CHAÏB BOUNOUA, PROFESSEUR D’ÉCONOMIE À L’UNIVERSITÉ DE TLEMCEN À HORIZONS
«Un signal économique fort en direction du continent africain»

Chaïb Bounoua, professeur d’économie à l’université de Tlemcen, indique que l’Algérie donne «un signal économique fort en direction du continent africain».
À travers le développement de projets structurants dans les domaines de l’énergie, des infrastructures et de l’investissement, Chaïb Bounoua, professeur d’économie à l’Université de Tlemcen, décrypte les fondements économiques de la stratégie algérienne en Afrique, les perspectives d’intégration régionale ainsi que les opportunités offertes par la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
Entretien réalisé par A. Hamiche
L’Algérie a livré une centrale électrique au Niger, et lance les travaux d’une autre à Farcha au Tchad. Est-ce un modèle de coopération Sud-Sud que l’Algérie est en train de construire?
En effet, au-delà de la centrale électrique livrée au Niger et le démarrage de la réalisation d’une autre au Tchad, l’Algérie est en train de mettre en œuvre un modèle de coopération Sud-Sud exemplaire visant principalement le développement du partenariat avec ses pays voisins du Sahel (Mauritanie, Niger, Tchad….). C’est un signal économique fort de l’Algérie en direction du continent africain. À cet égard, ce déploiement des entreprises nationales (Sonatrach, Sonelgaz…) à l’international permettra à l’Algérie de projeter une image de modernité, de savoir-faire et d’influence culturelle.
Outre l’énergie, le partenariat s’élargit avec le Tchad à d’autres domaines tels que l’agriculture, les routes, l’industrie…
Le développement du partenariat et de la coopération avec les pays limitrophes, notamment avec le Tchad, ne se limite pas au seul secteur de l’énergie, mais va bien au-delà. L’Algérie a un savoir-faire et de l’expertise dans plusieurs domaines qu’elle peut mettre au service de ces pays, notamment dans l’agriculture, le BTP, l’industrie. Elle l’a montré partout où on a sollicité son expérience: au Liban, en Syrie, au Tchad, au Niger. Et ce mouvement ne fait que s’accélérer.
Ce qui était hier une coopération ponctuelle, souvent dictée par les circonstances, prend aujourd’hui la forme d’une stratégie assumée, portée au plus haut niveau de l’État. Les visites officielles se multiplient, les accords se concrétisent, et surtout, les entreprises algériennes passent des bureaux aux chantiers. C’est là toute la différence. Car l’Algérie ne vient plus seulement signer des mémorandums. Elle vient construire des centrales, tracer des routes, former des ingénieurs, partager des méthodes. Elle vient avec ses hommes et son expérience.
Et c’est précisément cette capacité à livrer des résultats concrets sur le terrain qui lui vaut aujourd’hui une crédibilité croissante auprès de ses partenaires africains. Le potentiel est immense. Les pays du Sahel ont des besoins colossaux en infrastructures, en sécurité alimentaire, en industrie de transformation. L’Algérie, elle, a les compétences, des entreprises publiques outillées et une proximité géographique et humaine que nul autre partenaire extérieur ne peut revendiquer. C’est sur cette complémentarité naturelle que se construit, pas à pas, un vrai modèle de coopération Sud-Sud, authentique, équilibré et durable.
Peut-on parler d’une stratégie algérienne assumée d’intégration économique avec le Sahel?
C’est évident que la politique suivie aujourd’hui par l’Algérie en matière de coopération internationale obéit à une stratégie bien définie, à savoir le développement du partenariat gagnant-gagnant avec ses voisins du Sud. Pour l’Algérie, il s’agit de pénétrer de nouveaux marchés en exportant ses produits manufacturés, agroalimentaires, matériaux de construction, pharmaceutiques.
Et à terme bâtir des joint-ventures dont bénéficieront les économies environnantes dans un cadre d’intégration économique. Ce modèle, adossé aux cadres d’intégration économique continentale comme la ZLECAf, a tout pour réussir. L’Algérie dispose de capitaux, d’entreprises et du savoir-faire. Ses voisins du Sud possèdent des ressources, des marchés et une volonté affirmée de se développer avec des partenaires qui les respectent. Les conditions d’une intégration économique régionale solide et équilibrée sont réunies. Il reste à les saisir pleinement.
Voir Sonelgaz Internationale réaliser des infrastructures en Afrique signifie-t-il que l’entreprise algérienne est désormais prête à jouer dans la cour des grands dans le continent?
Oui, le cas de Sonelgaz est un exemple de coopération technique absolument révélateur du savoir-faire algérien et de son engineering. D’autres entreprises nationales, notamment celles du secteur privé de l’agroalimentaire et de l’électroménager, la pharmacie, peuvent suivre cette voie. Je pense notamment à Cevital, Condor… Ces groupes et bien d’autres ont atteint une maturité industrielle et une capacité productive qui leur permettent aujourd’hui de regarder au-delà des frontières. Cevital, avec ses lignes agroalimentaires parmi les plus performantes du continent, ou Condor, dont les produits électroménagers ont conquis le marché local, ont tout ce qu’il faut pour s’imposer dans les pays voisins..
Est-ce que l’Algérie peut s’appuyer sur ces liens forts avec ses voisins pour peser davantage dans l’économie africaine dans son ensemble?
Il y a lieu de rappeler que la volonté de l’Algérie dans le cadre de la ZLECAf est de se positionner comme la locomotive économique du continent africain. Il n’y a qu’à citer les investissements énormes qu’a engagés l’Algérie dans le développement des infrastructures ferroviaires et transsahariennes pour permettre le développement des échanges de marchandises intra-africain. L’objectif est donc d’arriver à un stade d’intégration économique africaine irréversible qui sauve les pays africains de la dépendance économique occidentale.
A. H.