SILA 2022 : Un salon au chapitre de la mémoire

L’édition du Salon international du livre d’Alger (Sila) marque son retour sous le thème «Le livre, passerelle de mémoire» et ce, après une absence de deux ans en raison de la situation pandémique qui a gravement affecté l’activité sociale et culturelle, notamment le secteur de l’édition et du livre.

Mohamed Iguerb, commissaire du Sila, a souligné lors d’une conférence de presse tenue ce dimanche à la Bibliothèque nationale du Hamma, que  cette nouvelle édition s’avère particulière, puisqu’elle intervient avec la célébration de Aïd Ennasr et à l’ère d’un retour à la normale après la propagation du Covid-19. D’où le choix du mois de mars, à titre symbolique pour accueillir un rendez-vous si spécial.   Pour le conférencier, le SILA a toujours été un évènement réussi, d’où son classement 1er évènement culturel d’une grande importance, et cela se traduit par sa pérennité et son développement comme étant un espace qui regroupe les auteurs, écrivains, romanciers, hommes de lettres, qui ont fait son succès tout au long de 25 années. Son objectif, offrir une multitude de titres, encourager la lecture, rapprocher les lecteurs de leurs idoles, et développer l’économie et la culture.
Pour l’édition de 2022, M. Iguerb, a annoncé la mise en place d’un programme littéraire riche, caractérisé par les ventes dédicaces, les cérémonies d’hommage aux personnalités qui ont marqué la scène culturelle et littéraire, notamment celles qui sont décédées contaminées par le coronavirus.  Le SILA se veut être, une occasion pour inviter les intellectuels à l’exemple de Lahbib Saieh de Tunisie, Djallel Bordjes de Jordanie, Abdelmalek Mortada d’Algérie, et tant d’autres.  Des jeunes auteurs sont notamment conviés aux débats pour enrichir leurs connaissances. Cela étant dit, Mohamed Iguerb, se félicite de l’engagement de l’Etat à assurer aux participants, les stands à titre gratuit pour parer aux déficits occasionnés par la pandémie, à l’origine d’une grande stagnation. « L’industrie de l’édition a gravement souffert de la pandémie, d’où ce signe d’espoir pour assurer une reprise de l’activité, maintenir le lectorat et enregistré un accroissement considérable », optimise t-il.      Selon le même responsable, la 25ème édition du SILA enregistre une participation record avec un total de 1250 exposants issus de 36 pays d’Europe, d’Asie et d’Afrique. Soit une augmentation de +26% par rapport à l’exercice 2019, avec un total de 25 exposants en plus. Dans l’ensemble, 300 000 titres seront exposés au SILA. L’Algérie sera présente, quant à elle, avec 66 maisons d’éditions. A noter aussi, qu’un total de 185 titres est reconduit dont les ouvrages religieux, ceux relatifs à l’identité nationale, la constitution, et tout ce qui touche à l’enfant.
L’Italie, invité d’honneur 
Invité d’honneur à la 25ème édition du SILA 2022, l’Italie sera présente avec 8 siècles d’histoire.   Selon Antonio Poleti, chef de mission adjoint à l’ambassade d’Italie en Algérie, un travail colossal a été préparé pour la réussite de cet évènement. « Des écrivains, des historiens et plusieurs maisons d’éditions italiennes prendront part au salon pour renforcer les relations entre les deux pays. « d’ailleurs, le secrétaire des affaires étrangères italien, sera parmi nous au salon, dans le cadre d’une visite », s’est-il félicité. Pour sa part, Antania Grandé, responsable de l’Institut Italien d’Alger, estime que le SILA est une fête, et un évènement important qui revient après une période difficile. « L’ambassade d’Italie a concentré ses efforts pour présenter un programme riche caractérisé par l’intervention de plusieurs écrivains, historiens, et a programmé la tenue de plusieurs sessions avec les maisons d’éditions italiennes qui ont déjà travaillé avec des auteurs algériens, et fera notamment la présentation d’ouvrage italiens traduits par des maisons d’éditions algérienne », précise-t-elle. Il est également prévu des rencontres avec le public, ainsi que des entrevues  avec une auteure italienne spécialisée dans la guerre d’Algérie. Un débat intitulé « femme et mémoire », est au programme avec un professeur de l’université de Tourin. A travers cet évènement, les deux partenaires tendent à illustrer de manière vivante la richesse des relations culturelles entre les deux pays.
Rym Harhoura                                                                                      
Derniers préparatifs : Frénésie !
Trois jours avant son inauguration officielle, le Sila est toujours en chantier. Le pavillon central du Palais des expositions palpite, tellement l’effervescence est à son paroxysme. Éditeurs et ouvriers s’activent. Une véritable fourmilière. Le désordre alentours est vite transformé en une œuvre d’art architecturale.
Après une absence de deux ans, voilà que le Salon international du livre d’Alger (SILA) est de retour. Et quel retour ! Les participants bénéficient non seulement d’exonération des frais de location des stands, mais aussi d’une accalmie sur le plan sanitaire. Le nombre de cas de Covid-19 étant de plus en plus faible, les éditeurs s’attendent à un nombre important de visiteurs. Émoustillés par ces deux facteurs, les participants à cette édition, qui se tiendra du 24 au 31 mars courant, s’adonnent aux préparatifs avec une joie évidente. Seulement trois jours les séparent de cet événement littéraire, intellectuel, culturel important, éminemment économique. Les exposants commencent à se sentir sous pression, se démènent pour que leurs stands respectifs soient prêts au rendez-vous. Tout doit être en place aujourd’hui même. C’est la date limite. Les éditeurs œuvrent à concevoir le stand le plus attrayant. Celui vers lequel tous les regards se tournent. Tous les moyens et les ruses en design sont utilisés dans ce sens. Leur objectif est clair et ils ne le cachent pas d’ailleurs : vendre le plus possible d’ouvrages et gagner le plus possible d’argent. Les maisons d’édition les plus connues mettent le paquet. D’immenses pancartes portant leurs noms sont déjà visibles. Des couleurs éclatantes sont choisies pour captiver, conquérir et susciter l’intérêt tant attendu. Faire naître la lueur de curiosité dans le regard donne envie d’explorer le stand, de fureter les étalages, de tâter les ouvrages, d’ausculter les pages avant de jeter un coup furtif et discret sur les prix. Des prix évidemment qui font l’objet d’une remise comme exigé par les organisateurs de cet événement en échange de l’exonération des frais de location. Les éditeurs, rencontrés, sur les lieux confient prévoir des rabais à partir de 20%. Un seuil auquel même les éditeurs étrangers comptent se conformer, d’après leurs représentants.
Remise à partir de 20%
Le pavillon central semble se mouvoir, tellement il y a de l’agitation. Une agitation positive qui donne du stress, mais point d’angoisse. Le va-et-vient des ouvriers et des chariots semble interminable. Les chariots surtout, chargés de tonnes de livres, sont trimballés ici et là, sous les directives des éditeurs ou de leurs représentants. Des ouvrages flambant neufs, qui sentent bon la colle. Pour se faire entendre, tous sont obligés de crier. Les coups de marteau, la chignole, la scie circulaire, la défenseuse, la visseuse… Et autres outils de menuiserie ‘’hurlent’’ de partout. Les peintres sont occupés à étaler de la peinture sur les surfaces tandis que les menuisiers s’emploient à couper le bois et dérivés à coups de tronçonneuse. Le vacarme est assourdissant, mais cela ne semble gêner personne. Les ouvriers surtout sont si concentrés, pressés d’achever les travaux qu’ils ne font pas grand cas de ce qui se passe autour d’eux. Des milliers de cartons sont entassés ici et là. Le nombre de chariots semble insuffisant et les éditeurs sont obligés d’attendre leur tour pour transporter leurs cartons vers leurs stands respectifs. En attendant, ils s’attellent au nettoyage des étalages. Tâche difficile avec toute cette poussière résultant des travaux de menuiserie. Les agents de la direction de la Safex courent partout et de partout. Ils sont obligés d’être au four et au moulin. Leur mission : fournir les branchements électriques nécessaires, mais aussi nettoyer le pavillon. Les ouvriers de la Safex sont chargés aussi de monter les stands, dans leurs formes les plus basiques avant que les designers ne prennent le relais pour des décors et des conceptions plus élaborées. Certains éditeurs, dont les moyens sont très réduits, se contentent d’une structure basique, mais font l’effort quand même d’apporter quelques touches décoratives et colorées pour en atténuer l’austérité. Certains stands, comme celui réservé à l’Italie, l’invitée d’honneur de cette édition, la 25e, du SILA, sont déjà prêts. Un stand qui sort du lot tellement il est bien conçu, faisant ainsi honneur à son titre.
Mauvais timing ?
Des éditeurs rencontrés sur les lieux auraient aimé que la 25e édition du Sila ne se tienne pas en ce mois de mars, mais en octobre. «Ce sont les ouvrages parascolaires, techniques et scientifiques qui se vendent le plus au Sila. Or, au mois de mars, l’affluence sur ces ouvrages est quasi-inexistante contrairement au mois d’octobre», indique le représentant de la maison d’édition Dar El Afkar, Ali Harousse. Un avis que partage le gérant de la maison d’édition Dar El Amel, qui fait remarquer que le Sila coïncide avec la tenue des examens et des compositions. «Cette édition se tient, en plus, à la veille du mois de Ramadhan où le volume des dépenses est important», signale-t-il. Pour NordineNecib, toutefois, gérant des éditions Necib, le timing, «ça ne veut rien dire». «Comme il y a un lectorat pour les parascolaires, il y en a aussi pour les romans, les livres d’histoire. Notre lectorat est diversifié et est en quête de nouveautés», dit-il. Le représentant de Dar El IzaWa El Karama estime également que le lectorat est actif tout au long de l’année et pas seulement à la veille de la rentrée scolaire. «Comme nous gérons également l’une des plus grandes librairies en Algérie, nous avons une idée des goûts, très variés, des lecteurs et on va essayer de les satisfaire», soutient-il.
Les réseaux sociaux avant la Safex
Les éditeurs considèrent le Sila comme un grand événement, une bouffée d’oxygène après deux ans de pandémie sanitaire. La raison pour laquelle ils s’attendent à un visitoriat très important. Mais avant le jour J, ils confient avoir déjà préparé le terrain, sur les réseaux sociaux, afin d’attirer le plus de monde possible. «Depuis l’annonce officielle de la tenue du Sila, on s’emploie à faire la promotion de nos dernières nouveautés sur les réseaux sociaux en favorisant les titres qui attirent le plus dans le monde virtuel», souligne le gérant des Editions Necib. Le représentant de Dar El Iza Wa El Karama signale avoir reçu des commandes sur certains titres de la part de lecteurs sur les réseaux sociaux pour qu’ils soient disponibles au Sila. Les dernières nouveautés d’Ahlam Mosteghanemi et de Yasmina Khadra, notamment.
Farida Belkhiri
Stands : Design qui coûte les yeux de la tête
De nombreuses entreprises de communication, spécialisées dans le design architectural, sont présentes au pavillon central, chargées de la conception des stands. Des conceptions aux frais des éditeurs. «Les éditeurs sont nos clients. Notre mission est de leur concevoir le design de leurs stands, les logos, le mobilier avant de tout mettre en place avec l’aide de nos ouvriers. Plus l’espace est grand et plus la conception est chère», explique le directeur technique de la boîte de communication Poan Prod. Ce type de salon, signale-t-il, est un marché juteux, car ces entreprises ont l’occasion de décrocher des contrats non seulement avec les éditeurs locaux mais étrangers également. «Mon client est un éditeur koweïtien. Il a mis le paquet pour qu’on lui construise un stand qui soit le plus attrayant possible», explique-t-il. Selon les éditeurs, la conception privée des stands coûte très cher. «Prendre part à un salon revient cher. Il ne s’agit pas seulement de louer les espaces, mais de faire appel aussi à des professionnels pour monter les stands, engager des hôtesses… Le coût minimal d’une conception de stand est de 200.000 DA et de 700.000 DA en moyenne», indique le gérant de la maison d’édition El Amel, Mohamed Si Youssef. Sans oublier les frais d’électricité et des services de nettoyage que les éditeurs sont obligés de payer à la direction de la Safex durant les deux jours d’installation. «On nous a remis une facture d’électricité de 150.000 DA pour les deux jours des préparatifs !», confie le gérant de la maison d’édition, de distribution, et de représentation internationale Dar El IzaWa El Karama. Ce dernier représentera plusieurs maisons d’édition étrangères, libanaises et françaises notamment.
F. B.
 
Des librairies et des maisons d’édition fermées
D’après des exposants, un nombre important d’éditeurs ne seront pas présents au Sila, comme Alpha édition, car beaucoup d’entre eux ont mis la clé sous le paillasson durant la pandémie. Y compris ceux qui étaient subventionnés par le ministère de la Culture. Entre 20% et 30% de librairies, selon le gérant des Editions Necib, ne réalisant plus de bénéfices, ont fermé également. «Aujourd’hui, si l’Etat n’a pas pris cette initiative de gratuité des locations, très peu d’éditeurs auraient pu prendre part à cette édition», rapporte-t-il, précisant que sans l’aide de l’Etat, le livre serait condamné.
F. B.
 
Un stand pour les livres d’occasion
Une nouveauté pour cette 25ème édition du salon international du livre d’Alger, où un chapiteau est dédié spécialement à l’exposition de livres d’occasion. Les lecteurs peuvent apporter leurs bouquins et les échanger avec d’anciens. « Cette idée a été initiée par la ministre de la culture et des arts, Soraya Mouloudji », a indiqué hier le commissaire du salon.
R. H.
Des visites virtuelles                         
Il est désormais possible de visiter le SILA à distance. Une plateforme numérique permettant de suivre les évènements en mode virtuel, a été mise en place. Sur ce point, M. Allal, directeur de la plateforme numérique « SILA », a souligné lors de sa présentation, que ce nouveau concept est un élément phare pour lancer la digitalisation et lui donner un élan. Selon le même responsable, la plateforme numérique, permet un accès virtuel à distance offrants aux visiteurs les moindres détails à travers les stands, les livres et leur assure aussi la vente et la livraison. « Le SILA s’ouvre sur l’international, au service du savoir conformément à un phénomène ibéride et qui va accueillir plus de 50 000 visiteurs sur la toile », précise l’expert.
R. H.