24 MILLIONS D’ÉLECTEURS APPELÉS AUX URNES

Un scrutin, des enjeux

Le président de la République vient de franchir une nouvelle étape dans sa feuille de route politique qu’il avait annoncée
lors de son investiture, à savoir l’organisation des élections législatives anticipées.

Abdelmadjid Tebboune avait, à maintes reprises, exprimé sa volonté d’aller vers l’option du renouvellement institutionnel. Il s’est, dans ce cadre, engagé à assurer l’intégrité de ce rendez-vous électoral en confiant sa supervision à un organe indépendant. Les législatives d’aujourd’hui samedi  verront, pour la première fois, l’adoption du système de liste ouverte qui donne la possibilité à l’électeur de voter pour sa liste de candidat favori. Le taux de participation est l’un des plus gros enjeux. Tout compte fait, les observateurs demeurent optimistes quant à une meilleure implication de la population au vu de la participation importante des listes indépendantes. Celles-ci pourraient inciter les électeurs à aller exercer leur droit de vote. L’autre défi associé à ces élections a trait à la composition de la future Assemblée populaire nationale qui en découlera, à la lumière des indices qui parlent d’un réel déclin des partis traditionnels. Ce qui laisse supposer que des alliances politiques finiront par se former en l’absence d’une majorité absolue pour un quelconque parti. La nouvelle loi électorale, qui a accordé des facilités aux jeunes candidats, devrait, ainsi, contribuer à redessiner la carte politique du pays loin de la mécanique des quotas qui sanctionnait ou gratifiait les formations politiques. Mais si ces élections n’ont pas encore révélé les vainqueurs, il n’est pourtant pas difficile de connaître les plus gros perdants de ce scrutin. Il serait, ainsi, peu probable de voir le FLN, qui a dominé la vie politique depuis l’arrivée au pouvoir de Bouteflika en 1999, rafler la majorité des sièges à l’occasion de ces législatives. Idem pour le RND qui a subi un bouleversement majeur après l’incarcération de son leader, Ahmed Ouyahia, et l’échec de son ancien SG à la dernière présidentielle. C’est la première fois de son histoire, aussi, que le Parti des travailleurs boycotte des élections législatives auxquelles il n’a cessé de participer depuis 1991. Il n’est, par ailleurs, pas exclu de voir les résultats de ces élections révéler de nouveaux perdants ou l’arrivée en tête d’un parti inconnu du grand public qui prendra tous les observateurs de court. L’enjeu de la cohabitation devrait, dès lors, s’imposer, pour la première fois, au sommet de l’Etat où le pouvoir exécutif exercé par le président de la République et le Premier ministre est assuré par deux adversaires politiques aux programmes diamétralement opposés. Sur le plan régional, ce rendez-vous revêt un intérêt particulier au vu des défis sécuritaires et géopolitiques auxquels le pays est confronté. Il était important d’anticiper l’organisation de ce scrutin pour protéger les institutions constitutionnelles d’un état de vacance et éviter au chef de l’Etat d’émettre des ordonnances au lieu de légiférer des lois. En somme, la reprise de l’activité parlementaire est plus qu’impérative pour le traitement de nombreux dossiers. Parmi eux, la préservation de l’Etat-nation qui est devenue une urgence que doit assumer la future Assemblée. Celle-ci a une grande responsabilité dans la préservation de la cohésion nationale pour faire échec à toute tentative ciblant la stabilité du pays.

Assia Boucetta