Agriculture durable : L’Algérie mise sur la fertilisation biologique

L’introduction de la fertilisation biologique dans l’agriculture permettra d’augmenter la productivité de 30%, mais à condition que l’usage respecte des dosages requis.
Dans cette logique, l’Ecole nationale supérieure agronomique (ENSA) organise, mercredi, en coordination avec la chambre d’agriculture d’Alger, un atelier de formation dédié aux bonnes pratiques de fertilisation biologique et la valorisation des déchets organiques au profit des agriculteurs.
Privilégier les engrais biologiques
Il s’agit d’une valorisation des résultats d’un projet de recherche réalisé dans le cadre d’un partenariat international, intitulé «EcoFortis». A ce titre, le président de la Chambre d’agriculture d’Alger, Brahim Djeraibia, estime que l’Algérie, au vu des changements climatiques, doit revoir le système de fertilisation en privilégiant, d’abord, les engrais biologiques issus de la valorisation des déchets organiques. Il recommande aussi l’adaptation de l’usage de cette matière essentielle pour les cultures aux différentes régions.
«En Algérie, on est en train de subir de plein fouet les changements climatiques. Donc, tout programme de recherche scientifique doit s’adapter à cette nouvelle donne. D’où l’organisation de cet atelier de formation au profit des agriculteurs, dédié à la fertilisation des sols. Cela d’autant que le phénomène de l’érosion du sol s’accentue non sans impacter la production et la qualité des produits agricoles», fait-il constater.
La valorisation des déchets organiques, une opportunité d’investissement
Djeraibia rappelle que le taux de matière organique dans les sols reste infime ne dépassant pas le 1%, selon les chiffres de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture). Et pour rétablir la fertilité des terres agricoles, l’intervenant recommande la valorisation des multiples déchets organiques et la boue générés dans les fermes ou encore les stations d’épuration des eaux usées (STEP). Ainsi, le compostage des déchets organiques s’érige en alternatives efficaces pour beaucoup de producteurs.
Aussi, il préconise d’adapter les engrais utilisés au PH des sols supérieur à 7. «Aujourd’hui, on parle de nutrition des cultures. Ce qui implique un usage précis et adapté des engrais. Et l’adoption de bonnes pratiques de fertilisation s’inscrit dans la modernisation de l’agriculture tant soulignée par le président de la République», appuie-t-il. Pour Djeraibia, la valorisation des déchets organiques constitue une opportunité d’investissement pour beaucoup de jeunes porteurs de projets.
EcoFertis supervisé par les chercheurs algériens
Pour sa part, le sous directeur des programmes internationaux à la Direction générale de recherche scientifique et de développement technologique (DGRSDT), Mohamed Loucif Seiad, est revenu sur le projet Ecofertis, dont les résultats de la recherche menée ont été valorisés via cette session de formation de deux jours. «L’Algérie a adhéré au programme Ecofertis depuis 2017. Nous avons lancé des appels à projets qui sont financés entre autres par l’Union européenne», indique-t-il. Dans ce sillage, il précise que l’Algérie a bénéficié, depuis 2018, d’une centaine de projets dans ce genre. «Ecofertis est un projet coordonné par un Algérien et implique deux de nos chercheurs», relève-t-il.
À cette occasion, le responsable appelle les chercheurs et universitaires à participer davantage à ce genre de projets susceptibles d’augmenter la visibilité de la cherche scientifique nationale à l’international. «L’objectif est également de valoriser les ‘output’ de ce projet, en formant les agriculteurs aux bonnes pratiques en termes de fertilisation biologique. Il s’agit donc de créer un trait d’union entre les chercheurs et les agriculteurs, qui permet le transfert d’un savoir de ce partenariat international», appuie-t-elle. De son point de vue, il est important de cibler, dans le cadre des projets internationaux, une technologie précise ou une innovation en vue d’une valorisation de la chaîne alimentaire et d’une application à l’échelle nationale. Dans ce sillage, le même responsable rappelle les défis liés au stress hydrique et à l’utilisation des engrais auxquels fait face l’agriculture.
Signature d’une convention cadre entre l’ENSA et l’ITGC
Sur les objectifs de cette formation, Abdelkader Larbiri, enseignant en sciences de sol et directeur des relations extérieures à l’ENSA, cite le renforcement des connaissances des agriculteurs sur la fertilisation biologique et l’agriculture durable. Aussi, li est question de valoriser les déchets organiques à l’intérieur de l’exploitation agricole afin de réduire l’impact environnemental des engrais chimiques.
Cet atelier permettra également de relier la recherche scientifique aux applications pratiques sur le terrain dans le secteur agricole, à même d’augmenter la productivité des sols. Il convient de préciser que la formation implique plusieurs instituts et organismes en lien avec l’agriculture. À cette occasion, une convention cadre, a été entre l’ENSA et l’Institut technique des grandes cultures (ITGC) dans le domaine de la fertilisation biologique.
A. Mehdid