Bejaïa : La culture du safran se fraie une place au soleil

La culture du safran se fraie une place au soleil à Bejaia. Ce n’est pas demain que l’huile d’olive sera concurrencée par cette épice dans cette wilaya, mais ses fleurs teintent chaque automne le paysage de leur couleur mauve.

Mieux, ses premiers producteurs se sont vite organisés en associations locales et c’est d’ailleurs l’Association des cultivateurs du safran de la wilaya de Bejaïa, en collaboration avec la chambre d’agriculture et la Direction des services agricoles, qui organise la fête du safran, qui en est à sa seconde édition, laquelle s’est tenue lundi et mardi derniers au niveau de la maison de la culture Taos-Amrouche de Bejaïa. «Cela a été une occasion pour réunir tous les acteurs de la filière, les producteurs de bulbes, les producteurs de safran, des universitaires et chercheurs du CRTA, les consommateurs et les transformateurs, tous ont été présents», a ainsi déclaré Sadek Amara, vice-président de l’association des cultivateurs du safran de la wilaya de Bejaïa.

Un rendez-vous des professionnels de la culture du safran

Une trentaine d’exposants venus de plusieurs wilayas ont en effet pris part à cet événement qui allie l’aspect commercial au côté promotionnel auprès du public de cette épice qualifié d’«or rouge», en raison de sa couleur et surtout de son prix élevé, autour de 5.000 dinars le gramme. Le public ne s’est d’ailleurs pas fait prier pour venir nombreux, par curiosité ou pour acheter une «pincée» de safran et des produits du terroir préparés avec ou sans safran, au grand bonheur des producteurs qui n’ont pas lésiné sur les explications aux questions des visiteurs.

Dans un petit point d’histoire, Sadek Amara affirme que les premiers bulbes ont été acquis en 2013 déjà, mais que la culture du safran n’a pris vraiment pied dans la wilaya de Bejaïa que depuis 2018. «Aujourd’hui, on compte dans notre wilaya 15 producteurs qui travaillent une superficie d’environ 1,5 hectare, disséminée dans les communes de Beni Maouche, Fenaia, Chemini, Beni Ksila, Timezrit, Akbou et Ait Mlikech», grâce aux campagnes de sensibilisation et de vulgarisation qui ont été menées.  «Nous continuerons bien sûr à organiser d’autres campagnes et nous sommes convaincus que d’autres cultivateurs viendront rejoindre ceux qui sont déjà bien établis qui se transformeront peut-être en multiplicateurs de semence».

Le risque des mauvaises semences de safran planent

Sadek Amara ne nourrit aucun doute quant à l’extension de cette culture au niveau de la wilaya de Bejaïa. «On prévoit, dit-il, d’atteindre une superficie d’au moins cinq hectares cultivés dans deux à trois ans». Pour l’heure, en effet, même si l’estimation reste un exercice difficile, la quantité de safran produite est encore modeste, de 1 à 1,5 kg par an. En dépit du prix élevé, une certaine demande commence à s’exprimer, assure notre interlocuteur qui confie : «Aujourd’hui, il y a une personne qui a acheté carrément 1 kg de safran, et il a promis d’acquérir d’autres quantités à l’avenir. Il y a un avantage certain à l’acheter ici en Algérie, alors que ce produit était totalement importé auparavant».

Les safraniers de Bejaïa souffrent néanmoins de contraintes objectives. Outre la difficulté encore palpable pour écouler leur production, leur premier souhait est que l’activité soit encadrée par l’État pour éviter les problèmes liés à la qualité de la semence. «Actuellement, il y a de la semence qui n’est pas saine qui circule sur le marché et cela fait courir le risque de propagation de maladies et certains producteurs souffrent déjà de cette semence infectée par un champignon», s’inquiète Sadek Amara qui estime, concernant les difficultés de commercialisation, que la solution serait de susciter un marché au niveau national, car les Algériens n’ont pas l’habitude de consommer cette épice, même si dans l’Algérois et l’Oranie, le safran ne leur est pas inconnu. Il faut les encourager, leur faire découvrir les vertus culinaires mais aussi médicaux du safran». Il faut aussi, ajoute notre interlocuteur, régler la question des analyses de qualité que les producteurs sont contraints de réaliser à l’étranger, à raison de 12.000 dinars.

Aller vers la certification du safran algérien

Le directeur du Centre de recherche en technologie agro-alimentaire, Khodir Madani, souligne également cette nécessité d’aller vers la certification, du moment qu’aujourd’hui les producteurs de bulbes et du safran maîtrisent l’itinéraire technique de cette culture.  « Pour aller de l’avant, il faut certifier ce produit. Actuellement, toutes les analyses du safran se font à l’étranger. Donc il est grand temps qu’on ait des laboratoires à l’échelle nationale qui certifient. La meilleure méthode pour nos safraniers et bulbiers, c’est de commencer d’abord par l’étape «label», ensuite il faut passer à la certification.

Pour certifier un produit, il faut un agrément et une accréditation, et donc appeler l’unique organisme accréditeur algérien, Algerac, à élaborer une norme. Sur ce plan, il faut savoir qu’il y a deux normes au monde, la norme iranienne, l’Iran étant le plus grand producteur mondial de safran, et la norme ISO. Je pense que nous, Algériens, on devrait se mettre autour d’une table avec les safraniers pour créer la norme algérienne et certifier sur la norme algérienne pour ne pas seulement servir les intérêts des autres».

En attendant, Sadek Amara espère avec les safraniers que le secteur de l’agriculture prévoit de dégager des assiettes de terrain en concession pour que ceux qui veulent étendre leur exploitation ou qui voient grand puissent réaliser leurs projets. «Il ne faut pas laisser la culture du safran confinée dans les petites parcelles. On souhaite que l’Algérie se fasse une place sur le marché mondial, qui pèse actuellement près de 100 millions de dollars». Pour accompagner cette ambition, Sadek Amara promet que les prochaines actions de l’association seront axées beaucoup plus sur la qualité. «De la quantité, je suis sûr qu’il y en aura, mais on aimerait que le safran de Bejaïa acquiert une renommée au niveau national et, pourquoi pas, au niveau international.»

Ouali M.

 

 

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