Masques de beauté: le nouveau rituel bienêtre qui séduit toutes les générations

Longtemps associés aux rituels traditionnels de soins ou aux instituts spécialisés,
les masques de beauté connaissent, aujourd’hui, un véritable regain d’intérêt à Alger.
Dans les grandes surfaces, les boutiques de cosmétiques, les pharmacies ou encore sur les réseaux sociaux, ces produits se déclinent, désormais, sous toutes les formes, en l’occurrence des masques en tissu coréens, argile naturelle, charbon actif, collagène, aloe vera ou encore recettes artisanales inspirées des soins ancestraux algériens.
Ce phénomène, particulièrement visible chez les jeunes femmes, reflète une évolution des habitudes de consommation mais aussi une nouvelle manière de prendre soin de soi, dans une société où l’image, le bien-être et l’apparence occupent une place grandissante.
Hausse des ventes des produits de soins
Dans plusieurs quartiers à Meissonnier, Larbi Ben M’hidi, El Biar, Kouba et autres, les commerçants constatent une hausse notable des ventes. Dans une boutique de cosmétiques à Bab Ezzouar, Nina, vendeuse depuis six ans, explique que la demande a explosé ces deux dernières années. «Avant, les clientes achetaient surtout du maquillage. Aujourd’hui, elles demandent davantage des produits de soins, notamment les masques hydratants et purifiants. Même les adolescentes viennent chercher des masques adaptés à leur peau», raconte-t-elle.
Selon plusieurs vendeurs, les prix varient aujourd’hui entre 300 et 5.000 dinars, selon la marque et l’origine du produit. Les masques d’argile locaux restent les plus accessibles, parfois commercialisés autour de 290 DA, tandis que certains masques coréens haut de gamme dépassent les 5.000 DA.
L’effet miroir des réseaux sociaux
Le succès des produits venus de Corée du Sud a également largement influencé cette tendance. Les emballages colorés, les promesses d’éclat immédiat et les vidéos diffusées sur TikTok ou Instagram séduisent une clientèle jeune et connectée. À Hydra, Dalia, étudiante en informatique, affirme que les masques sont devenus un rituel hebdomadaire entre amies. «On regarde beaucoup les influenceuses beauté. Elles montrent leurs routines et donnent envie d’essayer. C’est aussi un moment de détente, après les études ou le stress», confie-t-elle.
Même constat chez une lycéenne de 17 ans qui privilégie les produits naturels. «Ma mère utilisait déjà l’argile et l’eau de rose. Aujourd’hui, on mélange les anciennes recettes avec les nouveaux produits. Je fais souvent des masques maison au miel et au yaourt», explique-t-elle avec enthousiasme.
Les soins du visage occupent le devant de la scène
Dans les rayons des parfumeries et des parapharmacies, certains produits figurent parmi les plus demandés. Les masques L’Oréal à l’argile et au charbon se vendent actuellement entre 1.500 et 1.900 DA, selon les formats et les points de vente. Les masques purifiants de marques internationales, comme Neutrogena, oscillent entre 1.350 et 1.450 DA.
Quant aux masques en tissu importés, notamment les modèles coréens ou italiens, leurs prix tournent autour de 1.000 DA l’unité. Cette popularité grandissante a encouragé plusieurs commerçants à diversifier leurs rayons. Dans certaines parfumeries d’Alger-Centre, les étagères dédiées aux soins du visage occupent, désormais, autant d’espace que le maquillage.
Nadim, propriétaire d’un commerce de produits cosmétiques, souligne que les clientes recherchent aujourd’hui des soins ciblés. «Il y a des masques contre l’acné, pour l’hydratation, pour les taches ou pour redonner de l’éclat. Les clientes lisent beaucoup les compositions et demandent des conseils précis», affirme-t-il.
Le rôle majeur des influenceuses
Les influenceuses algériennes jouent également un rôle majeur dans cette évolution. À travers des vidéos courtes et des séances de démonstration, elles transforment les masques de beauté en produits tendance et accessibles. Nour El Houda, créatrice de contenu beauté suivie par des milliers d’abonnés, estime que cette mode traduit un changement profond des mentalités. «Avant, beaucoup de filles considéraient les soins comme un luxe. Aujourd’hui, elles comprennent que prendre soin de sa peau fait partie du bien-être personnel. Les masques sont devenus un geste simple et abordable», explique-t-elle.
Mais derrière cet engouement se cache aussi une véritable dynamique économique. Plusieurs industriels algériens du secteur cosmétique observent une croissance importante du marché des soins du visage. Responsable d’une entreprise spécialisée dans les produits naturels à Blida, Raïs Mohamed Hamdani indique que la demande locale encourage les fabricants à développer des gammes adaptées aux peaux maghrébines et au climat algérien.
«Les consommateurs veulent des produits efficaces mais aussi naturels. Nous travaillons beaucoup avec l’argile, l’huile de figue de barbarie, l’aloe vera ou les extraits de plantes locales», précise Raïs Mohamed Hamdani. Selon lui, la concurrence internationale pousse également les marques algériennes à améliorer la qualité de leurs produits et leur présentation. «Aujourd’hui, une cliente compare immédiatement un produit algérien avec une marque étrangère vue sur internet. Cela nous oblige à innover», ajoute-t-il.
Au-delà du marketing, la santé de la peau
Du côté des spécialistes, cet intérêt croissant pour les masques de beauté est perçu comme une évolution positive, à condition de rester vigilant face aux excès marketing. La dermatologue Dr Nafissa Kali, basée à Ben Aknoun, rappelle que tous les produits ne conviennent pas à toutes les peaux. «Certaines jeunes filles utilisent trop de produits différents en suivant les tendances des réseaux sociaux. Il faut connaître son type de peau et éviter les applications excessives qui peuvent provoquer irritations ou allergies», avertit-elle.
L’experte insiste également sur l’importance de privilégier des produits contrôlés et adaptés. «Les soins peuvent améliorer la qualité de la peau, mais ils ne remplacent ni une bonne hygiène de vie ni une alimentation équilibrée», souligne-t-elle. Entre recherche de bien-être, influence des réseaux sociaux et montée du marché des cosmétiques, Alger voit ainsi s’installer une nouvelle culture du soin où tradition et modernité se rencontrent devant le miroir.
Samira Sidhoum