du catholicisme. Mais je le survolais. En approfondissant mes recherches, j’ai découvert quelque chose de fondamental : nous pensons souvent que les grands penseurs du catholicisme romain étaient «romains» au sens italien du terme. Or, ils étaient citoyens de l’Empire romain, certes, mais beaucoup étaient nord-africains. Augustin, né à Thagaste, a étudié à Madaure, vécu à Carthage et a été évêque d’Hippone. Il était pleinement enraciné dans l’Afrique du Nord antique. Cette évidence historique, souvent minimisée, m’a interpellé.

Votre livre est-il une étude historique ou une réflexion sur l’homme ?

Il y a bien sûr une dimension historique et historiographique. Mais ce qui m’intéresse avant tout, c’est l’homme, le penseur, le théologien. Celui qui réfléchit à la foi, à la vie, à l’harmonie, à la paix. Je m’intéresse au contexte dans lequel il s’est développé : une Afrique du Nord urbaine, organisée, maîtrisant l’ingénierie de l’eau, l’assainissement, les infrastructures. Une société avancée, structurée, intellectuellement dynamique. Comprendre cela permet de comprendre Augustin.

Pourquoi insistez-vous autant sur sa dimension nord-africaine ?

Des milliers d’ouvrages ont déjà insisté sur sa romanité et son rôle dans la construction de la théologie occidentale. Je propose un contre point. Il ne s’agit pas de nier sa dimension romaine, mais d’équilibrer la lecture. Augustin était un citoyen romain, mais issu d’un milieu numide. Il ne s’agit pas d’appropriation identitaire mais de rééquilibrage historique.

Vous accordez une place importante à sa mère, sainte Monique…

Monique d’Hippone joue un rôle fondamental. Derrière chaque grand homme, il y a des figures de transmission. La pensée ne se construit jamais dans la solitude absolue. Elle naît du débat, de la confrontation, de la relation avec une mère, un père, un frère, un ami. Monique incarne une autre manière de percevoir le monde. Elle participe à la formation affective, morale et spirituelle d’Augustin.

Comment la pensée augustinienne peut-elle encore nous servir ?

D’abord à éviter la pensée unique. Augustin nous rappelle que l’identité est stratifiée. L’Algérie n’est pas une rupture, mais une continuité historique faite de couches successives : numide, punique, romaine, byzantine, arabe, ottomane, moderne.

Reconnaître une strate n’efface pas les autres. Ensuite, saint Augustin nous enseigne l’intériorité, invite à se remettre en question, à interroger le mal, le temps, la mémoire, la vérité. Dans un monde traversé par les conflits, son insistance sur l’harmonie intérieure est précieuse. La paix extérieure commence par une clarification intérieure.

H.M.

 

 

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