BADIS KHENISSA, EXPERT EN RELATIONS INTERNATIONALES À HORIZONS

«Le député de la communauté nationale ne doit pas être un élu symbolique»

Badis Khenissa, expert en relations internationales, souligne que «le député de la communauté nationale ne doit pas être un élu symbolique».

Dans cet entretien, Badis Khenissa, expert en relations internationales et membre de la communauté nationale à l’étranger, souligne l’importance que revêt l’acte de se rendre aux urnes à l’occasion du prochain scrutin législatif, dont l’enjeu est aussi important pour les Algériens établis à l’étranger tout en rappelant leurs attentes.

Entretien réalisé par Farah Chibane

Comment se déroule en France la campagne électorale?

Elle se déroule dans un contexte particulier, celui d’une communauté nombreuse, dispersée, diverse socialement et générationnelle-ment, mais profondément attachée au lien national. Ce n’est pas une campagne classique comme en Algérie, avec la même densité territoriale ou la même visibilité publique. Elle passe davantage par les réseaux de proximité, les associations, les familles, les cercles professionnels, les rencontres ciblées et les réseaux sociaux.

L’essentiel est de porter une parole responsable, respectueuse des attentes de la communauté et conforme à l’exigence de sérieux du moment institutionnel. Elle doit expliquer le rôle du député, les enjeux du scrutin et surtout montrer que la représentation parlementaire peut produire des résultats concrets.

Les membres de la communauté algérienne sont-ils suffisamment sensibilisés sur l’importance de ce scrutin?

Il y a une sensibilité patriotique réelle, mais elle ne se transforme pas toujours automatiquement en participation électorale. Beaucoup de nos compatriotes restent attachés à l’Algérie, mais ils veulent comprendre l’utilité directe du vote. Ils ne veulent pas seulement être appelés aux urnes; ils veulent savoir à quoi servent leurs voix.

C’est là que le travail de sensibilisation est essentiel. Il ne doit pas être uniquement électoral, mais civique et institutionnel. Il faut rappeler que le vote n’est pas seulement un acte politique, c’est un acte de présence nationale. C’est une manière de dire que la communauté établie à l’étranger n’est pas en marge du pays, mais pleinement partie prenante de son avenir.

Vu de l’étranger, les législatives ont-elles le même enjeu que pour les électeurs vivant en Algérie?

L’enjeu est commun, parce qu’il s’agit du même État, de la même nation, des mêmes institutions mais surtout des mêmes défis. Mais vu de l’étranger, les attentes prennent une forme particulière. Pour un électeur vivant en Algérie, la représentation parlementaire touche d’abord les réalités locales, économiques, sociales et territoriales.

Pour la communauté nationale à l’étranger, elle touche aussi au lien avec l’administration consulaire, à la protection des ressortissants, à la transmission identitaire, à la mobilité, à l’investissement, aux étudiants, aux retraités et à la reconnaissance des compétences. Donc l’enjeu n’est pas moindre, il est différent. Il est même stratégique, car la communauté nationale à l’étranger représente une extension vivante de l’Algérie dans le monde. Elle peut être un relais d’influence, de compétence, de diplomatie économique et de défense de l’image du pays.

Quelles sont les attentes de notre communauté vivant notamment en France?

Les attentes sont claires et dans le prolongement des orientations du président de la République, l’attente centrale est de consolider un service public consulaire moderne, réactif et proche des préoccupations quotidiennes de la communauté nationale à l’étranger. Mais il y a aussi des attentes plus larges, accompagnement des étudiants, protection des familles, prise en compte des retraités, valorisation des entrepreneurs, mobilisation des compétences et meilleure représentation des jeunes générations nées ou installées en France.

Dans la vision portée par le président Abdelmadjid Tebboune, la communauté nationale à l’étranger ne doit pas être regardée comme une périphérie, mais comme une force nationale. Cela impose une nouvelle culture du mandat parlementaire, plus de proximité, redevabilité, suivi, présence et résultats tangibles et mesurables. Le député de la communauté nationale ne doit pas être un élu symbolique. Il doit être un relais d’État, un trait d’union opérationnel entre les citoyens établis à l’étranger et les institutions nationales. La communauté n’attend pas des discours généraux. Elle attend une représentation utile, sérieuse, organisée, capable de transformer l’attachement à l’Algérie en action publique concrète.

F. C.

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