Fin annoncée de 4 mois de conflit au Moyen-Orient
L’accord de Genève suscite l’espoir, sans dissiper toutes les inquiétudes

Sur la fin annoncée de 4 mois de conflit au Moyen-Orient, l’accord de Genève suscite l’espoir, sans dissiper toutes les inquiétudes.
Après des semaines de négociations laborieuses, les États Unis et l’Iran sont parvenus lundi dernier à un accord pour mettre fin immédiatement à la guerre au Moyen-Orient sur tous les fronts, y compris au Liban, avec une cérémonie de signature qui aura lieu vendredi à Genève. Selon un haut responsable américain, le cadre d’accord est déjà signé de manière électronique par le président américain Donald Trump, son vice-président JD Vance, ainsi que par le président du Parlement iranien et principal négociateur, Mohammad Bagher Ghalibaf.
En attente de confirmation de la fin du conflit en Moyen-Orient
À Genève, c’est dans un luxueux complexe hôtelier surplombant le lac des Quatre-Cantons, près de Lucerne, que la cérémonie protocolaire officielle de paraphe du document aura lieu, indique mardi le ministère suisse des Affaires étrangères, ajoutant que ce site, difficilement accessible et donc aisément sécurisable, «a été proposé par les médiateurs pakistanais et qataris, ainsi que par les États Unis et l’Iran». Mais si le décor est déjà planté, il n’en reste pas moins que des appréhensions subsistent. Le protocole d’accord qui met théoriquement fin à près de 4 mois de conflit ouvre néanmoins la voie à des pourparlers plus techniques sur les questions qui fâchent.
D’où les craintes émises, même si, globalement, la conclusion de cet accord est saluée. Ainsi, la présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, estime que l’accord annoncé entre l’Iran et les États Unis était une «bonne nouvelle», si toutefois «elle est confortée par les développements des jours qui viennent». Mme Lagarde note toutefois qu’il faudrait que la nouvelle soit «confirmée», car, rappelle-t-elle à juste titre, «on a été échaudés un certain nombre de fois par l’imminence d’un accord». Elle observe aussi que «l’on n’a pas encore fini l’histoire et, en particulier, toute la question de l’enrichissement de l’uranium reste à débattre, à convenir et à conclure sous forme d’accord, puisque c’était l’un des buts de cette guerre étrange». Elle a cependant nuancé ses propos en déclarant qu’«il semble que cette fois-ci soit la bonne».
Les négociateurs américains et iraniens auront ainsi à crever l’abcès et à mettre les cartes sur la table pour trouver un compromis qui convienne aux deux parties, tout en ayant à l’esprit de préserver l’acquis que constitue le protocole d’accord arraché au bout d’intenses efforts de médiation et de tractations diplomatiques dont on ne connaît pas encore tous les tenants et aboutissants.
Pour preuve, le document sur lequel se sont entendus Washington et Téhéran n’a toutefois pas été rendu public dans l’immédiat. Mardi, le ministre chinois des Affaires étrangères a averti son homologue pakistanais que la prochaine phase des négociations entre les États Unis et l’Iran, dans lesquelles le Pakistan a joué un rôle de médiateur, serait «plus difficile».
«Il est prévisible que, comparée à la première étape, la seconde soit plus difficile», souligne le chef de la diplomatie chinoise, Wang Yi, dans un entretien téléphonique avec Ishaq Dar, selon un communiqué du ministère chinois des Affaires étrangères. Wang ajoute que le Conseil de sécurité des Nations unies «devrait également jouer un rôle plus important». Pour lui, «le consensus actuel est loin d’être une fin en soi, il constitue plutôt un nouveau point de départ». Et d’ajouter que «l’instauration d’une paix durable au Moyen-Orient et dans la région du Golfe exige toujours des efforts constants de toutes les parties».
«Une base pour renforcer la confiance mutuelle»
Pour sa part, l’Algérie, rappelle-t-on, avait fait part, par la voix du ministère des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger, de son souhait de voir «cet accord constituer une base pour renforcer la confiance mutuelle entre les parties concernées et favoriser l’instauration d’un climat propice à la recherche de solutions définitives à l’ensemble des questions en suspens, de manière à garantir une sécurité durable et pérenne dans la région».
Signe également que la confiance n’est pas totale, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, tient à rappeler mardi, dans un entretien accordé à la télévision iranienne, que «nous avons un passif d’engagements non tenus, non appliqués, abandonnés; tout cela est présent dans notre esprit», dans le processus de négociation et de mise en œuvre de l’accord.
Un vice-ministre iranien des Affaires étrangères assure également que le blocus américain des ports iraniens, en place depuis environ deux mois, avait été levé. De même, Téhéran annonce que le prochain cycle de négociations commencerait «immédiatement après» la cérémonie de signature, à laquelle assistera le chef de l’équipe de négociation iranienne, Mohammad Bagher Ghalibaf, tandis que, du côté américain, le vice-président JD Vance sera présent pour représenter les États Unis.
Farah Chibane