Manuscrits : Un rare document historique dévoilé à Laghouat

Le Dr Ahmed Benseghir, directeur du Centre de recherche en sciences et civilisations islamiques à Laghouat, spécialisé dans l’étude des manuscrits, a présenté de manière exclusive un document historique rare dans sa version originale, lors de la célébration de  la Journée nationale de la mémoire.

Etroitement lié à l’histoire nationale, ce document est une lettre historique adressée au calife musulman de l’époque, le sultan ottoman Abdelhamid II, par un exilé algérien depuis l’Extrême-Orient, l’un des héros de la résistance populaire contre le colonialisme français, lors de l’insurrection menée par Cheikh El Haddad et El Mokrani en Kabylie. Dans cette lettre, le résistant relate les souffrances des prisonniers algériens lors de leur déportation vers la Nouvelle-Calédonie, décrivant leur voyage de cinq mois à travers les mers et les océans dans des conditions déplorables, parcourant des milliers de kilomètres pour se retrouver dans un pays étranger à leur religion, leur langue et leur mode de vie.

Le document aborde également les tentatives d’évasion des exilés pour retourner dans leur pays et accomplir le Hadj. Certaines ont réussi, comme celle de l’auteur du document, Aziz Ibn Cheikh El Haddad, en 1292 de l’hégire (1875), tandis que d’autres ont échoué, entraînant peut-être une fin tragique pour beaucoup. Dans ce contexte, le document révèle que son auteur a fui son exil vers la Terre Sainte en 1292 de l’Hégire et y est resté. Il mentionne également que son frère l’a rejoint huit ans plus tard, en 1300 de l’Hégire, et est décédé sept ans après à La Mecque, où il a été enterré en 1307. Cette information, jusqu’alors inconnue des historiens, suscite des questions sur sa fin, étant donné qu’il était l’un des fils de Cheikh El Haddad, Ahmed Ibn Al Haddad.

Révéler des vérités sur les crimes coloniaux de la France contre le peuple algérien

Le document, écrit en calligraphie moyen-orientale sur quatre pages, semble incomplet, avec au moins deux pages manquantes à la fin, mais ce qui en reste révèle une grande partie de ce qui était inconnu sur l’affaire. Intitulé «Al Radjaâ Fi Allah Wa Fi Al Soltan Abdelhamid Nasaraho Allah», ce document aurait dû parvenir au sultan ottoman, mais a fini dans la bibliothèque familiale de Cheikh Sidi Al Hadj Ibn Chaâ Ibn Ali Al Harazli à Laghouat, qui renferme de nombreux objets de valeur, documents importants et manuscrits.

La révélation de ce document intervient à l’occasion de la Journée nationale de la Mémoire, décrétée par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, pour rappeler les sacrifices du peuple algérien à différentes étapes de sa lutte contre l’occupation française, notamment le 8 mai 1945, et à l’occasion du centenaire de la chute du califat ottoman, de 1924 à 2024. Cette initiative s’inscrit dans le cadre des orientations de la Direction générale de la recherche scientifique et du développement technologique et du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, visant à préserver la mémoire nationale et à récupérer les archives dispersées au sein de la nation dans les trésors familiaux.

Le directeur du Centre, Benseghir, a annoncé que ce document, ainsi que d’autres similaires, seront publiés avec des articles scientifiques de chercheurs, contribuant ainsi à révéler de nombreuses vérités sur les crimes coloniaux de la France contre le peuple algérien. Il a également précisé que les projets engagés par le Centre durant l’année en cours accordent une grande importance au dossier de la mémoire nationale et à sa récupération au niveau local, en soutien aux efforts de l’État pour récupérer les archives nationales situées de l’autre côté de la Méditerranée.

Hamai Kenza

 

 

 

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