2e Salon du livre Mouloud Mammeri d’Ath Yanni : L’écriture, à l’honneur, disséquée par des auteurs…

L’écriture, mise à l’honneur lors de la seconde édition du Salon du livre Mouloud Mammeri d’Ath Yanni, dans la commune de Tizi-Ouzou (24-28 mai), a été disséquée, ce samedi, au dernier jour, par des auteurs

Pour sa première expérience littéraire, Ferroudja Ousmer, autrice de «Derrière les larmes de ma grand-mère», a su captiver un large lectorat avec son récit bâti su fond de la Guerre d’Algérie, elle, qui «pourtant se refusait à lire ou à regarder tout ce qui avait trait à cet épisode de l’histoire contemporaine de notre pays, tant elle en a été «traumatisée», raconte-t-elle lors de la présentation de son œuvre. Il aura fallu qu’elle entende un ancien militant de la Fédération de France du Front de libération nationale (FLN) dire que «l’histoire n’appartient à personne et que tout un chacun pouvait écrire à ce sujet», pour que le soir même elle se mette à ressusciter son douloureux passé, en replongeant dans le vécu de l’époque, celui de son village, à Ath-Yanni précisément. Paru aux éditions Koukou, cet ouvrage est d’une précision dans la narration et d’une sensibilité dans la description qu’il convie son lecteur à une (re)découverte de ce que fut la Kabylie sous le joug colonial, mais aussi et surtout sous le diktat coutumier, ancestral, qui condamne la femme au statut peu enviable d’être «née pour être obéissante». «On m’a toujours dit qu’il fallait baisser les yeux et regarder les orteils. Aujourd’hui, je ne veux pas que ma fille vive ce que j’avais enduré», lâche-t-elle face à un public particulièrement captivé par son retour en arrière auquel il semblait s’y retrouver à son tour.
Pour Salima Mimoun, auteur de «La pieuvre», ce sont les stigmates indélébiles de «la décennie noire» qui surgissent dans cette œuvre où la description et la dénonciation de la condition sociétale de la femme ne manquent pas également d’en constituer une proportion considérable. Son constat, à ce propos, est plutôt mitigé, dès lors que si des «avancées» existent effectivement, des «attitudes rétrogrades» continuent à perdurer dans le vécu tragique des années, déplore-t-elle.  «A travers cet écrit, je veux faire passer le message qu’il ne faut jamais s’arrêter de témoigner sur cette période, via tous les supports possibles, car oublier, c’est courir le risque de retomber entre les mains des bourreaux», argumente-t-elle lors de la présentation de son titre.
Pour sa part, c’est un poignant hommage à l’intellectuel Tahar Djaout, assassiné en 1993 par les hordes terroristes, que Hamdane Mocrani a tenu à rendre, à travers son ouvrage «Silence», rappelant la dimension «prémonitoire» des écrits de celui qui allait inaugurer la longue liste des victimes de la bêtise humaine,  parmi la corporation journalistique et dont il relèvera, en outre, la qualité de «visionnaire».
Un hommage, explique-t-il, qui s’est imposé à lui dès lors qu’il avait pris part, auparavant, à un hommage collectif, à savoir un ouvrage cosigné par des écrivains, journalistes, etc, sous la houlette de Youcef Merahi, destiné à rappeler l’envergure de cette brillante personnalité algérienne, précocement arrachée à la vie.
Notons enfin, qu’au 4e jour de cette manifestation, l’après-midi a été marquée par la conférence de l’historien Idir Hachi sur «L’insurrection de 1871», servant à l’assistance une somme d’informations, peu ou méconnues jusque-là, faisant savoir ainsi que cette «révolte anticolonialiste» avait concerné plus d’un million d’Algériens, soit plus de 40% de la population indigène, parmi lesquels 200.000 combattants.
L’assistance a été particulièrement intéressée par le détail inhérent à l’implication de 61 combattants issus des tribus des Ath Yanni, dont elle prendra connaissance de quelques noms des familles composant les villages de cette distinguée commune qui s’enorgueillit d’avoir enfanté des figures aussi prestigieuses que Mouloud Mammeri, Mohamed Arkoun, Idir…
Fatima Abbad