Khelfane sur le rejet de candidatures: «Les lois de la République ont été respectées»

«Les lois de la République ont été respectées», affirme samedi à Alger le président par intérim de l’ANIE, Karim Khelfane sur le rejet de candidatures.
L’Autorité Nationale indépendante des élections (ANIE) lève le voile, samedi au Centre international des conférences, sur la cartographie électorale détaillée du scrutin législatif du 2 juillet prochain. Face à une presse avide de précisions, le président par intérim de l’institution, Karim Khelfane, égrène l’ensemble des chiffres issus du processus de validation des candidatures, tout en balayant d’un revers de main les accusations d’exclusion ciblée portées par certains partis politiques.
275 dossiers concernent des listes libres
Au terme «d’un examen minutieux» ayant passé au crible de la loi plus de 10.000 postulants, 793 listes totalisant 9.854 candidats ont été blanchies pour la compétition électorale, tandis que 61 listes et 842 candidats ont été écartés pour non-conformité aux dispositions légales. Karim Khelfane dresse d’abord l’état des lieux de la phase de retrait des dossiers de déclaration collective de candidature. À l’intérieur du territoire national, l’opération a mobilisé les acteurs à travers les 69 wilayas avec 1.484 dossiers retirés.
Le conférencier a détaillé cette répartition en précisant que 1.208 listes émanent de 36 partis politiques, une seule coalition a été formée et 275 dossiers concernent des listes libres. Il chiffre également à 1.897.248 le nombre de formulaires de signature individuelle retirés. Pour la circonscription hors du territoire national, le président de l’ANIE a annoncé 91 dossiers retirés sur 8 zones géographiques, comprenant 80 listes de 22 partis politiques, 2 coalitions et 9 listes libres, accompagnés de 2.102 formulaires de signature.
3.174 candidats rejetés
S’agissant de la phase de dépôt, il révèle que 788 dossiers ont été officiellement enregistrés à l’intérieur du pays, incluant 649 listes de 32 partis politiques, une coalition et 138 listes libres, pour un total de 10.168 candidats. À l’étranger, 66 dossiers ont été soumis, soit 59 listes de 18 partis, une coalition et 6 listes libres, regroupant 528 candidats. Abordant le cœur du processus, Karim Khelfane a dévoilé les résultats de l’examen de la validité des candidatures.
Pour les circonscriptions intérieures, il annonce que sur 10.168 candidats titulaires examinés, 6.994 ont été acceptés et 3.174 rejetés. Pour les suppléants de ces mêmes circonscriptions, 6.169 dossiers ont été traités, soldés par 3.164 acceptations et 3.005 rejets. Concernant la circonscription extérieure, le conférencier précise que 528 candidats titulaires ont été examinés, avec 364 acceptations et 164 rejets. Les candidats suppléants de l’étranger ont quant à eux enregistré le taux de rejet le plus élevé, puisque sur 219 dossiers, seuls 71 ont été validés contre 148 rejetés.
De nombreux griefs contre les candidats
Le président de l’ANIE énumère ensuite les motifs ayant justifié ces rejets. Il souligne que 1.762 candidats ont été écartés «pour être connus auprès de l’opinion publique» comme liés à des détenteurs de capitaux et à des activités douteuses. Viennent ensuite 1.141 candidats condamnés à une peine privative de liberté non réhabilités, puis 571 cas de non-respect des conditions légales de présentation des listes. Il ajoute que 72 candidats ont été rejetés pour nomadisme politique, 62 pour non-inscription dans la circonscription de candidature, et 60 pour influence sur le libre choix des électeurs.
30 candidats ont été écartés pour situation fiscale irrégulière, 18 pour non-présentation des documents requis, et 18 pour inéligibilité de droit conformément à l’article 199. Enfin, 14 candidats n’avaient pas l’âge de 25 ans révolus et 10 n’avaient pas satisfait aux obligations du service national. Au terme de ce processus, Karim Khelfane confirme que sur les 854 dossiers traités, 793 listes ont été acceptées pour 9.854 candidats, et 61 listes rejetées pour 842 candidats. Il brosse le profil sociologique des retenus en annonçant la présence de 2.032 femmes, soit 21% du total, 5.304 candidats de moins de 40 ans, représentant 54%, et 4.673 titulaires d’un diplôme universitaire, soit 47%.
432 candidats en lice à l’étranger pour 12 sièges
Concernant le scrutin à l’étranger, il indique que sur 66 listes déposées, 54 ont été acceptées pour 432 candidats en lice pour 12 sièges. Le plus petit indice de compétitivité a été enregistré dans la première région avec 24 candidats pour un siège, et le plus grand dans la 7e région avec 64 candidats pour un siège, l’indice moyen s’établissant à 36 candidats pour un siège. Le conférencier annonce, par ailleurs, que le corps électoral appelé à participer suite à la révision exceptionnelle s’élève à 24.727.041 électeurs, dont 23.872.756 à l’intérieur du pays et 854.285 à l’étranger.
Pour la campagne électorale, il détaille les quotas alloués, précisant que 6 chaînes de télévision publiques offriront 4.800 unités de 3 minutes, soit 240 heures, 3 chaînes de radio publiques proposeront 2.400 unités de 3 minutes, totalisant 120 heures, et 48 radios locales mettront à disposition 15.180 unités de 3 minutes, représentant 759 heures. Sur le plan logistique, Karim Khelfane chiffre le dispositif intérieur à 13.664 centres de vote et 63.385 bureaux, dont 134 mobiles répartis sur 15 wilayas. L’encadrement comprend 683.320 personnes pour les centres et 444.633 pour les bureaux. À l’étranger, le dispositif comprend 74 centres et 439 bureaux, encadrés respectivement par 645 et 3.073 personnes.
Moralisation de la vie politique
Dans la seconde partie de cette rencontre, Karim Khelfane répond aux interrogations des journalistes. Interpellé sur les critiques de certains partis dénonçant l’exclusion de candidats, le président de l’ANIE a catégoriquement rejeté tout arbitraire. Il affirme que la règle légale est générale et abstraite, précisant qu’aucun parti ni candidat n’a été ciblé, et que le processus s’est strictement inscrit dans le cadre de la loi organique relative au régime électoral, de la Constitution et des lois de la République.
Évoquant les conditions relatives aux jeunes, aux femmes, aux diplômés et au service national, il explique que ces critères n’ont subi aucune modification lors des dernières révisions. Il y voit la preuve de la poursuite de la politique de moralisation de la vie politique engagée depuis 2019 et consolidée par la révision constitutionnelle de 2020.
Il rappelle la création d’une commission chargée de contrôler les finances des partis politiques pour vérifier la source et la destination des fonds. Le président de l’ANIE rappelle également que l’institution s’en remet à la justice en cas d’infraction, notant que plus de 20 affaires ont été tranchées en faveur des partis politiques, ce qui démontre le respect du cadre légal par chaque institution constitutionnelle. S’agissant de la campagne à l’étranger et de l’affichage sauvage, Karim Khelfane assure que des instructions fermes ont été données aux coordinateurs pour sensibiliser la communauté algérienne au respect des lois du pays hôte.
Interrogé spécifiquement sur l’incident en France où un maire a refusé d’octroyer des locaux pour la campagne, il indique que cette situation relève du cadre diplomatique et juridique international. Il réaffirme que chaque cas est examiné individuellement en coordination avec les autorités compétentes, dans le respect des conventions internationales.
Enfin, face aux accusations de traitement sélectif, Karim Khelfane oppose un démenti formel. Il souligne qu’avec 69 wilayas et 8 zones géographiques à couvrir, les membres du conseil de l’Autorité se répartissent le suivi, accompagnant les coordinateurs et les commissions locales pour veiller au strict respect des textes. Il conclut en réaffirmant l’indépendance totale de l’institution dans l’organisation du scrutin du 2 juillet 2026.
Karima Alloun