Crimes de la colonisation: Un carnage à l’orée de l’Akfadou

Basé sur des archives inédites et des témoignages de survivants, un livre retrace les crimes coloniaux français lors d’un carnage à l’orée de l’Akfadou.

Moins de 3 mois après, s’était tenu, le congrès de la Soummam, le 20 Août 1956. Pas trop loin d’Ifri, trois compagnies d’un régiment d’infanterie de l’armée coloniale ont commis, le 23 mai de cette année la, une tuerie de masse dans trois villages -Ait Soula, Tazrouts et Agouni situés sur les hauteurs de Sidi Aich, à l’orée de la forêt  de l’Akfadou où le colonel  Amirouche avait établi son PC.

Méticuleusement, parfois après d’inattendus détours les coauteurs ont rétabli les faits, retrouvé des documents, interrogé des survivants, le sociologue Ali Mekki auteur de «  la vallée de la Soummam à la vallée de la Durance, un siècle d’émigration et d’immigration Kabyles » pour lever le voile sur un des carnages commis durant la colonisation. Le journaliste Edwy Plenel, dans sa préface qualifie le travail  « d’enquête historique qui  s’ajoute «aux nombreuses pièces à conviction attestant des crimes du colonialisme français ».

Une quête familiale à l’origine du livre

Tout commence à Bruxelles, en 2019 quand Safia Kessas recueille les paroles de Tayeb son père mourant qui, comme beaucoup d’autres s’était  tu sur son passé  car le silence était un rempart contre les effets du traumatisme.

C’est le début pour la documentariste  de l’intérêt pour le passé de sa famille dont une tante a été  tuée en bravant le couvre feu. Elle aussi   portait  le nom de Safia. Ce pèlerinage  la mènera  sur les lieux  où 75 personnes dont des femmes et des vieux furent froidement assassinés.

La liste complète de ces innocentes figure en annexe. Une famille comme les Benyoub perdit quatorze de ses membres et la famille Yassa dix.

Lors de  voyages, notamment en Février 2025 elle interroge, en compagnie de l’historien Riceputi des survivants comme Abdelaziz Brinis qui âgé alors de 12 ans n’a rien oublié. Il a été un témoin direct d’exécutions sommaires. Sur le chemin d’Agouni ou les villageois seront regroupés d’abord à la mosquée puis au cimetière ou des cadavres sont alignés .

Procès de la colonisation

La mémoire locale encore vive et qui n’a rien d’une « rente » comme le prétendent des milieux de droite Outre Méditerranée a retenu un sinistre personnage René Harvut  le capitaine de la SAS. Celui-ci  a  assuré  le tri puis les exécutions à la chaine durant la  tragédie qui a duré de 4 h à 16 heures.

En France, un appelé a  livré aussi des bribes de souvenirs qui permettent de découvrir et comprendre l’engrenage qui conduira à la tragédie imputée à des tirailleurs sénégalais qui ont vengé un des leurs et le fonctionnement du système colonial.

Les auteurs ont fouillé dans les archives de l’armée  et citent  un document  resté inédit jusqu’au 2001  « le  livre blanc sur la répression » de Robert et Denise Barrat deux anticolonialistes. Il  renfermait entre autres témoignages   une lettre ou est relatée la mort d’un père et de son fils tombés en même temps.

Le viol comme arme de la conquête

L’ouvrage instruit le procès de la colonisation qui, soutiennent les auteurs s’est manifestée  aussi  par le viol  qui écrivent-ils  » était l’un des moyens d’imposer sa loi, de signifier la conquête jusque dans l’intimité des familles».

A  la mosquée d’Ait Soula, des femmes ont été dénudées. Dahbia, Brita et d’autres racontent, un demi-siècle plus tard,  avec pudeur et colère des scènes avilissantes et restituent  un temps ou la souffrance allait de paire avec le courage et la résilience.

On découvre le contexte qui conduit l’armée d’occupation cantonnée dans la vallée à vouloir reconquérir les villages en hauteur ou l’ALN était fortement présente. Le massacre a accélère aussi l’exil vers les villes et la France. Par un effet de terreur l’armée coloniale  a voulu couper le lien entre les paysans et les maquisards.

Au delà de la tragédie documentée l’ouvrage évoque deux aspects très importants. Le premier est la place qui doit être faite au témoignage oral dans le récit historique sans  lequel  note Edwy Plenel  cette discipline ne peut rendre compte de la complexité de situations vécues.

Inscrivant le récit dans le débat sur la colonisation les auteurs dénoncent surtout  la tranquille bonne conscience coloniale qui établit «une fausse équivalence » entre les violences du FLN et de la France coloniale  qui perpétue le déni et refuse de reconnaitre la vérité. Il y a lieu de faire savoir que Safia Kessas présentera son ouvrage à la librairie,  le 13 juin prochain, à partir de 14 heures.

Samira Belabed 

 

*Un massacre en Kabylie,  Algérie 1956 de Safia Kessas et Fabrice Riceputi-  éditions Barzakh-  147 pages 900 DA. 

 

 

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