Intégration industrielle: Quand le local se substitue à l’import

Quand le local se substitue à l’import grâce à l’intégration industrielle en Algérie. La sous-traitance s’impose pour sortir le secteur industriel du simple assemblage.

La sous-traitance industrielle algérienne n’est plus ce maillon discret que l’on évoquait jadis à la marge des grands projets. À mesure que le secteur industriel cherche à sortir du simple assemblage pour aller vers davantage d’intégration industrielle, la sous-traitance s’impose comme l’un des ressorts les plus concrets de cette mutation.

Un savoir-faire industriel pointu existe déjà

Derrière les discours sur le contenu local, ce sont en réalité des ateliers, des unités de transformation, des chaînes spécialisées et des entreprises de taille moyenne qui donnent corps à cette ambition, en fabriquant sur place des équipements, des composants ou des intrants longtemps importés. Le terrain observé dans la wilaya d’Oran en offre un exemple concret. Chez TH Industrie, à Hassi Ameur, la fabrication d’échangeurs de chaleur destinés notamment aux hydrocarbures montre qu’un savoir-faire industriel pointu existe déjà localement, jusque dans des segments à forte technicité.

À Arbal, Joktal donne à voir une autre facette de cette réalité, celle d’une plasturgie industrielle capable d’alimenter la chimie, la peinture et l’agroalimentaire tout en amorçant une présence à l’export. À Hassi  Mefsoukh, Friction Tech se positionne, elle, sur la batterie automobile avec une logique nettement tournée vers la première monte, la conformité technique et l’intégration dans les chaînes de valeur du secteur mécanique.

À ces exemples s’ajoute le cas de Mediterranean Metal Industry, dont l’activité illustre une autre évolution du tissu local : celle d’entreprises capables de couvrir plusieurs maillons à la fois, de l’étude à la fabrication, jusqu’à l’installation et à la maintenance. Structures métalliques, équipements techniques, solutions modulaires, pièces pour l’automobile ou le ferroviaire: ce type de profil confirme que la sous-traitance ne se limite plus à l’exécution simple, mais tend à se structurer autour d’une offre industrielle plus complète.

«Le rideau est définitivement tombé» sur l’ère du SKD/CKD

Ce que révèlent ces expériences, au fond, c’est l’existence d’une base productive déjà réelle. Elle reste inégale, encore fragmentée, parfois freinée, mais elle n’a plus rien de théorique. Le président de la Bourse de sous-traitance et le partenariat de l’Ouest (BSTPO), Rachid Bekhechi, considère d’ailleurs que «le rideau est définitivement tombé» sur l’ère du SKD/CKD et que l’Algérie est entrée dans une phase d’intégration industrielle plus profonde, portée par un cadre réglementaire plus exigeant, une densification progressive des industries de base et une volonté plus affirmée de réduire la dépendance aux importations. Cette lecture s’appuie aussi sur une évolution du tissu lui-même.

Selon la BSTPO, un noyau dur de 30 à 50 entreprises de rang 1 est déjà en mesure de répondre directement aux besoins des usines installées en Algérie, selon des standards internationaux, tandis qu’entre 150 et 200 entreprises nationales, tous rangs confondus, sont engagées, auditées ou en préparation pour intégrer des chaînes de valeur mondiales. Ces chiffres ne signifient pas que tout est prêt, mais ils témoignent d’un changement d’échelle et d’une montée en visibilité des sous-traitants locaux.

Intégration industrielle

L’autre fait marquant tient à l’intérêt croissant manifesté par des partenaires étrangers. Plusieurs délégations asiatiques et européennes sont attendues à Oran pour visiter, au courant de ce mois, des sites et évaluer les capacités locales, dans un contexte de discussions avancées avec des constructeurs asiatiques comme Hyundai, Chery, Geely, Toyota et JAC, ainsi qu’avec des opérateurs européens et turcs dans l’électroménager.

L’Algérie commence ainsi à être regardée non plus seulement comme un marché de consommation, mais comme un espace de production possible. Pour autant, le principal obstacle relevé n’est plus nécessairement le manque de savoir-faire. Il réside souvent dans l’environnement de l’investissement productif lui-même. À TH Industrie comme chez Joktal, l’extension des sites bute sur des autorisations qui tardent à être délivrées.

La sous-traitance, meilleur indicateur de l’industrialisation

Ailleurs, ce sont les approvisionnements en matières premières, les coûts logistiques, la sécurisation des paiements à l’export ou encore l’accès au financement qui ralentissent la montée en puissance. C’est dire que la question n’est plus seulement de savoir si des compétences existent, mais si l’écosystème administratif, financier et logistique est capable de suivre leur développement. C’est là que se joue désormais l’essentiel. Car la sous-traitance locale a déjà commencé à prouver qu’elle pouvait produire, substituer une partie des importations et, dans certains cas, exporter.

L’exemple des batteries expédiées vers le Cameroun ou d’autres marchés subsahariens montre que le passage vers une logique plus offensive n’est plus hors de portée. Mais pour que cette dynamique change réellement d’échelle, il faudra plus qu’un volontarisme industriel: il faudra des normes, du financement, de la formation, des infrastructures fluides et surtout de la continuité dans les décisions, comme le suggère la BSTPO. Au bout du compte, la sous-traitance industrielle n’apparaît plus comme un simple appoint des grandes filières.

Elle devient l’un des meilleurs indicateurs de la profondeur réelle de l’industrialisation. C’est dans ces ateliers, souvent à l’écart des projecteurs, que se mesure la capacité du pays à transformer l’ambition d’intégration en production effective, durable et compétitive.

Lyes Mechti

Intégration industrielle

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