Algeria Venture: L’ange gardien des start-up algériennes

Algeria Venture est l’ange gardien des start-up algériennes. Il est le premier accélérateur public de start-up en Algérie.
Placé sous la tutelle du ministère de l’Économie de la connaissance, des Start-up et des Micro-entreprises, Algeria Venture est considéré comme l’ange gardien des start-up algériennes. Pénétrer dans cet espace, c’est d’abord être saisi par une évidence : on n’est pas dans un lieu ordinaire. Le site est un véritable bijou urbanistique, pensé dans ses moindres détails pour allier esthétique et fonctionnalité.
Un lieu pensé pour l’efficacité et le bien-être
Tout ici est vitré, lumineux, ouvert sur l’extérieur. Spacieux à l’intérieur comme à l’extérieur, l’endroit affiche une propreté remarquable, presque clinique, qui témoigne d’un soin constant et d’une exigence assumée. À l’intérieur, l’ambiance est celle d’un lieu pensé pour l’efficacité et le bien-être. On y trouve des bureaux spacieux, des espaces en open space propices aux échanges et à la créativité collective, des salles de réunion entièrement équipées, et une attention particulière portée aux matériaux utilisés.
Certains détails surprennent agréablement, comme ces tabourets fabriqués en liège, touche écologique et design qui résume bien l’esprit des lieux. L’équipement est moderne, le cadre est soigné, et la nature omniprésente à travers les vitres rappelle à chaque instant que l’on se trouve au cœur du Parc Dounia, avec sa verdure généreuse et son air frais venu des hauteurs. Ici, impossible de se sentir épuisé ou démotivé. La nature agit comme un antidote au stress, la lumière naturelle inonde les espaces de travail, et l’environnement tout entier semble conçu pour stimuler les idées et entretenir la concentration.
Un rôle précis dans un écosystème soigneusement organisé
Pour en savoir davantage sur cet établissement qui attise tant la curiosité, nous avons sollicité la directrice de la communication et du marketing, Amina Abacha. Algeria Venture n’est pas une structure ordinaire. «C’est un accélérateur public et national, placé sous l’égide du ministère de la connaissance, des start-up et des micro-entreprises», explique d’emblée Amina Abacha.
Un rôle précis, dans un écosystème soigneusement organisé. Car en Algérie, le parcours d’une start-up suit un chemin balisé : une idée, une phase d’incubation- assurée par des incubateurs privés, publics ou universitaires- puis, une fois le MVP Minimum Viable Product ou produit minimum viable développé et le statut juridique obtenu, il y a la possibilité de soumettre une demande de labellisation auprès du ministère.
«Le label start-up, c’est la clé. Il ouvre l’accès à de nombreuses facilités et surtout à l’accélération», précise-t-elle. Accélérer une start-up, cela signifie concrètement l’accompagner dans sa transformation. «Notre but principal, c’est de faire en sorte que ces start-up basculent de l’early stage; c’est-à-dire de la phase de démarrage vers un statut de scale-up, en un temps record et en réduisant au maximum le taux de mortalité», confie Abacha.
Car la réalité d’une start-up, c’est aussi sa fragilité : « Les startups en phase de démarrage sont marquées par une forte contrainte en ressources. Une idée innovante ou une solution prometteuse, constituent souvent les principaux actifs de ces jeunes entreprises. Dans ce contexte, l’expérience, le mentorat et l’accès à un écosystème favorable sont tout aussi déterminants que le financement pour accélérer leur croissance. »
Accompagnement
L’accélération, chez Algérie Venture, ne se résume pas à une simple mise en relation avec des investisseurs. C’est un accompagnement global, pensé dans sa totalité. «Au-delà du cœur de métier de la start-up, on a besoin de compétences en ressources humaines, en finance, en positionnement marché, en business model… Ce savoir-faire, les fondateurs ne le détiennent pas toujours naturellement. Il faut du temps, de la formation, des ressources», souligne la directrice.
Formations, coaching, encadrement stratégique: Algeria Venture joue un rôle de mentor. Avant même la levée de fonds, une start-up doit gagner en visibilité et développer son réseau. «Une start-up a besoin de se faire connaître, que ce soit pour valoriser son produit, son service ou créer des opportunités de collaboration», souligne Amina Abacha. Les partenariats avec les grands groupes, les institutions ou les acteurs de l’écosystème peuvent constituer de puissants leviers de croissance et d’accélération.
C’est dans cette logique que s’inscrit le concept de business readiness : préparer les start-up à structurer leur projet, à affiner leur proposition de valeur et à se présenter de manière professionnelle aux différents partenaires de l’innovation, qu’il s’agisse d’entreprises engagées dans des démarches d’open innovation ou, à un stade plus avancé, d’investisseurs et de fonds de capital-risque, afin de franchir de nouvelles étapes de développement. Aussi, l’une des missions les plus originales d’Algeria Venture réside dans ce qu’elle appelle l’open innovation : mettre en relation les grandes entreprises publiques avec les start-up capables de répondre à leurs besoins.
Un exemple concret? Naftal, la société nationale de distribution des produits pétroliers, s’est récemment tournée vers Algeria Venture dans le cadre d’une démarche de recyclage. «Elle est venue avec des demandes et des besoins de développement», raconte Amina Abacha. «Nous, on a fait un matchmaking, on a fait un pitch reverse. Nous avons ramené les startups nécessaires pour Naftal. Naftal va sélectionner à partir de ses besoins. Et là, il y a un marché qui est donné à cette startup, mais il y a aussi une solution qui est offerte à Naftal. C’est du win-win». Et parmi les leviers mobilisés par Algeria Venture, l’open innovation occupe une place de choix.
«C’est une démarche très importante. L’idée, c’est d’intégrer la start-up dans les différents secteurs économiques, de la connecter à des acteurs établis qui ont des besoins réels», explique Amina Abacha. Un grand groupe dispose de l’infrastructure, mais cherche une solution innovante ? La start-up apporte la technologie, le grand groupe apporte ses ressources et son réseau. «Le but, c’est de donner à ces jeunes pousses les mêmes chances qu’une grande entreprise. Et aussi, dans une logique de souveraineté, éviter d’aller dépenser en devises ce qui peut être créé et valorisé ici, en Algérie.»
Transformer une idée en un modèle économique structuré
Le parcours d’une startup ne commence pas directement par l’accélération. Il débute en réalité dès les phases les plus embryonnaires, à travers des programmes d’incubation qui permettent aux porteurs de projets de transformer une idée en un modèle économique structuré, de valider leur produit minimum viable et de poser les premières bases de leur développement.
Une fois cette étape franchie, les start-up peuvent accéder à des programmes d’accélération visant à renforcer leur croissance, leur accès au marché et leur capacité de développement. Pour intégrer ces dispositifs, une startup doit d’abord exister juridiquement et démontrer un potentiel réel de marché. Le processus de labellisation, quant à lui, est assuré par le Ministère de l’Économie de la Connaissance, des Startups et des Micro-entreprises, notamment via la plateforme startup.dz, qui permet d’attribuer le statut officiel de «startup», selon les critères réglementaires en vigueur.
«Dès qu’on crée la startup elle peut s’ambitionner», explique Amina Abacha. «Il faut qu’il y ait au moins un produit minimum qui existe, une application qui existe. Et à partir de là, dès qu’on voit qu’il y a vraiment un potentiel de développement et d’exploitation, un besoin sur le marché, on lui donne ce label». Un label qui n’est pas obligatoire, mais qui ouvre des portes considérables. là, on va parler de la douane, la franchise, le transport, l’importation du matériel avec des avantages, y compris des exonérations.
Autre conviction forte d’Amina Abacha : les startups algériennes ont toute leur place sur la scène mondiale. «Avec la globalisation, une startup qui exerce en Algérie peut exercer même dans un pays européen très développé», affirme-t-elle. Pour les accompagner vers cette visibilité, Algeria Venture les expose à l’international, parfois en subvention, parfois gratuitement. L’objectif : ouvrir des portes et créer des contacts au-delà des frontières.
5 ans et un nouveau cap
Algeria Venture fête ses cinq ans. Le regard se tourne vers l’avenir. «Le challenge des cinq premières années, c’était la création d’un écosystème de startup», relève Amina Abacha. «Aujourd’hui, nous sommes dans un autre challenge, c’est de propulser les startups qui ont le plus de potentiel. Ce sont elles qui vont tirer les autres vers le développement». Les secteurs prioritaires pour 2026 ? L’hydraulique et l’agrithèque figurent notamment parmi les domaines ciblés. Algeria Venture incarne ainsi la volonté de l’Algérie de ne plus seulement consommer le numérique, mais de le produire et de l’exporter.
Après 5 ans consacrés à bâtir un écosystème, Algeria Venture entre dans une nouvelle phase plus commerciale et résolument tournée vers l’international. En tant qu’EPIC (établissement public à caractère industriel et commercial) la structure dispose désormais du droit de mener des actions commerciales. Une capacité qu’elle a immédiatement mise à profit. «Nous avons lancé, dans le cadre de l’Open Innovation, un partenariat avec une startup, Taubyte, qui a ramené une solution de cloud développement», explique Amina Abacha.
Un ministère propre aux start-up
«C’est du Cloud full-stack développement, avec un agent IA. Ça a été fait en collaboration avec Djezzy, qui offre l’infrastructure et la commercialisation, et avec Algeria Venture, qui a l’accès aux startups. Et donc, ce qui nous a donné le premier cloud de développement en Algérie», explique Amina Abacha. Un accomplissement qu’elle qualifie d’énorme, d’autant plus symbolique qu’il a été réalisé avec une startup nationale. «Ça reste toujours dans la souveraineté, dans la protection des données», tient-elle à préciser. Et ce n’est qu’un début : cybersécurité et autres solutions numériques souveraines sont déjà dans le pipeline.
Construire un écosystème startup de zéro n’est pas un long fleuve tranquille. Mais le contexte algérien présente des atouts que peu de pays peuvent revendiquer. «Nous sommes les pionniers, mais nous sommes parmi les rares pays africains et arabes où nous avons tout un ministère propre aux startups, ce qui ne se fait pas ailleurs déjà», souligne-t-elle avec fierté.
Terrain de conquête
Sur le plan continental, Algeria Venture monte en puissance. L’African Startup Conference, dont la quatrième édition a marqué les esprits, s’impose désormais comme un rendez-vous incontournable. «C’était vraiment un événement mondial qui a donné des résultats», se souvient Amina Abacha. «Nous avons eu beaucoup de partenariats, beaucoup d’investisseurs, beaucoup d’entreprises internationales qui se sont intéressées aux startups algériennes».
La dynamique ne s’arrête pas là. Il y a moins d’un mois, Algeria Venture était présente à la foire de Nouakchott, en Mauritanie. «Nous avons pu signer deux accords et nous avons d’autres en cours», confie-t-elle. Derrière toutes ces actions se dessine un enjeu stratégique plus profond. «Il y a un grand potentiel, surtout avec la numérisation et la digitalisation», affirme Amina Abacha. «Et nous souhaitons réduire justement les dépenses en devises». Produire local, exporter, et consommer des solutions numériques nationales : Algeria Venture ne se contente plus d’accompagner des start-up. Elle entend peser sur la souveraineté économique et technologique de l’Algérie.
Amokrane H.