64e anniversaire de la création du GPRA : Unification de la direction de la Révolution et mobilisation de la communauté internationale 

La proclamation, le 19 septembre 1958, du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA), officiellement pour «parachever la mise en place des institutions de la Révolution»,  visait, en réalité, de multiples objectifs dont l’unification de la direction de la Révolution, la mobilisation de la communauté internationale autour de la cause nationale et aussi pour donner à la lutte armée une  «structure légale».
Considéré comme un «évènement majeur» dans la marche de la Révolution algérienne, la proclamation du GPRA était la concrétisation d’une décision prise lors du congrès de la Soummam. Le Conseil national de la Révolution algérienne (CNRA), réuni en août 1958 au Caire, a préconisé, dans ses résolutions, la création du GPRA, concrétisée un an plus tard par le Comité de coordination et d’exécution (CCE).
Si l’objectif annoncé était le parachèvement de la mise en place des  institutions de la Révolution, la constitution du GPRA avait permis à la Révolution algérienne de «franchir un nouveau stade».
Selon le chercheur en histoire Abdellah Meguellati, le principal motif de la création du GPRA était «l’unification de la direction de la Révolution au sein de cet organe» pour «parler au nom du peuple algérien» lors des négociations avec la partie française qui arguait, alors, qu’«il n’y avait aucune partie avec qui négocier».Krim Belkacem, un des dirigeants de la Révolution du 1er novembre 1954,  qui avait hâté la mise en place du GPRA, affirmait, en effet, que «le monde extérieur ne nous respectera et ne nous fera confiance que si nous arrivons à parler le même langage et que nous adoptons un comportement efficace».
De son côté, le président de l’Association des anciens du ministère de l’Armement et des Liaisons générales (MALG), Daho Ould Kablia, expliquait qu’après le déclenchement de la Révolution le 1er Novembre 54, ses principaux dirigeants notamment les neuf historiques n’avaient pas l’opportunité de bien coordonner leurs actions, même si cette situation avait été réglée avec la tenue du congrès de la Soummam le 20 août 1956 qui a abouti à la mise en place d’une direction collégiale, le Comité de coordination et d’exécution (CCE).
Toutefois, «le CCE avait fini par atteindre ses limites et n’avait pas tous les moyens de bien coordonner la lutte efficacement, d’où la nécessité d’aller vers une direction plus représentative et élargie», à savoir le GPRA, a-t-il affirmé.
Structure légale et voix de l’Algérie en lutte
L’ancien ambassadeur et officier de l’ALN Noureddine Djoudi affirmait, quant à lui, que la proclamation du GPRA, en pleine Guerre de libération nationale, a donné une couverture «légale» à la lutte armée sur le plan international et permis de surmonter les problèmes de coordination qui se  posaient entre les différentes wilayas historiques en leur permettant d’aller dans la même direction.
Dans un entretien accordé à l’APS, il y a un an, Djoudi a souligné que la création du GPRA a permis de «donner une structure internationale légale à la lutte armée», affirmant que «c’était cela l’objectif de sa création». L’ancien officier de l’ALN a soutenu que la proclamation du GPRA a permis surtout de «dire à la France coloniale qu’elle devait négocier avec un gouvernement provisoire reconnu de plein droit».
Daho OuldKablia estimait, à ce propos, que la création du GPRA  représentait un «acte fondateur» d’un système de direction aux normes d’Etat avec son administration, ses missions régaliennes, ses règles de gestion et son budget au service d’un cap et d’un agenda. Si aujourd’hui, la création du GPRA constitue «un des jalons fondateurs» de ce qui allait devenir la jeune République algérienne démocratique et  populaire, c’est parce que ce nouveau gouvernement, en dépit de son statut  «provisoire», a «joué un rôle primordial» au plan international, affirmait l’ancien ministre de la Communication Lamine Bechichi, précisant dans un témoignage que le GPRA «a conclu des dizaines d’accords et de traités internationaux».
En effet, le GPRA s’est imposé non seulement comme la voix de l’Algérie en lutte, mais aussi comme le vecteur de l’internationalisation et la mobilisation autour de la cause algérienne contre le colonialisme français.
Le premier acte diplomatique du GPRA, au lendemain de sa création, a été de dénoncer à l’ONU le référendum sur la nouvelle Constitution annoncé par le général Charles De Gaulle. Ce texte devait  être interprété, en Algérie, comme manifestant la volonté de la population de rester ou non attachée à la France.
Ce premier acte du GPRA a été suivi par de nombreuses autres actions diplomatiques destinées à dénoncer l’occupant français, la puissance usurpatrice, et à faire connaître la cause algérienne.
Sa création a rendu possible la participation de la République algérienne à de nombreuses manifestations, notamment au niveau africain, telles que les conférences d’Accra (Ghana-décembre 1958), Monrovia (Libéria-août 1959), Tunis (janvier 1960) et Casablanca (Maroc-1961).
L’intense activité menée par des représentants officiels du GPRA et leurs actions diplomatiques dans les forums internationaux et dans les nombreuses capitales où le gouvernement, présidé par Ferhat Abbas, disposait de représentations permanentes, y compris à l’ONU, ont permis à l’Algérie de faire entendre sa voix.
En effet, l’action du GPRA a influencé le débat sur la question algérienne à l’Assemblée générale des Nations unies. Pour la première fois, les Etats-Unis, l’un des principaux alliés de la France, choisissent  l’abstention lors d’un débat au Conseil de sécurité, portant «un coup dur» au général De Gaulle qui cherchait l’appui du président américain Eisenhower.