Lutte contre l’inflation : Des experts insistent sur la rigueur budgétaire

La réduction de l’inflation est bien inscrite dans les priorités de l’Etat. Lors de son entrevue périodique avec les représentants de la presse nationale, le président Tebboune a souligné «l’impératif» de réduire le taux d’inflation à 4% «au maximum».

Actuellement, ce taux oscille entre 7 et 8%. Comment y parvenir? Pour des experts, il convient de dégager une réforme plus profonde de l’architecture de l’économie nationale. Professeur des sciences économiques à l’Université de Tlemcen, Chaïb Bounoua rappelle qu’il n’ y a pas mille solutions pour réduire le taux d’inflation, sinon de «se mettre au travail». Plus concrètement, il a  plaidé pour une réforme en profondeur de l’organisation de l’économie nationale qui permettra aux opérateurs économiques nationaux et étrangers de développer un système productif dynamique capable de réduire significativement la vulnérabilité extérieure de l’économie nationale. Il s’agit, à terme, de contenir l’inflation importée. «Cet objectif rentre dans le cadre de la politique de diversification de l’économie nationale telle qu’elle est suivie actuellement», note-t-il.

Il est aussi question, sur le plan de la politique monétaire, de contrôler le processus de création monétaire, en octroyant plus de prérogatives à la Banque d’Algérie sur certaines variables économiques, comme le taux de change et le taux d’intérêt. En outre, l’expert estime que le gouvernement devrait maîtriser la politique budgétaire en rationalisant les dépenses publiques et en affectant celles-ci là où il y a une rentabilité des secteurs choisis. «Il faudrait s’attaquer au problème des subventions qui faussent la réalité des prix et des salaires et qui participent indirectement à l’inflation», a-t-il suggéré.

Bounoua signale que notre économie est devenue extrêmement vulnérable en raison de sa trop dépendance de l’extérieur : pays quasi mono-exportateur d’hydrocarbures et grand importateur de biens et services. «La plupart des études empiriques récentes sur l’inflation en Algérie montrent que la faiblesse du système productif, caractérisé par une insuffisante couverture des besoins nationaux, expose l’économie algérienne aux fluctuations des prix mondiaux et, par ricochet, à des niveaux d’inflations élevés et ce par le canal des importations», explique-t-il.

Autre cause : la faible valeur du dinar par rapport aux monnaies étrangères notamment le dollar et l’euro. «Cet état de fait reflète le peu de performance de l’économie algérienne tant sur le marché domestique à cause des coûts de production élevés et la faible productivité des entreprises nationales ainsi que sur le marché international avec une faible compétitivité des produits nationaux», a-t-il fait remarquer.

Attention au déficit budgétaire !

La troisième cause est d’ordre monétaire se traduisant, selon lui, par un grand déséquilibre entre la masse monétaire circulant dans l’économie nationale et la valeur réelle des biens et services. Une distorsion qui impacte l’équilibre de l’offre et de la demande sur les différents marchés des biens et services, ce qui peut provoquer la hausse généralisée des prix. «On peut encore évoquer les facteurs naturels tels que la sécheresse, les catastrophes naturelles qui contribuent au déséquilibres des marchés et renchérissent, par conséquent, le niveau des prix des produits agricoles ou autres», a-t-il énuméré.

L’économiste Mourad Goumiri relève, lui, que la tension inflationniste émerge lorsque la création monétaire n’est pas contrôlée et notamment quand le déficit budgétaire est durable et de plus en plus important. En outre, l’inflation peut également provenir des importations lorsqu’elles sont utilisées comme variable d’ajustement. «C’est le cas pour notre pays qui est confronté à ce double phénomène. La création monétaire sans contrepartie réelle entraîne inévitablement des tensions inflationnistes», a-t-il fait remarquer. Pour y remédier, l’économiste préconise la mise en place d’une politique monétaire rigoureuse, à travers la Banque d’Algérie, qui doit être plus ferme dans la création monétaire.

«L’augmentation des taux directeurs du réescompte et celui des réserves obligatoires est un instrument approprié pour réduire la liquidité», soutient-il. Selon lui, il faut également mobiliser les ressources monétaires qui circulent en dehors du système bancaire par la création de produits financiers attractifs et enfin revoir la politique du dinar, en le rendant plus ferme notamment en s’attaquant au marché parallèle.

Pour Goumiri, tout rentrera dans l’ordre dès la mise en place d’une politique monétaire cohérente, doublée d’une politique budgétaire en équilibre entre les dépenses et les recettes avec une primauté du budget d’équipement sur celui de fonctionnement. «C’est une politique qui doit s’inscrire dans la durée et qui nécessite une cohérence globale avec tous les autres compartiments liés à la politique fiscale, douanière, budgétaire et monétaire», recommande-t-il.

Chaïb Bounoua prône de nouvelles grandes réformes structurelles et institutionnelles. «La mise en ordre de l’économie est tributaire de réformes politiques, économiques et sociales assidues qui vont résoudre énormément de problèmes, entre autres celui de l’inflation. Il faut ouvrir davantage l’économie nationale aux mécanismes de marché et à la concurrence pour éradiquer le système de rente», insiste-t-il. Par ailleurs, il a estimé qu’il faudrait encore plus d’ouverture et de communication vers la société civile pour mobiliser les populations à la concrétisation des réformes économique et assurer pour tous une prospérité économique.

Amokrane H.

 

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